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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 18:28

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Dans ma cabane une platine # 30

 

Bien loin des kermesses de village et des soirées Nrj 12, des hommes, des femmes oeuvrent et militent au quotidien pour une diffusion plus juste, plus saine, d’une musique sans additif, sans colorants ni conservateurs. Ce sont des artistes, des techniciens, des passionnés. Alors que l’économie du cd est en berne, que de nombreux disquaires ferment boutiques, il reste une poignée de convaincus qui donnent de leur temps pour chanter encore en fa en sol avec talent. En exclusivité pour Euphonies nous les avons rencontrés… Sur place Jean-Philippe Grumbert et Marion Le Penvern.

 

Jingle

 

9h00. Quartier de la Madeleine. Sébastien vient de déposer son dernier projet à sa maison d’édition. Il accepte de répondre à quelques questions.

 

E : Votre musique semble dérouter les 6-15 ans pour son caractère post-élégiaque, mâtinée d’une vision phénoménologique de l’existence. Qu’en pensez-vous ?

 

S. Schuller : Ah, ah, ah (rires). Je pense surtout que ma musique dans sa forme protoscopique a certes des velléités vintages qui peuvent déranger. Ensuite, il faut quand même revenir à l’essentiel : On a trop bashé sur le gaming synthétique d’une pratique lo-fi qui m’empêche aujourd’hui (mais je ne parle qu’en mon nom) d’épanouir les structures arachnéennes où le fuzz est absent mais où ma volta lysergique retient les reverbs d’un tempo somme toute… allez j’ose être familier,  « atavique ».

 

Nous ne pourrons pas poursuivre plus longtemps l’interview, Sébastien étant poursuivi par une horde de fans de Radiohead lui reprochant de trahir l’esprit initial du combo anglais.

 

Jingle

 

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’atlantique, nous rencontrons les mythiques Interpol, venus soutenir leur dernier album El Pintor. Echanges, partages, désaccords : extraits.

 

E : Humm… Well, that’s been a long time since. So, Is that… What is… Your four numbered album called El Pintor is a straight way to the soul of Interpol, with many blinks to older works. Are you satisfied ?

 

I : Well… you know, I ain’t anybody to take about you so fucking good but I had to delay the best of what you deserve because the world is on our knees and the meaning is so pretty fucking good that we had to share our… Wait for it : so awesome tracks that nobody can hear before because the owl is in the kitchen and you got to forgive about the meaning of garbages but what’s going on ? Fuck off.

 

Comme le met ici clairement en évidence Paul Banks, la création est un accouchement de tous les instants, qui ne peut se comparer aux productions formatées pour le grand public. Il souligne explicitement les déchirements intérieurs, où l’âme de l’artiste lutte contre la Doxa qui chaque jour grignote du terrain. Il parle aussi de chouette dans la cuisine mais là on a pas compris.

 


Jingle

 

Comment lutter contre la facilité ? Comment défendre sur la longueur cette vision d’une musique exigeante, qui mobilise toujours plus d’énergie et d’endurance chez les artistes ? Nous avons demandé à Arthur H sa recette pour se maintenir en forme, et continuer à livrer des albums toujours plus ambitieux. Réponse exclusive pour Euphonies :

 

A.H : Rhaa pff bon za c’est comme si t’me dis la danse parce que… (il réfléchit un temps) parce que t’vois, la danse, moi j’aime bien ça la danse, c’beau la danse mais bon pfff… saaareeeeiiiinavoir avec j’sais pas moi, bon si par exemp’ quand t’écoutes Charlie Parker ékilé tard tu pleures t’vois mais tu la danses sauf que bon (il réfléchit à nouveau) naaan mais tu vois, pas pareil, y disait ça l’Miossec hier, qu’on est tous des cons à la… tain’ c’est zuperrr, l’aime bien christophe moi, chic étout, …Bon. (Il marque un temps, puis deux) des cons à l’azsentice…à l’asisiensse, rhaaaa, à l’assisTANce sociale, t’vois quoi ?

 

E : (nous traduisons) : Il est certain que le statut d’un artiste qui souhaite rester créatif nécessite une excellente hygiène de vie.  Sport, alimentation équilibrée, sommeil réparateur.

 

Jingle

 

Dans ma cabane une platine est aujourd’hui terminée. J’espère que vous avez passé un agréable moment en notre compagnie. Le mois prochain, nous tenterons de comprendre comment on peut réussir dans la musique en étant dyslexique, attardé et végétarien (des portraits saisissants d’Orelsan, Maître Gim’s et Tryo).

 

 

andy-warhol-campbells-soup-i-1968.jpgAndy Wahrol - Cambell's soup - 1968

 

 

 

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 10:33

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Arthur Guillemot

 

Musicien

 

Pour cette reprise d'un invité dans ma cabane après une pause estivale, j'ai le plaisir de recevoir Arthur Guillemot. Artiste, pianiste et guitariste depuis plus de quinze ans, il enseigne aujourd'hui la musique en Ille et Vilaine. S'il est passé par la MAI de Nancy et des études de musicologie à Rennes, il confesse également avoir eu un parcours d'autodidacte. Musicien touche à tout, il aime faire le grand écart entre death-metal et comédie musicale avec et pour enfants, rock indé, jazz...

Passionné et présent dans de nombreux événements culturels (La récente création "Visions", le Zik Zak Web des Hivernautes à Quimper) il se lance aujourd'hui dans un nouveau projet : écrire la bande originale d'un livre. Cela ne pouvait que séduire la ligne éditoriale d'Euphonies. Le roman s'appelle "La tête en arrière" de Nathalie de Broc, et Arthur se propose d'y apporter sa sensibilité, de sublimer ces mots par les siens, faits de bémol et de quinte. Le projet est encore à l'état de financement pour un enregistrement prévu début 2015. Pour y participer, rendez-vous sur la page dédiée Kiss Kiss Bank Bank. Et Pour le site officiel c'est par là. En attendant de voir se concrétiser ce beau projet, Arthur a accepté de répondre aux dix questions de la cabane...

