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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 12:42

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Julien Jaouen

 

Compositeur

 

 

S’il est bien une catégorie de musiciens qu’il me tenait à cœur de recevoir dans ce rendez-vous mensuel, c’est bien celle des compositeurs (images). Méconnus, la plupart du temps relégués aux lignes intermédiaires des génériques que les gens ne lisent que trop peu, ces artistes « de l’ombre » apportent beaucoup, par leur entreprise qui conjugue audio et visuel, à la réussite de l’ensemble. C’est une science à part, où dans le meilleur des cas, la musique entretiendra un rapport fusionnel avec l’émotion que l’on doit ressentir. Pour un Hermann, un Morricone, un Zimmer, combien de petites mains ? Qui se soucie vraiment de connaître le nom de ceux qui pourtant, enrobent votre expérience visuelle d’une pertinente partition sonore ?

 

Julien a déjà une expérience solide dans ce métier.  Formé à l'INFMN/CIM, (prestigieuse école de jazz) il y côtoie des profs d’exception comme Michel Véra ou Tito Puente (oui oui celui de Oyé como Va) et séduit, il gardera par la suite cette approche mathématique de la musique pour ses compositions. On a pu l’entendre dans des illustrations sonores pour Tf1 ou France 2, des pièces de théâtre, ou encore dans des longs métrages comme Dirty Money d’Adam Tysoe. fondateur du Studio Alpha, programmateur musical du (feu) L'oreille à Coulisse à Trébeurden, Julien déploie son talent.  Et un peu de chauvinisme ne faisant pas de mal, on lui doit la musique de la pub pour les Côtes-d’Armor mais aussi « de Chevrolet, du planétarium de Pleumeur-Bodou, de la banque ING direct, d’un moyen-métrage primé à Clermont-Ferrand, de pièces de théâtre pour enfants du TNB, des X-games 2009 (sports extrêmes), de la pub Volvic où Zidane expliquait « C’est toujours le même geste »... » (Article Le Télégramme du 16/09/11)


 

 

 

Désormais lauréat du prix Real World  orchestré par Peter Gabriel (excusez du peu) il peut aujourd’hui exprimer son talent dans des productions ambitieuses comme une collaboration ave Europa Corp (créé par Luc Besson et Pierre-Ange le Paugam) pour un projet avec Dominique Farrugia. Belle promotion, reconnaissance de plus en plus grande. Julien Jaouen devient peu à peu une référence dans le paysage audio-visuel français et est promis à une exposition musicale majeure. En tous les cas c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

 

Aujourd'hui, il a gentiment accepté de répondre aux dix questions de ce rendez-vous . Merci à lui. 

 

1° Peux-tu nous exposer en quelques mots ton rapport à la musique ?


Il est... complexe.

Il y a tout d'abord mon rapport personnel à la musique. Le même que celui d'un adolescent très grand consommateur de musique et en perpétuelle recherche d'une nouvelle sensation, d'un nouvel univers musical qui pourrait me transporter.

Et puis il y a mon rapport professionnel à la musique. Celui-ci est beaucoup plus délicat et probablement plus froid dans son approche. Il peut même m'arriver de détester d'écouter de la musique. De me lasser de cette forme d'art. De plus, si mon métier tourne autour de la musique, elle n'est qu'une partie de mon travail. C'est un raisonnement purement mathématique, logique et pragmatique de ce qui pourrait être efficace à l'image. C'est toute la particularité de la musique de film. elle ne doit pas juste être une belle musique. Elle doit  aussi faire partie d'un tout qui sera jugé dans sa globalité. Spielberg a dit une phrase que j'adore et dont je me sers tout les jours dans mon travail : “mon job, c'est d'amener la larme à l'oeil du spectateur. Celui du compositeur, c'est de la faire tomber !”. Voilà en une phrase, tout le rapport professionnel que j'entretiens avec la musique...

 

2° Si tu devais isoler un album qui t'a marqué à vie ?


Aïe... La question impossible... Il y en a tellement.

La question revient un peu à se demander quel album nous emmènerions sur une île deserte...

S'il ne devait n'y en avoir qu'un, ce serait la bande originale du film de Scorcese La Dernière Tentation du Christ. Je me souviens avec précision du jour et de l'heure de ma première écoute. Je devais avoir 8 ans et c'était le tout premier CD acheté par mon père (1988, les premières chaînes hifi débarquaient... Je me souviens très bien du ton paternaliste qu'il avait utilisé pour me dire : "tu vas voir... Ca, tu n'as jamais entendu quelque chose comme ça". Je pense qu'il s'attendait à me voir quitter la pièce au bout de 3 minutes, mais ce fût une révélation ! J'écoutais déjà beaucoup de musique, j'en faisais et je l'enregistrais déjà dans le studio de mon père... Mais ça ! C'était totalement nouveau ! Le weekend suivant, j'allais louer la traditionnelle VHS du weekend avec mon père et je suis tombé sur celle du film... que j'ai volée... Je n'en suis pas très fier, mais lorsque j'ai regardé le film en cachette (auquel je n'ai strictement rien compris... ce fût le deuxième effet kisscool. Je suis convaincu que c'est ce jour là que j'ai décidé de faire de la musique de film... S'en est suivi dix années de galères pour mes parents, avec un adolescent qui ne voulait plus quitter le studio pour aller à l'école... S'ils avaient pu imaginer tout ce qui a suivi, je pense qu'ils ne m'auraient pas amené devant cette chaine-hifi ce dimanche matin...