 


1-Ton rapport à la musique ?

La musique c'est ce qui me fait me tourner dans mon lit la nuit parce que j'ai une idée, qui me fait me sentir fier, me fait me sentir nul, me fait me tourner dans mon lit parce que j'ai pas d'idée, me fait oublier que je n'ai pas mangé aujourd'hui parce que ça fait huit heures que je travaille sur les mêmes quinze secondes. Je crois que c'est  ce qui fait que je me sens vivant !


2-Un album qui t'a marqué?

Dur d'en isoler un seul, à chaque période correspond son album ! Je vais essayer de jouer le jeu quand même ... et n'en garder que deux ... ou trois ...


Grace de Jeff Buckley, assurément. C'était mon prof de guitare de l'époque qui me l'avait donné en me disant "ça, c'est une perle !". Et effectivement, tout est sublime dans cet album !

 

 

 

 


Ambre de Sylvain Luc. C'est peut-être pas trop le lieu pour parler de Jazz, (je corrige si,si c'est le lieu) mais cet album m'a fait voyagé énormément.

 

 


Et puis des albums de Magma aussi. 

 

 


Et puis ... ah ça fait déjà trois ...

3- L'album dans ta platine en ce moment ?

Il y en a deux qui tournent vraiment en boucle, un "vieux" et un récent :


Sigh no more de Mumford & Sons pour le premier. J'ai découvert ce groupe un peu avant la sortie de ce premier album et il y avait tout ce dont j'avais besoin à l'époque : j'avais envie de chansons, de simplicité et de musicalité après une grosse période durant laquelle je n'écoutais que du jazz-fusion très pointu (très chiant ?). Et tout chez eux m'a séduit : les mélodies, les harmonies vocales, le petit côté country-folk. Je travaille le chant avec cet album !

 

 

 

 


L'autre c'est Home alone de Totorro. Je les ai découverts aux festival des Hivernautes à Quimper en février dernier, en première partie de Deerhoof que j'attendais impatiemment. Et en fait j'ai pris une telle claque avec eux, que la tête d'affiche m'a gonflé ! J'en voulais encore ! Leur son énorme, leur présence, la manière dont ils avaient de gigoter dans tous les sens alors qu'ils jouent des trucs vraiment compliqués et que je n'ai pas entendu un truc à côté. Et puis cette maîtrise de la technique pour créer des choses vraiment belles à entendre. Vraiment ma grosse claque de l'année !

 

 

 

 

 

4- Une rencontre marquante avec un artiste ?

Il y en a eu pas mal quand j'y pense. J'ai eu la chance de côtoyer beaucoup de grands musiciens à la Music Academy International de Nancy, mais les rencontres que je retiendrai ne sont pas celles connues du grand public (pour l'instant !). Je pense notamment à mon ami François Perrussel, excellent guitariste qui m'a appris tellement de choses, Jack Thiébaut, prof de chant à l'époque à la M.A.I qui m'a poussé à reprendre le piano et à toute l'équipe du spectacles "les Visions d'Edgar", dont Gwendal Briec avec qui je travaille troujours. Du coup c'est pas drôle pour vous à lire, puisque vous ne connaissez pas, mais c'est ma petite "cace-dédi" !

5- La chanson qui te met en joie?


Gobbledigook de Sigur Ros. Ces premiers accords de guitare me donnent le sourire à chaque fois.


 


"Les petites bêtes" de François Perusse !

 

 

 


6- la chanson qui te fout le bourdon ?


Idioteque de Radiohead. J'ai passé des heures étant ado à marcher pour me vider la tête avec cette chanson en boucle dans les oreilles. Je crois que je ne m'en lasserai jamais.
 

 

 

 


Bones de Ben Howard, même si c'est pas vraiment le bourdon, mais elle me met dans tous mes états.

 

 



7- Ta chanson honteuse ?

Ah ... Allez, j'ose : Elle danse seule de Gérald de Palmas ! Elle me reste en tête et ça ne me dérange même pas !
 

 

 

 


8 - Un concert mémorable ?

Bon j'ai déjà parlé de Totorro plus haut, alors je dirais le Steve Reich Ensemble à l'Opéra de Caen en 2007, je crois. "Music for 18 musicians" joué de manière presque religieuse par son créateur. Une heure de transe.
Remarque, j'ai aussi pris un pied fou devant Ibrahim Maalouf au Festival du bout du monde cette année. Le seul artiste que je voulais voir et quel magnifique show ! (d'ailleurs son clip "Illusion" est génial)

 

 

 



9- L'album que tout le monde aime et toi non ?

Si je le dis du coup je ne bosserai sûrement jamais avec lui, mais j'ai vraiment du mal avec Stromae. J'ai essayé, sa musique ne me parle pas.

 

 

 

10- l'album que tu attends avec impatience ?

J'ai le droit de dire le mien l'année prochaine ?

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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 19:10

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Interpol - El Pintor

 

Don’t believe the hype. La critique musicale puis la Doxa décident trop souvent du sort d’un album. Et face à ce phénomène, trois attitudes possibles : lire ou écouter ce qu’en disent les autres, avant, après ou jamais. 