 


 

3° L'album qui ne quitte pas ta platine en ce moment ? Pourquoi ?


Il y en a deux. Le best of de Alan Silvestri (compositeur de Retour vers le Futur ou encore Forest Gump). C'est l'un des plus grands compositeurs de nos deux siècles. Il a ce talent d'arriver à donner une impression de simplicité à sa musique, alors qu'elle est terriblement complexe. C'est l'un des rares à mes faire pleurer comme une madeleine ou à me donner une montée d'adrénaline digne d'une substance illégale. C'est pourquoi je m'interdis de l'écouter en voiture ou sur la moto...

Le second, c'est le dernier album de Ben Howard. J'adore cet artiste. Il a ce petit quelque chose qui a disparu des studios depuis dix ans. d'ailleurs c'est avant tout un compositeur de studio... Il sera parmi les rois de cette dicipline, comme Robert Wyatt ou Paul McCartney en leur temps. J'en suis convaincu.

Chaque note utlisée à un réel impact sur le morceau et du coup, rien n'est à ajouté ou à enlever. Et cette voix ! Mais ça devrait être interdit d'avoir une voix comme celle là !

 

 


 

 

4° Une rencontre marquante avec un artiste ?

 

Il n'y en a pas eu tant que cela... Je suis tout sauf une personne sûre d'elle et à l'aise en société... Honnêtement, vous me croiseriez en soirée, on vous demanderait qui est l'autiste au fond de la pièce... Bon, c'est peut être exagéré, mais il y a un fond de verité. J'étais, il y a un mois, à la fête de fin de tournage du prochain film produit par Europa Corp. Autant vous dire qu'il y avait toutes les stars du moment... Ce fût impossible pour moi d'aborder qui que ce soit... J'en suis arrivé à ne me sentir qu'à l'aise dans le jardin, seul à fumer sous la pluie. Pathétique...  Du coup, je n'ai jamais eu le cran d'aller vers de grands artistes. Mes rencontres se sont faites via mon travail essentiellement. J'ai eu la chance de rencontrer Harry Gregson Williams (compositeur de Ridley et Tony Scott). Un homme adorable et humble, avec qui nous avons parlé de tout, sauf de musique. Plus récemment, j'ai travaillé avec Dominique Farrugia sur son prochain film et j'ai adoré le personnage. Réalisateur, producteur, auteur, scènariste, mélomane... Il a tant de casquettes et de projets réalisés qu'on se demande ce qu'on pourrait bien lui apporter. Eh bien malgré tout ses talents, il arrive à vous donner de l'importance sur ses projets. Vous rendre essentiel... Et cette faculté, je n'ai que très rarement eu la chance de la croiser.

 

5° La chanson qui te met en joie ?


Ca devient de plus en plus compliqué, là !


Allez...  Everybody need Somebody des Blues Brothers ou Hey Jude de McCartney. Mais récemment, j'ai adoré “Happy” de Pharell Williams. Pas très subversif, tout le monde a aimé ce titre. Mais il y a une raison à cela : elle est très simple et donc efficace.

 


 

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6° La chanson qui te fout le bourdon ?


Bourdon? Comme “triste”? Aucune ! Je ne les écoute pas... Faut pas déconner quand même. La vie est déjà bien assez dure à vivre comme ça pour ne pas en plus en rajouter une couche.
Si c'est “bourdon” dans le sens “nostalgique”, alors là il y en a plein. Mais celle qui me touche particulièrement c'est Mistral Gagnant de Renaud. Je n'ai jamais été fan de cet artiste et je n'en connais que les plus grands titres. Mais cette chanson vous touche droit au coeur quand vous êtes père d'une petite fille. C'est assez dingue quand on y pense, le talent qu'il faut pour toucher une cible si précise avec quatre accords et quelques mots.

 

 

 

 

7° Ta chanson honteuse ?


 Je n'ai honte d'aucune chanson que j'écoute.

 

8° Un concert mémorable ?


Peter Gabriel aux Vieilles Charrues il y a quelques années. Ce fût une des plus belles journées de ma vie.  Je venait justement de gagner le concours RealWorld le matin même (concours lancé par le label de Peter Gabriel) et j'avais reçu une vidéo du premier juré (Peter Gabriel himself) me félicitant pour mon premier prix. Pour un grand fan de sa musique depuis tout petit (question1), je marchais donc sur un petit nuage...

Le soir même, j'étais devant lui au Vieilles Charrues. Et il s'est passé quelque chose de magique pendant ce concert et tout le monde ne parlait que de ça après le show. Ceux qui y étaient s'en souviendront probablement : lors du dernier morceau (Shaking the tree), Peter Gabriel a invité Daby Touré sur scène. Et d'un coup d'un seul, un énorme arc-en-ciel s'est formé dernière la scène. On en voyait les deux extremités et il était aussi visible que dans un dessin animé.  On aurait dit une scène d'un film de Terry Gilliam...! L'effet était saisissant. Les organisateurs auraient souhaité le déclencher, ils n'auraient pas fait mieux. Tout le monde montrait du doigt le phénomène et même Peter Gabriel s'en est amusé. C'etait  magnifique... Et tout ça sans drogue !

 

9° L'album que tout le monde aime et toi, définitivement tu n'y arrives pas ?


Pour être tout à fait honnète, je suis un peu réac' sur beaucoup d'aspects de la musique en général... Je me surprends très vite à tomber dans le “c'était mieux avant”, alors que j'adore découvrir de nouveaux artistes. Du coup, il y a beaucoup d'albums qui ne méritent pas leur succès de mon point de vue.

Il y en a un qui représente parfaitement ce problème. Je trouve que Yann Tiersen est un artiste fantastique mais je ne supporte pas l'amalgame de ce qui est “beau” et de ce qui est “triste”. Qu'on se comprenne bien, la bande originale d'Amelie poulain est parfaite ! Son contexte dans le film est une évidence et je ne reviens pas là dessus. Non, ce qui me gène ce sont les yeux mièvres des pseudos groupies de café devant un pianiste notoire jouant la ballade d'Amélie. Il ne faut jamais attendre très longtemps avant d'entendre un : “Oh, c'est beau ce que tu joues...”. Non ! Ce n'est pas beau! C'est juste triste! Et tout le monde est sensible à la tristesse, donc tout le monde aime la BO d'Amélie Poulain...  Cela peut s'appliquer à beaucoup des derniers “tubes” de ce siècle. Encore une fois, je n'ai rien contre Yann Tiersen et j'adore ré-écouter “le Phare” de temps en temps. Mais si on doit parler de beauté, il suffit d'écouter un Hallelujah (l'original de Leonard Cohen ou celui de Jeff Buckley, peu importe...), un Somewhere over the Rainbow, ou un Because des Beatles. Ca, c'est “beau” et plein d'espoir !

 

 

10° L'album que tu attends avec impatience ?

 

Aucun en particulier. Il y en avait bien un que j'attendais depuis un an. C'était le dernier Pink Floyd. Quelle déception... On aurait dit un album de groupe d'ados rendant hommage à la perode new-age qu'ils n'ont pas connu...
Du coup je n'attends plus. Si ce n'est la bonne surprise...

 



[1] Article Le Télégramme 16/09/11

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 19:12

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Dominique A - Eleor

 

Heureux hasard qui fait que le dernier article d’Euphonies pour cette année (avant les bilans traditionnels) soit le 300ème, consacré à Dominique A. L’artiste a été l’un des premiers à faire confiance à ce site, lorsqu’est sorti Vers les Lueurs. Relai sur la page officielle, rencontre improbable…Juste retour des choses. 

 

Excellente nouvelle de savoir qu’un nouvel opus nous attend en mars, et ce premier extrait fraichement dévoilé promet beaucoup. Eleor, qui poursuit dans la veine intimiste et touchante d’un artiste qui a su évoluer sans trahir le socle initial : le goût pour le verbe, l’amour des collusions lexicales. Après, comme le prédestinait le titre de l’album précédent, sa poésie semble happée de plus en plus par la lumière, l’apaisement. Ce qui n’est finalement qu’un trompe-l’œil, quand on écoute attentivement sa poésie : ratés, regrets, interrogations. Avec le style digne des plus grands observateurs : Eleor devrait parler à tous, parce que Dominique A écrit comme les plus grands, choisissant ses évocations dans le puits trouble des lieux communs mais si complexes. Ceux du désespoir, des incompatibilités, de l’issue. « Quand de tout vous serez lassé(e) ».

 

Rejoignons-le à Eleor.

 

Belle promesse que cette annonce. Et difficile attente. Retrouver une voix si singulière. Prenons notre mal en patience en réécoutant sa discographie, en attendant début 2015…

 


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Published by Johann - dans 45 tours
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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 18:41

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Dans ma cabane une platine # 32

 

 

Cher papa Noël,

 

J’espère que tu vas bien. Comme chaque année, je t’envoie ma liste de vœux pour que mes yeux de grand enfant, dans le froid du petit matin au pied du grand sapin, brillent d’émotion, de joie et d’un relent de picon bière.

 

J’ai été très sage cette année. J’ai même essayé de m’améliorer. Cela fait des mois que je n’ai pas écrit une seule ligne de sarcasme sur David guetta, Orelsan ou Grand corps Malade. J’ai freiné sur le téléchargement illégal, j’ai même acheté un cd dans…un magasin.  Oui, oui avec un monsieur qui te conseille et te remercie pour ton achat. Mais quand même, une heure de déplacement et quatorze balles à la clé, ça fait cher l’honnêteté. Ah et puis sinon, j’ai donné de ma personne. Je suis allé à des concerts et j’ai tenu les trois jours à la Route du Rock contre vent et marécage.

 

Je sais que tu es très occupé. Mais si entre une partie de Fifa avec tes lutins et le check-up de tes rennes tu pouvais jeter un œil à ma liste,  ça me ferait grand plaisir. Voici mes souhaits :

 

1. Etre beau, intelligent, riche et en bonne santé permanente. Ainsi je pourrai continuer à partager de la musique sans me soucier des trente clopes dans le cendrier, du prix d’un coffret collector ou de la vacuité de mon dernier article.

 

2. J’aimerais devenir un grand songwriter. Du genre Cohen, Dylan ou Cave. Trouver les mots justes pour qualifier l’injustice, le désespoir amoureux, les fins de mois difficiles. Devenir célèbre, et puis prendre de la coke, ne pas payer ses impôts, se lever en fin d’après midi avec une idée de nouvelle chanson qui rajouterait vingt mille euros à mon compte en banque. 