 

Avant, c’est risquer de préformater son approche de l’œuvre. Si l’album n’a obtenu que 5.0 sur Pitchfork (le grand baboun anglais de la prescription musicale) si JD Beauvallet des Inrocks fait la moue, si votre pote disquaire, si avisé, balaie d’un revers de main, il y a des chances que vous partiez avec un sacré a priori négatif voire que vous n’écoutiez tout simplement pas l’œuvre. Si tout le monde s’accorde à dire que c’est génial, même conséquence inversée.

 

Après, c’est confronter son avis aux autres et découvrir qu’on a tout ou rien compris. C’est se mettre en colère, ou au contraire sentir le délice de la complicité gustative. On peut tomber amoureux pour ça. Se rassurer de ne pas être seul contre le reste du monde. Dire Straits, Supertramp, Fauve, dans mes bras. Idem pour la détestation ou l’incompréhension contre le reste du monde.  Joy Division, Smiths, Woodkid, embarras.

 

Jamais, c’est n’en faire qu’à sa tête, réclamer une liberté de jugement aussi totale et louable que de plus en plus utopique. Les prescriptions sont partout : dans la presse, sur internet, à la radio, à la télé, dans les supermarchés, dans le métro, dans la bouche de vos amis. Aujourd’hui U2 s’invite même de force sur votre compte Itunes. Difficile d’échapper aux effets de modes, aux enthousiasmes puis aux désamours. Les disquaires désintéressés sont devenus rares, l’hypothèse de découvrir et d’aimer un artiste tout seul comme un grand paraît en 2014 de plus en plus improbable. Même en live : il suffit de regarder les programmations estivales des festivals pour constater globalement qu’on ne défriche plus : on thésaurise, on rentabilise, on use jusqu’à la corde les mêmes artistes attendus partout. Pas un mal en soi. Mais question force de découverte, on repassera.

 

Quand Interpol a sorti son élégant, sombre et génial Turn on the Bright Lights en 2002, je pouvais encore me dire, lors d’une fin d’après-midi pluvieuse passée au Virgin Megastore de Rennes aux bornes d’écoute, que j’avais trouvé une pépite. Le magasin proposait, je disposais. Peu de pollution entre l’album et moi. Pour être sûr, je pouvais retourner dix fois à la borne en une semaine. Me confirmer que ça valait le coup de lâcher 140 francs (coucou les jeunes) pour approfondir l’écoute chez moi. Au mieux je pouvais aller feuilleter les Inrocks ou Rock’n Folk pour espérer trouver une critique. Et si j’achetais, j’écoutais jusqu’au onzième morceau, en mangeant des pâtes au beurre. Quand Interpol a sorti en 2007 Our Love to Admire, j’ai téléchargé l’album sur les conseils d’un ami, puis convaincu et séduit j’ai acheté sur Amazon la version Deluxe. Aujourd’hui je n’en écoute sporadiquement en mp3 que trois ou quatre morceaux, toujours avec le même plaisir. Quand Interpol a sorti en 2010 son album éponyme, je ne l’ai pas écouté, trop accaparé par les nouvelles vagues, les nouvelles tendances. Aujourd’hui sort El Pintor, que j’écoute depuis ce matin sur Spotify. L’élégance est toujours là, et je pense aux fans qui apprécieront le retour aux fondamentaux. Mais moi je prends un sacré coup de vieux. En douze ans, l’appréciation d’un album a changé du tout au tout. En 2002 au Virgin de Rennes, je ne l’aurais pas acheté. En 2007, je me serais débrouillé pour récupérer une copie. Et en 2014, je l’écouterais peut-être deux trois fois de plus. Pour partir après vers de nouveaux horizons. L’album n’est pas mauvais. Au contraire. Mais doit lutter aujourd’hui contre dix mille propositions. Monde de merde.

 


 

 

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 18:55

 

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Ballads - Kim

 

 

 

Ballads est le 24ème album (oui oui ! ) de Kim (Kim Stanislas Giani pour les intimes). Huit titres, 46 mns. Voilà ça c’est pour le factuel.

 

On se méfie parfois des artistes prolifiques, comme si la retenue avait un caractère sacré. D’un côté My Bloody Valentine, de l’autre Jean-Louis Murat. Susciter l’attente (au risque d’épuiser ou de décevoir) contre rassasier l’auditeur à coup de deux albums par an (au risque de lasser). Le cinéma connaît aussi ses réalisateurs prolixes (Woody Allen) ou taiseux (Malick, Kubrick…) et aucun de ces deux positionnements n’est gage de qualité ou de réussite. Il y a des bavards géniaux et des muets qui rendent sourds. Vous l’aurez compris, Kim appartient plutôt à la première catégorie.

 

Allez donc faire un tour sur internet pour découvrir le parcours de ce multi-instrumentiste qui a fait tous les métiers, jongleur équil… hum, compositeur, musicien de studio, blogueur… Kim est à la musique actuelle ce que le blé est à cuisine : présent souvent, toujours discret, mais source de bien être. Tellement discret d’ailleurs que je ne l’avais découvert que par hasard, lors de sa collaboration jouissive (c’est le cas de le dire) avec Victorine sur le titre Fukushima femme fontaine.  Alors après, rattraper son retard sur le dossier Kim, c’est comme se lancer dans la discographie de Franck Zappa.