 

3. Pourrais-tu dire à Indochine que malgré un talent certain pour l’ambiance et la mélodie, leurs textes sont définitivement aussi pertinents que le crachat d’un  lémurien sur une feuille de papier millimétré ?

 

4. David Bowie est célébré en coffret (Nothing has changed), la discographie de Nick Cave est rééditée en vinyle 180 grs, et je n’ai toujours pas de beaux t-shirts de Coltrane, de Marvin Gaye ou des Shadoks. Si tu pouvais souffler l’idée à mes amis…

 

5. Pour mon confort quotidien, pourrais-tu enfin pacifier le monde des réseaux sociaux, étrangler les commentateurs uniquement motivés par la proscription, l’élitisme et le concours de quéquettes ? Leur rappeler que l’appréciation de la musique n’est pas sujette aux grilles Excel, aux validations institutionnelles, aux historiques longs comme le bras. Alors pour ce dernier mois, juste accepter que les tops sont forcément incitatifs mais subjectifs, que personne n’a raison ni tort, et que j’ai le droit (oui) de prendre mon pied si j’écoute dix fois (en gueulant par dessus) les lacs du Connemara de ce triste Sardou.

 

Joyeux Noël, père du même nom.

 

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Et comme d'hab', la playlist Dans ma cabane une platine # 32 :

 



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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 18:16

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JULIETTE ARDITTI

 

Présidente d'association

 

Que serait la musique actuelle sans ses acteurs de l'ombre ? Nous recevons ce mois-ci Juliette Arditti, présidente de l'association Les Disques Anonymes, label de production d'oeuvres musicales créé en 2011. Juliette n'est pas à proprement parlé une professionnelle de la musique mais donne de son temps pour monter des projets, organiser des événements, donner à entendre des artistes qui plus que jamais ont besoin de ces structures pour exister et être entendus.

Son implication généreuse la conduit également à s'investir dans l'organisation et la production du festival VISIONS, mélange de découvertes musicales et d'autres formes artistiques (performances, artisanat...) qui a accueilli en cette deuxième édition 2014 de grands noms tel que Rubin Steiner (Euphonies est fan...)

En 2014, Juliette s'est lancée dans un nouveau projet associatif : Essuie Ca Vite Et Bien, qui donne lieu à un site chaudement recommandable parce qu'il prend la température du net sous forme de billets d'humeur, d'articles de fond tout en poursuivant l'organisation et l'accompagnement de concerts en Bretagne. On se demanderait presque où elle puise toute cette énergie. Sans doute justement dans l'excitation que nous partageons ici : transmettre, communiquer, débattre autour de la musique qui nous a tapé dans l'oreille. Et c'est avec Euphonies qu'elle a accepté ce mois ci de partager ses goûts et ses humeurs du moment :

 

https://www.facebook.com/Lesdisquesanonymes?fref=ts

http://lesdisquesanonymes.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/visionslefestival

http://festival-visions.tumblr.com/

https://www.facebook.com/pages/Essuie-%C3%A7a-vite-et-bien/301164830039655?fref=ts

http://www.essuiecavite.com/

 

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1° Peux-tu nous exposer en quelques mots ton rapport à la musique ?


Ecouter de la musique est une passion que j'assouvis tous les jours, dès que possible, chez moi, dans ma voiture, dans mon casque. Découvrir de nouveaux groupes, de nouveaux labels, est une activité indispensable pour réaliser une programmation de soirée. Il y a un petit côté fouille archéologique du net et des réseaux sociaux pour écouter les groupes émergents, et l'offre est pléthorique heureusement !

La plupart des gens qui m'entoure ont ce rapport identique à la musique,  c'est une passion facile à partager. Organiser une soirée, où les gens viennent écouter votre programmation, et voir les gens prendre autant leur pied que vous à les écouter, m'apporte juste une immense joie !

 

 

2° Si tu devais isoler un album qui t'a marqué à vie ?


Elliot Smith, XO. Je l'ai tellement écouté, encore et encore. Je ne frôle toujours pas l'overdose ! Les morceaux sont efficaces, les mélodies parfaites. Un des plus beaux albums pop jamais écrits...


 

 

 

3° L'album qui ne quitte pas ta platine en ce moment ? Pourquoi ?


Surlendemains Acides d'Automelodi.  C'est un album de 2013, mais je ne l'ai découvert que récemment. Une pop synthétique chantée en français mêlée d'une sensualité mélancolique, dansante et planante à la fois... Une belle perle !

Merci à ma frangine Charlotte pour cette découverte. Nous partageons des goûts musicaux très proches. Cela nous permet d'organiser des soirées sur Rennes avec notre asso Essuie ça Vite et Bien, en compagnie de notre pote Adélaïde.

 


 

4° Une rencontre marquante avec un artiste ?


Incontestablement celui avec qui j'ai vécu pendant 13 ans. Sans lui, mon approche de la musique serait probablement différente. De cette passion commune sont nés Les Disques Anonymes, puis le festival Visions.

 

 

5° La chanson qui te met en joie ?


Johnny de Devo. Efficacité maximum.

 


 


6° La chanson qui te fout le bourdon ?


Lonesome Tonight, New Order.


 


7° Ta chanson honteuse ?


Ma fille de 4 ans, Suzanne, a une addiction pour le dessin animé  « La Reine des Neiges ». Après l'avoir regardé dix fois avec elle, je me suis surprise à chercher les paroles de « délivrée, libérée », pour pouvoir chanter avec elle. Il m'arrive aussi de fredonner cette foutue chanson quand je fais la vaisselle...Libérez-moi du ménage !

 

 

 

8° Un concert mémorable ?

 

J'avais vraiment adoré le concert de Tame Impala à la route du Rock. Après avoir passé l'année à écouter cet album en boucle, quoi de plus kiffant que de les voir en live ?


 

 

 

Un autre concert qui m'a marqué cet été est celui d'Infecticide, programmé à Visions. Percutant et déjanté !

Plus récemment, le collectif Etre Assis ou Danser nous a offert Transfigure à Rennes. Voir un live éléctro totalement analogique de près a été une expérience intéressante, et dansante !

 

9° L'album que tout le monde aime et toi, définitivement tu n'y arrives pas ?


Ca va encore faire hérisser les cheveux sur la tête de beaucoup de gens, mais j'ai vraiment du mal avec Belle and Sebastian, je ne peux pas m'empêcher de trouver ça mièvre...


 


 

10° L'album que tu attends avec impatience ?


Ariel Pink sort un album au mois de Novembre. Soon !


 


Je suis aussi impatiente de découvrir le prochain bijou de Aline.


 


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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 22:18

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Tahiti 80 - Ballroom

 

Vous vous souvenez de ce personnage effrayant dans le Voyage de Chihiro ? Cette forme noire au masque blanc qui avalait, grossissait, se boursouflant, dépassant la satiété, repue mais avalant encore jusqu’à la limite ? Parfois, quand on recherche, écoute, engloutit de la musique, toujours en quête de nouveautés, de tubes, de L’ALBUM, on finit par devenir ce monstre à son corps défendant.

 

On perd alors la saveur, la joie des mélodies simples et pourtant si bien troussées. On oublie que la musique est sensuelle, organique. Qu’elle est aussi là pour vous permettre de vous sentir beau, vivant, super-héros ou dandy désinvolte. Que diffusée dans vos intimes oreillettes elle repeint, transforme, sublime votre environnement immédiat, étranger aux autres. Que propagée entre les quatre murs de ce lieu unique, elle unit les corps, rend l’alcool meilleur, déguise la morosité en pantin inoffensif. On oublie trop souvent que la musique est onde, fréquence, stimuli. Et que vous y êtes sensibles. Qu’il n’y a parfois de chef d’œuvre que dans sa capacité à illustrer l’envie, encourager la danse, panser les plaies d’un baume placebo. Faire voir la vie où les jupes sont courtes, les muscles saillants, dans une décapotable vers la plage gorgée de soleil, là où un Mojito vous attend. Faire voir la nuit comme une blague dont il faut rire, profiter avant le jour. Jour qui sera beau de toute façon.

 

Il faudrait savoir dire merci aux architectes de ces plaisirs essentiels. Pas des chasseurs de trophées ni des carriéristes du Bilboard. Des artisans du plaisir lumineux, injustement méconnus mais amoureux, légers, positifs. Comme des cachets magiques pour mieux digérer l’ordinaire.

 

Merci Tahiti 80.

 


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Published by Johann - dans Albums
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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 20:43

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Dans ma cabane une platine # 31

 

Nous y voilà hein ? Novembre, heure d’hiver, nuit à 19h00. A peine eu le temps d’enfiler le pull de précaution, de profiter des derniers jours à 20°c que la Toussaint se la ramène. Et c’est parti pour des semaines de plein phares à 17h00, de soupe à chaque dîner, et de feux de cheminée pour les plus chanceux. Les lois de l’hibernation.

 

Certes tout concorde pour sortir l’artillerie lourde : Frank Sinatra, un bon vieux Stan Getz ou encore un Michel Legrand tout en éventrant un poireau. L’heure est au ralentissement. On ne danse plus, on gigote, et les apéros diurnes vous attendent fin avril.

 

L’heure est moindre, l’heure est grave…

 

Réconfortons-nous : 

 

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 17:41

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ALBAN FONTENEY

 

Disquaire

 

Alban Fonteney est une figure musicale bien connue à St Brieuc, ville qui a adopté ce normand d’origine depuis des années maintenant. A l’époque où les ventes de cds battent leur plein, il fait partie de l’équipe du mythique LP Records, magasin incontournable du centre ville, et il est déjà l’un des premiers à croire au retour du vinyle, même si ce n’est alors que quelques étagères bichonnées au fond du magasin pour les passionnés. 

 

Lorsque LP Records disparaît dans les flammes une triste nuit de février 2006, laissant orphelins de nombreux mélomanes briochins, Alban décide avec deux autres disquaires de l’enseigne d’ouvrir une nouvelle boutique. Le projet est ambitieux, un pari pas sans risque puisqu’entre temps, le téléchargement illégal est rentré dans les habitudes de consommation : il devient de plus en plus compliqué de maintenir un magasin de disques à flot et certains comme l’historique Rennes Musique en ont déjà fait les frais. Ce sera l’épisode Le Disquaire, nouveau lieu de rendez-vous pour ceux qui attendent d’un magasin qu’il ne soit pas seulement un espace de vente. Et le défi est relevé haut la main, en particulier grâce à de nombreux choix judicieux pour lutter contre la crise du disque : organisation de show-case et d’événements, défense et mise en avant du support vinyle, référencement pointu et pertinent. Et puis surtout une équipe dynamique et un lieu convivial qui donnent envie de trainer dans les rayons en discutant des dernières sorties.