 


 

Mais revenons à ce Ballads. Véritable claque de ce début de rentrée. On va vite évacuer les différentes analogies possibles. Oui dès la première écoute, j’ai pensé Beatles, le 1919 de John Cale, et puis au fur et à mesure, T-Rex, Kinks, Sebadoh, Pink Floyd… De la ballade à… se faire balader dans tous les sens il n’y a qu’un pas. L’album est une explosive progression, un hommage à toute la litanie pop-rock-psyché des années 70. Ca commence par des arrangements classieux, du piano (David Cicone) puis ça enchaine avec le soleil reverb des horizons infinis façon Herman Dune (Ocean Bird) Et puis dès Christmas Song, on rentre dans une nouvelle dimension, une chanson qui n’en finit pas de progresser, subtile, harmonica mon ami, vers les hauteurs. Et bam, contrepoint sautillant avec Soldiers of creation, tout en gardant cette production qui va à l’essentiel. Il se passe quelque chose, un univers, à la fois varié, brut, et cohérent. On commence à se dire qu’on tient un grand album. Et on avait pas prévu la nouvelle claque, que dis-je, l’uppercut qu’est Solenn. Monstre de 13 minutes qui passe comme une friandise gonflée aux réjouissances du transat. Jamais d’ennui avec Ballads. Et  l’album est ambitieux, exigeant, complexe, ciselé, sans compromis. Il donne à la fois envie de prolonger son été farniente. D’apprendre la batterie ET la guitare (tous ces solos incroyables), de rencontrer une femme et d’avoir comme socle commun l’union sur cet album.

 

Qu’on se le dise : Kim vient à nouveau de réussir un album immense, qui sent le jazz, la pop, l’expérimentation, toujours dans le sens généreux de ceux qui sont passionnés de musique et de partage. Gros coup de cœur d’Euphonies cette année. Si vous êtes convaincus, filez sur le site de l’album.

 


 


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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 20:09

 

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Dans ma cabane une platine # 29

 

« Faire une bonne compilation de rupture, c'est pas évident. Faut du temps. Faut ouvrir avec un titre de folie pour accrocher. Puis faut monter d'un cran, mais faut pas s'essouffler, donc faut baisser d'un cran. Y a plein de règles. »

 

Tous ceux qui ont lu Hornby et qui se sont trouvés dans son univers auront reconnu l’une des citations les plus populaires d’High Fidelity. Faire une compil, à l’époque de Rob, c’était d’abord grâce à l’invention miraculeuse de la cassette audio. Un petit boitier renfermant une bande vierge enregistrable, promesse d’infinis mélanges musicaux, pour soi-même ou pour une personne, une occasion particulière. Pour des passionnés de Pink Floyd, des Cramps, de Supertramp ou d’Higelin, chaque nouvelle cassette pas encore déballée devenait ainsi l’univers illimité de désirs, de perfection organisée, avec parfois une angoisse comparable à celle de la page blanche. Mais contrairement à l’écriture, le support se limitait à 60 ou 90 mns. Comme si pour un entretien d’embauche, un CDI (Compilation Désirable Immédiatement) on vous disait : voilà, tu as une heure / une heure et demi pour faire tes preuves. Impressionne-nous. Bien sûr certains qui achetaient des BASF ou des SONY Ferro-Chrome par paquets de dix au supermarché du coin s’en foutaient complétement. Pour eux, entassement, duplication, mais pas de compilation au sens de Rob Gordon, le disquaire précité. Et qui pourrait les blâmer ? Le papier servait aussi de liste de courses, non ?

 

Après le support a changé, passant du cd à la dématérialisation, facilitant les suppressions, les interversions, les replacements. Offrant un boulevard aux névrosés de l’ultime alchimie, de l’absolue perfection du crime en 12, 50 ou 200 morceaux. (« Top 5 des meilleures chansons pour un enterrement !!! » ou la preuve par l’obsession décalée, toujours dans High Fidelity). Certains regardent ces compilateurs fêlés comme des ados attardés sans hésiter par ailleurs à lever les bras sur David Guetta. Alors que finalement il n’y a qu’un pas entre compositions maison et sets nocturnes. Pour parler de vrais artistes, je ne peux imaginer que les 2 Many Dj’s ou anciennement Jive Bunny (vous vous souvenez ?) n’ont jamais eu les yeux qui piquent à structurer tard dans la nuit une compil qui leur plaise. 

 

Et puis si la page a changé, le principe reste le même pour les aficionados : comme le dit Rob, il y a plein de règles. Sauf que les règles varient d’un auditeur à l’autre, d’un sujet de compil à l’autre. Lui parle d’une réunion de titres pour une rupture ( et cette folle idée que quinze chansons peuvent faire revenir quelqu’un. Enfin oui pourquoi pas après tout ? ) Et dans ces cas-là il y a des règles, personnelles, intimes, de connivence. Le sens du titre, le texte, l’émotion du morceau, les interactions implicites. Consécution et conséquence. On ne fait pas une compil à un ami, une amie, une cousine ou un amoureux de la même façon. Mais une chose est sûre, quelque soit le destinataire, on n’enchaîne pas le Te Deum avec la Zoubida,  On choisit la meilleure qualité de son possible. On percute au début, on temporise, on laisse croire au naturel des successions, et on termine par une chute. On suit une ligne directrice, et on ne se précipite pas. Comme tout poème, tout est question de choix, de rythme, de sonorités, de signification. Et de temps. Trop vite fait c’est source de regrets. Trop tardif, ça ne communique plus rien.

 

 L’art de la compilation, c’est aussi une affaire de correspondances. Entre les chansons certes. La fin d’un la mineur embrassé par un do majeur. Mais aussi entre celui qui compose et celui qui reçoit. Entre le temps où elle se fait et où elle s’écoute. La compilation qu’on fait pour quelqu’un, désolé pour le cliché, c’est un peu une bouteille à la mer, ou plus pragmatique, un C.V, une lettre d’amitié, d’amour, un message qui passe par la poésie inouïe de la vibration sonore.

 

Et comme toute affaire de communication, il peut y avoir beaucoup de malentendus, de parasitage. Ne rêvons pas, la compilation voulue parfaite bien souvent échoue. Trop courte ou trop longue, une anomalie, un titre paria et voilà que votre architecture s’écroule, ne tient plus la route, échappe à son but : l’harmonie. Le vouloir-dire.  Et puis comme l’esprit d’escaliers, on se dit trop tard que c’était CE morceau qu’il fallait mettre. Parce qu’on a gagné trois jours de vie, et que sans cesse on réinjecte nos nouveaux gradés dans les interstices fantasmés. Là, entre celui-ci et celui-là. Mais parfois c’est le chemin qui compte davantage que le résultat.

 

Le mois prochain, je vous proposerai une 30ème cabane. Avec toujours les mêmes réécoutes préalables, les prises de distances, les doutes, les réajustements. Parce que c’est toujours super dur de fédérer par le discours, l’écrit ou la musique devant autant d’oreilles différentes. Mais pour autant je ne placerai jamais un morceau, une succession qui ne me touche pas. Plutôt diviser que de feindre l’universel contentement. Souvent je rate dans le mois, et je me rattrape par ce rendez-vous qui me tient à cœur depuis déjà deux ans et demi. Et cela veut aussi dire que je ne serai satisfait que de deux ou trois compilations dans ce même espace-temps. Alors que certains aimeront la 3ème ou la 18ème, moi je leur trouverais plein de défauts. C’est comme ça. Une compilation c’est l’éphémère qui galère ou postule pour le titre du meilleur à propos. Mais aussi la magie du truc : donner à entendre, à partager. Tu prends, tu laisses. Et c’est tout.

 

 

 

 

 


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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 09:57

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King Creosote - From Scotland With Love


La fin du mois d’août approche et on regarde déjà dans le rétroviseur. Tous ces festivals, ces barbecues sur doux fond musical, ces retours de la plage en écoutant les Beatles. Et devant nous le retour au boulot, les réveils matinaux. La morosité guette. Et puisqu’il faut soigner le mal par le mal, les dieux de la musique ont inventé King Creosote.

 

Perdu de vue depuis une des toutes premières chroniques sur ce site, c’est avec un immense plaisir que je retrouve ce chantre de la mélancolie. Sur ce nouvel album From Scotland With Love, Kenny Anderson trousse onze chansons à la beauté solaire et immédiate. On retrouve ce subtil filet de voix qui jamais ne force, modulant des mélodies célestes, comme sur le titre d’ouverture Something to believe in ou sur l'addictif Miserable Strangers. Les arrangements sont classieux, tout en retenue, et il faut reconnaître que quand la machine s’emballe un peu (For One Night Only) le charme opère un peu moins. L’écossais est surtout doué pour les ambiances feutrées, les murmures, les dignes complaintes. Quelques jolies tentatives de renouvellement cependant (à l’image de Bluebell, Cockleshell, 1,2,3 et ses choeurs d’enfants).

 

Rares sont les artistes capables de vous coller un si doux bourdon, un frisson de fin d’été où le pull réchauffe et réconforte. On pense parfois à Radical Face, autre génie mélodiste des petits espaces de repli, ou aux titres les plus intimistes de Beirut. Attention, intimiste ne voulant pas toujours dire minimaliste : Pauper’s Dough parvient à mêler crescendo illuminé et emphase en sourdine. Enfin, A Prairie Tale, reprenant la ligne mélodique du premier titre, confirme que l’album a été envisagé un peu comme un carnet de voyage, avec ses départs à regret, ses paysages changeants, et le retour au foyer. « L’homme n’a pas besoin de voyager pour s’agrandir : il porte avec lui l’immensité » Mon cher François-René, si tu pouvais entendre ces 39 mns de plénitude, tu verrais combien tu avais raison. 

 

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 16:55

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La Route du Rock 2014 - Bilan

 

Quatre jours passés. Nostalgie, musique, sourires pour soi. Je n’avais pas prévu d’écrire un article supplémentaire sur La Route du Rock. Mais au delà des concerts et des artistes, la lecture de dix mille articles sur cette édition 2014 m’a poussé à livrer quelques réflexions qui n’intéresseront sans doute que ceux qui ont partagé ces trois jours malouins.

 

  1. Ne boudons pas notre plaisir. Encore une fois, la programmation était super chouette. Tout le monde pouvait y trouver son compte, de la pop, du néo-punk, de l’électro et bien sûr du rock. Le festival se démarque de beaucoup d’autres par son exigence, ses choix militants, et on a envie de défendre cette position. Mais quand j’ai vu l’ampleur de la chenille vendredi, la joie des festivaliers à se laisser aller sur du Zouk, je me dis qu’il y a une piste à creuser. L’idée n’est pas de trahir l’esprit pointu et rigoureux de la programmation. Mais d’offrir pourquoi pas un sas de décompression un soir sur trois. Cette année a été un bel exemple : après tant de galères boueuses, de station debout, de concerts tendus, nerveux, intenses, pourquoi ne pas offrir l’espace d’une heure un bon gros set de tous ces standards qu’on danse avec un peu de honte.  Il y a en tout fan de Slowdive ou de Moderat un client pour se laisser aller sur La Compagnie Créole, Abba ou Europe. Parce qu’on est tous les mêmes. Il m’a suffi d’entonner Digadigatong digatigatong, ohé ohé, au camping pour entendre un écho énorme. Et qu’on ne me dise pas que La Route du Rock est le festival le plus classe du monde. Même si les Gérards n’avaient pas de stand cette année, leurs stickers sont la preuve par écrit qu’on aime tous le mainstream, le populaire, le graveleux.