C’est un peu avant le dernier festival Art Rock que Le Disquaire fermera ses portes. Mais Alban s’est déjà depuis plusieurs mois lancé seul dans une nouvelle entreprise de passionné : Dandy Rock Le Shop, sans doute un clin d’œil aux Dandy Wahrols, groupe qu’il affectionne tout particulièrement. Une autre façon de montrer qu’on peut encore faire vivre la musique à St Brieuc. De nombreux artistes ne s’y tromperont pas en s’associant à l’aventure : Craftmen Club, Bumpkin Island ou plus récemment Yann Tiersen.

 

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Aujourd’hui Dandy Rock Le Shop a déménagé et se tient 3 place haute du Chai. Le magasin propose une sélection de vinyles et livres d’occasion ainsi que quelques goodies. Alban continue par ailleurs ses activités de DJ et il n’est pas rare de le croiser encore au détour d’une émission de radio comme simple passionné venant partager ses goûts et découvertes. C’est ce qu’il a accepté de faire aujourd’hui pour Euphonies :

 

1° Peux-tu nous exposer en quelques mots ton rapport à la musique ?

 

C'est un besoin fondamental et vital, le réveil en musique, les notes m'attirent jusqu'au coucher... Ma plus grosse frustration est de ne pas savoir jouer d'un instrument, mais j'ai encore le temps. Je compense faute de composer.

 

2° Si tu devais isoler un album qui t'a marqué à vie ?

 

Genre l'album que l'on écoute toutes les semaines? C'est dur comme question... Fela Kuti Zombie, j'étais tout petit, j'ai appris plus tard l'histoire de ce disque.

 


 

 

 

 

3° L'album qui ne quitte pas ta platine en ce moment ? Pourquoi ?

 

Goat, Commune fraichement sorti, sans hésitation, la rencontre entre le presque psyché et la musique du monde, un bon trip sans LSD, j'ai découvert ce groupe scandinave il y a deux ans depuis je suis hyper fan, regardez les lives, surprenant.

 


 

 

4° Une rencontre marquante avec un artiste ?

 

Une rencontre marquante... A part Carlos au Podium Europe 1, c'est Tony Allen, lors de son passage au festival Art Rock, mon anglais hésitant et ma timidité m'ont gâché ce moment... C'était au Forum lors d'un concert dont j'ai completement oublié le nom des artistes, c'était pas le principal à ce moment là.

 

5° La chanson qui te met en joie ?

 

Sea sex & sun de Gainsbourg, le morceau qui rappelle les bons moments.

 


 

6° La chanson qui te fout le bourdon ?

 

Donald Byrd, Cristo redentor, lié forcément comme beaucoup à une rupture sentimentale, ca sert aussi à ça la musique.

 


 

 

7° Ta chanson honteuse ?

 

La dernière en date? salama machin de Dalida... cette chanson qui te reste en tête en plus.


 

 

8° Un concert mémorable ?

 

Le choix entre Lcd Soundsystem à St Malo et Arctic Monkeys aux Vieilles Charrues cet été, le second, j'ai pleuré, les mecs la classe, communication néant mais je sais pas il y avait une ambiance cool ce soir là.

 

9° L'album que tout le monde aime et toi, définitivement tu n'y arrives pas ?

 

La discographie de Shakaponk pour ne vexer personne.

 

10° L'album que tu attends avec impatience ?

 

It's Pleasure De Baxter Dury, des morceaux parfaits pour se dandiner et faire la fête.

Whispered le tube d'octobre.

 

 

 

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 21:28

 

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HAWKSLEY WORKMAN

 

Hier soir, en repensant à mes années de fac, mes amis d’alors, nos soirées, j’ai repensé à Hawksley Workman. Son nom ne vous dira peut-être rien. Ici pas d’actualité à célébrer. Et pourtant depuis deux jours, j’ai réécouté une partie de sa discographie. Et depuis deux jours, j’ai comme envie de m’assurer que ce nom ne tombera pas dans le puits fatal des étoiles trop scintillantes mais trop filantes.

 

Attendez-vous à du sentimentalisme. Mais aussi à un jugement implacable. Il n’y a rien de pire que les idoles qui déçoivent. Et c’est la grande histoire d’Hawksley Workman. Ou comment tutoyer les étoiles avant de progressivement tomber dans l’oubli. Sad but True.

 

Hawksley Workman, c’est typiquement le genre d’artiste qu’on découvre au détour d’une soirée. Un peu arrosée, un peu tardive. Le mec vient de nulle part, et on écoute son premier album sans trop savoir à qui on doit cette découverte. On sait qu’il est canadien, on trouve son nom bizarre. Mais on est tout de suite séduits par deux trois morceaux de son premier opus : For Him & the Girls. Rappel : Jeff Buckley vient de mourir, Radiohead, Massive Attack, Portishead font encore l’unanimité, Freddy Mercury est un souvenir et David Bowie n’a plus d’actualité. Hawksley Workman semble alors l’embryon auquel on peut s’accrocher. Dans lequel on peut enfin libérer tant de mois de frustrations sans modèles, sans avenir pour un génie baroque, séduisant, fédérateur. For Him & The Girls est une somme de tubes frondeurs, impeccables,  portée par une production adéquate, une voix inouïe et une virtuosité mélodique incontestable. Le texte est ambitieux, littéraire, et pour ne rien gâcher, Hawksley est beau, dandy, ironique. Ici alors, nous succombons.