 

  1. De qui se moque-t-on ? Certes je fais partie des happy Few qui ne font pas la queue pour rentrer sur le site. Mais j’ai aussi fait partie des festivaliers au camping. Une boue incontrôlée, un site de campement à l’aménagement plus qu’hasardeux, un site où tout le monde patauge dans la mélasse. Des bières hors de prix et souvent déjà ventilées. De la Kro ? Quand on connaît toutes les bières bretonnes, ça donne forcément envie de faire passer de la St Erwan ou de la Coreff dans l’interstice de ses bottes. D’accord pour contribuer au budget fragile du festival, mais alors prévoir plus d’endroits où s’asseoir. Bon par contre il faut reconnaître que la proposition alimentaire tient la route : Thaï, Burger, Galettes, Patates au St Nectaire, il y avait de quoi survivre au Fort St Père. Mais par pitié pensez-y : quand adoptez la position assise devient le suprême luxe, pourquoi ne pas regorger d’inventivités et poser ici des grosses pierres, là une estrade, voire plus loin, des sièges. Tout le monde ne sera pas sauvé, mais au moins on se dira que vous avez fait le nécessaire. La conférence de presse a promis des améliorations. Wait and See…

 

  1. De qui se moque-t-on (bis) ? Il ne fait pas bon être une fille à la Route du Rock. Rares sanitaires mais dégueulasses, queues interminables. Sans voyeurisme, il était fréquent de voir des solutions de fortune où la copine cache comme elle peut les fesses à l’air de sa pote derrière une poubelle pour vidanger des bières. Si on ajoute à ça les litres d’urine que les mecs ont déposé contre les barrières du Fort, on peut se demander s’il n’est pas possible d’offrir un vrai stand W.C, genre 40 blocs au sec avec du papier toilettes. S’il faut rajouter 5 € par place, je valide.  Je n’ose imaginer le festivalier à la colique pressante. De honte, il doit encore être en train d’errer dans les champs aux alentours.

 

  1. 26 500 spectateurs en trois jours. L’échec de 2012 est épongé. Portishead cette année, comme Nick Cave l’an passé, ont porté à (boue) de bras le festival. Mais attention : la colère des festivaliers, tous les désagréments ici décrits, risquent de plus en plus de ternir l’image d’un festival qui reste cependant unique en France. Personne ne peut lutter contre les caprices de la météo bretonne. Et quand l’événement s’organise sur un site certes patrimonial mais incertain, il serait peut-être bon de revoir sa com’. Il y a mille façons de recommander des bottes, de dire subtilement aux festivaliers qu’ils vont en chier…Histoire de ne pas se sentir dindons de la farce. Certes les deux dernières éditions, lumineuses, ont brouillé les pistes.  Mais il faut se rendre à l’évidence : La Route du Rock, c’est statistiquement 70% de pluie, 60% de boue, 50% de grand soleil. Alors on s’adapte ?

 

  1. Pour finir sur une note positive, il faut reconnaître qu’il règne à la Route du Rock, quelque soit le temps, une ambiance incroyable. Mille rencontres, mille entraides. Et je profite de cet article pour saluer tous les adorables croisés sur ma route, pour cinq minutes ou trois jours : Antoine, (ça va mieux ?) Anne (Temples !!!) , Stéphanie, Noon, Clémentine, Kim, Camille, Annabelle et Hervé, Chris et Isa, Chloé et François, Héloise, Yann, Laure et Elian, Clara, Matthieu…

 

 

A l’année prochaine !!!

 

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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 18:57

 

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La Route du Rock 2014 - Samedi 16 août 

 

 

Voilà la route du Rock 2014 c’est terminé. Enfin de retour chez soi. Le plaisir de retrouver le goût des choses simples : la position assise, les coussins, un éclairage décent. Finis le brossage de dents à la Cristalline, le pâté Henaff mangé au doigt à 5h00 du mat’ (il se reconnaitra) les fringues humides de pluie, de boue ou de bière (elle se reconnaitra).

 

Revenir de cette Route du Rock 2014, c’est comme revenir du Vietnam en 1975 : le superflu est essentiel. Se reconvaincre de géniales inventions comme les couverts, le parapluie, les bottes. Vous avez déjà essayé de prendre une douche dans un bac rempli de gadoue (et d’autres substances que je préfère ignorer) tout en essayant de préserver l’intégrité sèche de vos dernières fringues ? Combien de moments de solitude pour enfiler alors ne serait-ce qu’une paire de chaussettes ? Même si le temps s’est considérablement amélioré à partir de vendredi soir, incessamment la fange malouine s’est rappelée à notre bon souvenir, toujours là jusqu’à ce matin, tapie dans des recoins insoupçonnés. Il y avait dans le regard de certains festivaliers qui ont affronté ces trois jours le signe complice d’une guerre remportée de justesse. Ce regard disait : on y était, on l’a fait bordel, on a survécu. Maintenant on saura que recharger son Iphone n’est pas un geste anodin, maintenant on saura ce que signifient les mots promiscuité, confort, galère. La route du Rock comme une école de la vie.

 

Et parce qu’hier le soleil a réchauffé les cœurs, il régnait sur le Fort St Père un enthousiasme, une bonne humeur qui avait été tant mise à mal par ce jeudi noir. Tout à coup, le sourire revenait sur les visages, l’envie de communiquer, de partager redevenait nécessaire. Le sol enfin soutenait notre pas, favorisait les translations, les échanges. A tel point que le concert (apparemment foutraque, décalé et…rigolo) de Mac Demarco m’a complètement échappé alors que j’étais en route. Les gens redevenaient fous, généreux, hospitaliers. De jolies rencontres furtives, je t’offre une bière, tu m’offres une clope ? C’est donc par Baxter Dury que commence ce témoignage du dernier jour. Le chanteur et ses musiciens, dandys modernes, a présenté quelques morceaux de son prochain album, en alternance avec les standards d’Happy Soup. Plaisant, un peu kitsch par moments, le crooner low-Fi et un poil déglingué offre un concert sans fautes, conforme aux bricolages dépouillés et séduisants de son album. Certaines au premier rang n’hésitent pas à jeter sur scène leur soutien-gorge, au grand plaisir narquois du maître de cérémonie. Je ne leur jette pas la pierre, après tant d’ « à poil !!! » scandés  en concert par des mâles chauffés au houblon.

 

Le temps de manger un bout (Chez Mémé ? Pita ? Thaï ? Burger ?) et de commander une bière frelatée hors de prix, et il faut rejoindre la petite scène bondée pour Toy. Energie supersonique devant un public libérant encore quelques grammes d’énergie, les anglais livrent un concert compact, percutant, très efficace. Comme Cheveux un peu après.  Et les spectateurs semblent conquis,  les pieds encore dans la boue. Fin du set, on regarde son programme, on finit sa bière, sa galette-saucisse, on constate qu’on n’a plus que 10% de batteries, qu’on ne sait pas où est Martine, que David nous a appelé il y a cinq minutes, que Justine nous attend au stand des Balades Sonores. On a envie de pisser, mais on croise Matthieu, Simon ou Karine qu’on n’a pas vus depuis des lustres et qu’on retrouve dans la pénombre d’une fin de festival. On discute cinq minutes ou jusqu’au lendemain, mais on ne perd pas de vue qu’il ne nous reste que deux jetons dans les poches. On se dit que l’essentiel est fait, que l’édition 2014 est pliée. Mais la soirée n’est pas terminée et malgré les muscles endoloris, la fatigue et la lassitude de trois jours de boue, on va honorer la fin du festival.

 

Alors se diriger vers la Grande Scène pour voir Temples. Sans en attendre rien de spécial. Un album remarqué, un single remarquable. Il faut bien en passer par là : encore deux trois artistes pour aller au bout. On a déjà en tête nos chouchous de cette édition, on compare, on débat, on commence à résumer mentalement cette année 2014 au Fort St Père. Et puis la magie opère : d’un cd mal écouté on passe à une révélation. Patrick Watson m’avait fait le même effet en 2012. Temples a été magistral. Porté par un chanteur hybride à talonnettes, entre Marc Bolan et Robert Plant, le groupe a illuminé le Fort St Père d’une relecture d’un Sun Structures tubesque. Le plaisir d’entendre en trois soirs des chansons à l’ancienne, certes multi-influencées par les Beatles, T-Rex, les Byrds mais tellement revisitées, réappropriées, sublimées qu’on succombe à leur élégance naturelle. Temples a livré un concert plein de subtilités harmoniques, déroulant les douze morceaux de leur album avec une imprégnation fragile et parfois incisive. The Golden Thrones ou More With The Season ont sevré le public. Morceaux implacables. Pour certains, il était question de structure. Non, Temples n’a rien inventé : mais trouver d’aussi bons relayeurs d’une musique aussi inspirée, immédiate, référencée, a fait qu’on tenait ce soir-là la parenthèse enchantée d’une prestation parfaite. 

 

Après on tombe. On veut bien boire un dernier verre, on veut bien aller voir Jamie XX. Qui a été impérial mais trop long. Cela fait 18 heures qu’on accepte la boue, les gens qui bousculent. Mais quand on n’a pas pris de Beuh ou de Md, les 18h de concert sont rudes. Alors on préfère regagner la tente, dans un camping dévasté par les chants patriotiques, les interactions de tentes à tentes. Des potes reviennent en louant Todd Terje. Des ados squattent un canapé. On est fatigué mais on profite de l’engouement général. Demain, on va se coucher tôt, une tisane dans les pattes. Sans campeurs qui se lancent une bouée en dauphin tout en imitant le cri. Sans interprètes d’Aznavour, de Patrick Sébastien, cramés depuis trois heures dans une tente gigantesque. La Route du Rock est terminée, vivement l’année prochaine. Assis dans mon canapé, je commence à regretter les Quechuas mouillées.

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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 14:35

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La Route du Rock 2014 - Vendredi Soir

 

On ne se rend pas forcément compte de combien l’écriture d’un report pour la Route du Rock tient parfois du petit miracle. Rester concentré la veille au soir, se lever les idées claires,  entouré d’huluberlus assoiffés et braillards. Entendre des avis contradictoires, qui font parfois douter que tout le monde a vu le même concert. Puis ensuite trouver un endroit au calme avec de quoi charger son ordinateur, son Iphone, son appareil photo, manger un bout, boire un café, faire une sieste, acheter des cigarettes.

 

Et écrire. Si possible avec un angle original, distrayant, fidèle à la soirée qu’on vient de passer, alors qu’on a encore un vilain souvenir de boue sur le jeans, alors qu’on a les yeux qui collent, des crampes dans les mollets et un début d’angine. Voir tous les autres partir à la plage ou buller au soleil quand vous, vous devez rassembler vos souvenirs de six heures de concerts. Et une fois tout cela couché sur la page, trouver une p***** de connexion Wi-Fi. Pour enfin remettre ça le soir même.

 

Alors forcément, cela aiguise les exigences, travaille les nerfs, sublime les beaux moments. Hier soir, le Fort St Père a été le théâtre de toutes les émotions, de toutes les contradictions. Premier point positif, le soleil était enfin au rendez-vous, comme pour célébrer la prestation ultra charismatique d’Anna Calvi. Devant une grande scène camouflant de paille au sol les torrents de la veille, elle s’est élevée très haut face à un public se massant petit à petit devant ce blues-rock hypnotique. Toute de grâce et de maitrise, Anna Calvi a mené son set de main de maitresse dans un gant de velours. La grande classe.