 

 

Sollicité par la France, Il vient jouer à Rennes lors des Bars en Trans, en décembre 2000. L’homme est encore confidentiel. Mais une somme d’happy fews dont je fais partie, assiste à son concert délirant au 1929. 20 m2 d’espace. Et pourtant Hawksley, accompagné alors de son inséparable claviériste Mr Lonely, qui frôle mes fesses en se frayant un passage dans ce bar étroit, donne un concert à l’image de sa démesure. Il joue de tous les instruments, se réhausse en agrippant les barres d’escaliers tout en chantant à tue tête et via un mégaphone Dirty and true du nouvel album. La performance fait mouche, on croit tenir une espèce d’hybride entre Mc Cartney et The Sparks. On écoute alors We Were the Delicious Wolwes, L’album est plus rond, plus consensuel, mais le foutraque et le baroque sont toujours là, portés par des merveilles comme Your Beauty Must Be Rubbing Off Ou Old Bloody Orange.

 


 

 

 

Il est encore temps d’apprécier Workman lors d’un concert partagé avec les Têtes Raides (eh oui !) à St Brieuc. L’homme aime la France, et la Bretagne en profite. Entre temps, encouragé par le succès de ses deux premiers albums, sort avec retard chez nous son album de noël, Almost a Full Moon, traditionnel pensum mielleux des stars américaines. Encore une fois le charme opère, ne serait-ce que par la force mélodique d’un titre comme Common Cold qui ferait passer Petit Papa Noël pour un brouillon d’illustration hivernal. Mais déjà, le doute s’installe. Le son est de plus en plus rond, consensuel. (Workman ressortira d’ailleurs en 2011 cet album à plus grande échelle sous le nom  Full Moon Eleven, mais ça sent déjà le sapin).

 

Reste la voix et le génie mélodique.

 

Confirmation avec le (vrai) troisième album : Lover / Fighter. Le sentiment d’être dépossédé d’un bijou. L’efficace et finalement émouvant We still need a song tourne en rotation sur NRJ. Hawksley Workman bosse avec des groupes français, tourne un clip avec Marion Cotillard.


 

 

L’artiste semble au pinacle. Et toujours charmé par son parcours, je succombe à des scies comme Anger as Beauty ou Smoke Baby. Difficile d’expliquer ce qu’il se passe alors. Je sais qu’on est loin des impros d’un All of us Kids du premier album. Mais j’aime toujours son sens terrible de la mélodie. Même si tout ça commence à ressembler à du U2, meilleure période. L’homme a lâché du lest, a arrondi les angles, mais sait encore concocter de petites perles, pop, rock, folk, capables de vriller votre cerveau pendant des heures. Seulement, l’album semble aussi trop évident pour ne pas être récupéré par des hyènes sans culture.


 

 


Suprême sursaut, alors qu’on se repasse nostalgiquement Baby this night ou No Begining no End, certain qu’Hawksley a vendu son âme au tout commercial, sort Treeful of Starling. Quelques beaux morceaux, album encensé par la critique. Inertie artistique. Et l’idée, l’âme du départ n’y est plus. Le baroque a fondu, la voix magnifique, ne suffit plus. C’est comme ça, les fans sont intransigeants. Hawksley semble avoir tout livré.

 

Hawksley Workman. Littéralement l’homme oiseau ou l’ouvrier. L’artiste des hauteurs comme du rattachement à la terre. La métaphore s’est étiolée faute de nouvelles propositions palpitantes. L’artiste liminaire et aérien est redevenu Ryan Corrigan, l’homme d’une terre en jachère, se débattant avec une gloire peut-être trop vite obtenue. Des albums ensuite dispensables. Une disparition médiatique, tout du moins en France. Mais en attendant peut-être une renaissance. Nous reste des morceaux fondamentaux. Avec l’idée que le génie musical est capricieux.  Alors, attendons peut-être. Après tout, au regard de ses premiers albums, il le mérite.

 

 

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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 18:05

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The DØ - Shake Shook Shaken

 

J’ai tourné sept fois mes doigts autour du clavier avant de m’y mettre. The DØ avait-il besoin d’un énième article élogieux en ce début octobre ? J’ai tourné une semaine autour du sujet, envisagé des rapprochements de carrière ave Yelle (3ème album, français qui réussissent à l’étranger), cherché un angle, et puis culpabilisé. Combien de groupes dans l’ombre, tout aussi talentueux en 2014 que la paire Olivia Merilahti / Dan Levy ? La mission du blogueur n’est-elle pas d’ouvrir une modeste fenêtre à ceux qui n’ont pas la chance de faire la couv’ des Inrocks, d’être relayés, sanctifiés par la playlist France Inter ? Chaque jour, un artiste mérite qu’on parle de lui, même s’il n’a enflammé que 40 personnes lors d’un radio-crochet, même s’il joue de l’Oud et se voit recalé en fin d’un festival de jazz.