 

Un peu plus tard, c’est Slowdive et surtout les très attendus Portishead qui ont transformé leur musique en réconfort, en puissance, en art de la structure et de l’explosion mélodique. Beth Gibbons, toujours aussi envoutante, a encore réussi ce magique tour de passe-passe de nous convaincre qu’elle chantait pour chacun d’entre nous. Et franchement on avait envie d’y croire. Beaucoup d’anges passent dans ces moments là. Voilà peut-être l’explication de cet étrange phénomène observé dans le ciel juste avant. Deux boules de lumière crevant la nuit. Sorte de métaphore de ce qui se passait ici-bas.

 

Et puis il y a les moments d’énervement, d’agacement, de frustration. A ce titre, Liars a incarné le plus gros foutage de gueule rarement vu en festival. Bizarrement programmé sur la Grande Scène, le groupe a vomi un set approximatif, prétentieux, horripilant. Il ne suffit pas de gesticuler et de chanter faux pour se voir consacrer nouvelle sensation électro-punk-rock. Là où Breton avait montré un certain savoir-faire en 2012, Liars a démontré qu’on peut aussi brasser de l’air avec du matos hors de prix. Peut-être faut-il considérer que le groupe porte définitivement bien son nom ? Sinon je leur propose « scrooges », le nom est encore libre.

 

Frustration également avant Moderat de devoir attendre autant de temps, à une heure aussi tardive. Concert impeccable, avec une gestion de la montée en puissance remarquable. Et puis la chenille géante organisée juste avant avait eu le mérite de détendre l’atmosphère. A quand la Compagnie Créole au Fort St Père ?

 

Allez je viens de trouver un Wi-Fi. Il faut encore que je dorme une heure et avale une pomme’pot et c’est reparti pour la dernière soirée : Temples, Baxter Dury, Mac Demarco

 

A demain ! 

 

 

 

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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 14:27

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La Route du Rock 2014 - Vendredi 14 Août

 

L’Apocalypse. Hier soir, le Fort St Père s’est transformé en terre du Jugement Dernier. J’ai vu la pluie s’abattre en trombes sur les fidèles, j’ai vu des litres de boue faire disparaître des tentes, j’ai vu des regards errants prier St Erwan pour que tout cela cesse, le corps à mi-cuisses dans une fange diabolique.

 

Pardonnez-leur, St Père, ils ne savent pas ce qu’ils font. Quel blasphème a été prononcé, quelle impureté commise pour être punis de la sorte ?

 

C’est en arrivant au camping vers 18h00 que l’on pouvait mesurer l’horreur de la situation : des tentes montées à la vite pendant le déluge, des hipsters blêmes en mocassin, et la plus grande collection au monde de bottes. Voilà, c’est ça, hier la Route du Rock est devenue le salon international de la botte. Des petites, des grandes, des vertes, des jaunes. Jamais une paire d’Aigle ou de Timberland n’avait eu une telle valeur symbolique qu’hier soir. Les branchouilles pouvaient ranger leur Wayfarer, la botte était devenu la It-Shoes. Celle qui permettait par exemple de rejoindre sereinement Angel Olsen sur la petite scène sans risquer l’Aquaplaning. Pour une performance, certes un peu scolaire et très proche du disque, mais qui pouvait séduire les premiers festivaliers.

 

 La soirée était lancée, et on a même cru à l’oracle mystique pendant The War On Drugs quand soleil et pluie ont tracé un bel arc en ciel au dessus de la Grande Scène. Quand vous savez que le nom du chanteur est Granduciel, cela laisse songeur. Quelques morceaux irrésistibles et puissants emmenés par un chant aux accents parfois dylaniens, mais aussi quelques passages plus approximatifs.

 

 La première grosse déception nous vint de Kurt Vile, déroulant un set chiant comme…la pluie. Gros son, quelques soubresauts d’intensité, mais dans l’ensemble des plans trop formatés ou sont passées trop peu d’éclaircies. Oh yeah.

 

Pour l’énergie, il fallait aller chercher du côté du set nerveux et très efficace (quoi qu’un peu trop court à mon goût) du rock-garage des Thee Oh Sees, puis de la folie branleuse de Fat White Family qui parvint à faire décoller le public et le réchauffer un petit peu. Ce qui, dans une pataugeoire sans cesse réhydratée, n’était pas une mince affaire.

 

C’est trempés et frigorifiés que les spectateurs ont patienté pour un autre événement de la soirée très attendu : Caribou. Pour une demi déception. Servis par un son dégueulasse, le canadien a mis du temps à trouver son rythme de croisière, et seules les 20 dernières minutes se sont montrées réellement concluantes. On peut dire à ce titre qu’hier soir, Caribou avait pris trop d’élan.

 

Détrempés et épuisés, les derniers (courageux) festivaliers ont été récompensés par la prestation très convaincante de Darkside, adaptant très efficacement son electro-blues lunaire pour la Grande Scène. A (re)voir.

 

Hagards et fourbus, fouettés par les averses, les festivaliers ont pu retrouver leurs pénates.  Hier La Route du Rock a commencé en botté. St Père si tu m’entends, nous avons compris ton message. Dès aujourd’hui nous boirons moins de bières coupés à l’eau, et mangerons sainement. Alors, pardonnez nos erreurs, lavez (à sec) nos pêchés, et par pitié, laissez nous voir Anna Calvi, Portishead, ou Moderat au chaud.  

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