 

La vibration. Donnée essentielle. La vibration n’a que faire des couvertures de magazines, des tubes en rotation, de la hiérarchie. Laissez-moi vous raconter une anecdote : un jour, alors que j’étais au collège, s’est tenu un spectacle de fin d’année. Théâtre, improvisations, sketches. Les parents sont présents dans la salle, tout le monde est bienveillant, conciliant, malgré les ratés, les approximations. L’essentiel est de communier autour d’un effort, d’une extraversion courageuse de petites têtes blondes. Et puis en fin de soirée, les lumières se tamisent, il est bientôt l’heure de coucher les plus jeunes, on hésite à quitter le gymnase transformé pour l’occasion en salle de spectacle. Les adultes ont donné, les ados doivent rentrer. Demain, y a école. Sauf que. S’avance timidement dans la pénombre une frêle silhouette. Dans une robe noire, élégante, mais un peu trop grande pour elle. D’un coup les conversations baissent d’un ton, on s’interroge, saisi par l’apparition. C’est une élève de troisième, inconnue à mon bataillon, qui se dresse intimidée devant le micro, devant la foule et l’obscurité. Et une fois le silence religieux obtenu sans peine, voilà que la timide jeune femme captive l’auditoire d’un Love Me Tender chanté avec une extrême justesse, une intense émotion. Tout le monde connaît le standard du King. Mais personne ne s’attendait à cette version émue, à fleur de peau. Présent dans la salle, j’ai l’impression de découvrir le morceau. Je vibre. A cette époque, pas d’émission TV pour lui promettre un avenir plus ou moins éphémère. Mais lorsqu’elle sort de scène, après avoir magistralement rendu honneur aux mots d’Elvis, j’ai presque envie de lui demander un autographe. La vibration trouve parfois sa source là où on ne l'attend pas.


Cette parenthèse un peu longue pour répéter qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. L’album de The DØ est ambitieux, et propose, qualité rare, des morceaux capables de cristalliser une époque, un sentiment dans la voix de la délicieuse Olivia. L’album Shake Shook Shaken surfe certes sur les sonorités actuelles, très efficaces d’une électro-pop promise à de multiples versions extended ou remixées. Mais l’essence est déjà là : comme cette collégienne à qui j’aurais bien demandé un autographe au sortir de scène, The DØ accumule dans ce troisième album une somme de tubes imparables ( Keep your lips sealed / Trustful hands / Despai, Hangover & Ecstasy / Anita No !) Et j’en passe. L’album est excellent, frondeur, toujours dans la recherche d’une mélodie handicapée, sous mixée, qui finit par trouver la lumière dans sa progression vers des hauteurs certes élégiaques mais jamais pompeuses. Et surtout sincères. Ici on compose sans vocoder, on éclate le couplet / refrain, on travaille la mélodie. Au son du choral Lick My Wounds pourquoi bouder son plaisir ?

 

Profitons de cet album. Et je promets de me pencher la prochaine fois sur les autres propositions tout aussi ambitieuses.  Après tout, on peut concilier mainstream et références occultes, non ?

 

 

 



 

Et mon morceau préféré :Trustful Hands : 


 

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Published by Johann - dans Albums
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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 21:59

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Aline - La rivière est profonde

 

On savait les Aline magistraux sur Regarde le Ciel. Carton mérité de l’année 2013. On savait les Aline artisans de mélodies imparables, toutes en ligne claire pour mieux tromper l’ennemi. On savait qu’Aline ne serait définitivement pas un coup de vent, un courant d’air avant que la fenêtre ne claque. On savait que les maudits garçons avaient des références, des ressources, de l’envie. On savait que Romain puisait un peu partout l’inspiration, qu’Arnaud et Vincent avaient vu mille scènes, joué sur dix registres différents. On savait les liens antérieurs (Pastels, Orange Juice) actuels (Alex Rossi, Autour de Lucie, Daho, Barbara Carlotti). On savait que ce groupe prometteur, peaufiné sur des années d’épreuves, promettrait.

 

Ce qu’on ne savait pas, c’était comment. Comment dépasser la perfection ciselée, vaporeuse ou nerveuse d’un album qui cache sa profondeur dans de petits noyaux modestes d’euphémismes ? Comment dévier sans brusquer, faire apparaître l’inquiétante étrangeté comme une piste possible, sans toutefois faire chavirer la barque ?

 

La rivière est profonde est un début de réponse. Titre inédit présent sur la compil France 2014 et plus..., le morceau distille une gravité juste caressée du doigt, joue encore la carte d’une tension paradoxale entre légèreté et pesanteur pour notre plus grande appréhension. Instrumental sec et expéditif, basse frondeuse, claviers solennels, guitare toute en retenue ironique, construction qui s’éclaire d’une lecture de Guy Debord par une voix juvénile :


« Il y avait les rues froides et la neige, et le fleuve en crue : "Dans le Mitan du lit – la rivière est profonde." Il y avait les écolières qui avaient fui l’école, avec leurs yeux fiers et leurs douces lèvres ; les fréquentes perquisitions de la police ; le bruit de cataracte du temps. "Jamais plus nous ne boirons si jeunes. »

 

(Panégyrique, Guy Debord, 1989)

 


Les Aline présentent une nouvelle facette, référencée et en eaux troubles. Mais après tout, il y avait déjà du Jean Eustache et ses petites amoureuses chez eux. La progression semble donc cohérente ET passionnante.


Si la rivière est profonde, le chapeau magique des Aline ne le semble pas moins. Et c’est avec une infinie patience qu’Euphonies attend le nouvel album, prévu pour 2015.

 


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Published by Johann - dans 45 tours
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