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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 12:55
Art Rock 2015 # 1

C’est reparti ? La 32ème édition d’Art Rock commence vendredi 22 mai et comme chaque année, Euphonies est là pour vous préparer à l’événement. Nous avons épluché la programmation pendant des jours et des nuits, nous avons passé mille coups de téléphone (allo oui c’est encore moi, il y a bien une deuxième scène extérieure cette année ?) nous avons (ré)écouté, tous les artistes présents pendant les trois jours, relu les critiques antérieures, révisé notre petit briochin pratique. Nous sommes fin prêt.

 

Faut pas croire, mais couvrir un festival, ce n’est pas une synécure. Si de votre côté, vous ne pensez pas faire plus qu’une soirée tranquille en famille, nous on se prépare pour le grand combat, l’expérience dont on ressort fourbu mais grandi, le regard qui dit à l’autre : « on y était, on l’a fait. ». Et pour y parvenir, il faut s’entrainer.

 

 

 

 

Art Rock 2015 # 1
  1. L’endurance

 

Etre à fond les trois jours, c’est environ 24 heures d’endurance. 24 heures pendant lesquels vous allez faire souffrir vos jambes, votre dos, votre estomac et votre foie, parfois vos oreilles. C’est ainsi que pour m’y préparer, je ne m’assois plus depuis lundi dernier, je ne mange que des sandwichs accompagnés de bières en gobelets que je coupe soigneusement à l’eau. Et même si chez moi je dispose de tout le confort moderne, je me retiens d’uriner avant la fin d’un disque. J’ai la vessie honnête. Je ne me couche pas avant 3h00 du mat’ en ayant pris soin d’avoir marché 15 x 800 mètres, soit la distance qui sépare la grande scène de Poulain Corbion à la Passerelle de la place de la Poste. J’ai la foulée fair-play. Ah et puis, dernière chose : dès que je vois quelques gouttes de pluie à ma fenêtre, je sors immédiatement dans la rue sans me changer pour rappeler à mon corps l’épreuve d’une ondée, d’une averse, d’un crachin en polo bermuda, d’une mousson en pyjama. J’ai le climat breton.

Art Rock 2015 # 1

 

2. L'organisation

 

Bien sûr on peut aborder Art Rock de manière décontractée. C’est un festival urbain, qui offre plein de possibilités de rattrapage à ceux qui n’ont pas tout prévu. Mais quelques conseils s’imposent, en particulier à ceux qui n’ont jamais mis les pieds à St Brieuc.  Si vous ne voulez pas entamer votre P.E.L à cette occasion, vous trouverez en centre ville deux supermarchés (Monoprix aux Champs Libres, Super U rue St Guillaume) qui vous permettront de faire quelques emplettes de sustentation. Si jamais les dieux de la pluie vous tombent sur la tête, le festival propose des ponchos de fortune mais pour quelques euros. Pour les fumeurs, pas de panique, nous avons des tabacs. Simplement, je vous rappelle la logique d’un festival qui fait de votre paquet de cigarettes un objet ultra convoité à 2h du matin. Autant se prémunir quand vous avez encore les idées claires. Si vous venez en train, le Relay de la gare. Si vous êtes à sec passé 20H, le Saxo, à deux encablures de la Grande Scène. Si vous êtes en manque à 3h00 du mat’, allez vous coucher.

 

Art Rock 2015 # 1

3. Le site

 

St-Brieuc est une ville moyenne de 46000 habitants. Si jamais vous souhaitez profiter de votre séjour festivalier pour découvrir le site, je ne saurai trop vous conseiller quelques endroits facilement fréquentables le temps d’une escapade : Binic, « le grain de beauté des Côtes d’Armor » à 15 mns en voiture. La mer, des bars, une promenade. Les Rosaires, une des plages les plus proches pour s’échapper. Et si jamais vous êtes à pied, la vallée de Gouedic peut faire office de parenthèse à l’écart de la ville. Verdure et sentiers détoxinants. Vous pouvez également pique-niquer au Tertre Aubé, en écoutant Dominique A. Vue imprenable sur le pont et l’horizon briochin. Sinon, pour les bars chouettes, il y a de quoi faire…

 

 

 

 

 

Les Champs Libres, à cinq minutes du site Art Rock

Les Champs Libres, à cinq minutes du site Art Rock

Binic

Binic

La vallée de Gouedic

La vallée de Gouedic

Le Fût chantant en terrasse... Plce haute du chai.

Le Fût chantant en terrasse... Plce haute du chai.

A très vite pour un prochain article qui s’attaque à la programmation. En attendant, voici quelques recommandations pour vivre en parallèle un bon festival :

 

- La place haute du Chai combine un bar super chouette (Le Fût Chantant) et un disquaire incontournable : Dandy Rock Le Shop, qui proposera une programmation musicale pendant les trois jours...

The place to be, pendant le festival...

The place to be, pendant le festival...

Ceux qui veulent un bon verre de vin dans une ambiance authentique :

 

Chez Rollais : http://www.yelp.fr/biz/caf%C3%A9-tabacs-rollais-st-brieuc

Prochain article sur la programmation, le jeu concours, la playlist. A très vite !

 

 

Art Rock 2015 # 1
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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 11:06
Dans ma cabane une platine # 36

Voici la 36ème cabane. Pour les plus assidus d’entre vous, vous vous souvenez sans doute que ce rendez-vous a été envisagé dès le début comme une plateforme interactive, un salon parisien aux airs d’auberge espagnole. Pas d’ordre, pas d’obligation. Juste une recette en 5 points :

 

  1. Garder l’oreille alerte. Sur la route, dans les magasins sonorisés, chez les amis, à la radio en grève, dans une salle d’attente, pendant un film. Parfois, les plus beaux titres vous tombent dessus sans prévenir. Les noter, les shazamer pour plus tard est devenu un réflexe, une sauvegarde.
  2. Faire confiance : quand quelqu’un vous dit qu’un morceau est essentiel, ne pas bouder son plaisir. Tout n’est pas bon, mais certains seront retenus. Personne n’est le premier, le dernier ou le propriétaire. Il faut que ça circule.
  3. Aller à des concerts, des festivals. D’abord, il y a des chances que l’artiste vous présente un ou plusieurs titres convaincants. Ensuite il y a des chances de rencontrer un mélomane prescripteur. Combo.
  4. Mettre le nez dans ses souvenirs : sortir le cd coincé sous la pile, retrouver le tube oublié de vos 10/20/30 ans.  La richesse peut dater, et s’accorder parfaitement à l’ensemble.
  5. Chercher, flairer, aller de liens en liens. Comme le surfeur attend la vague absolue, le prosélyte attend le titre imparable, traque la pépite à chaque endroit. Une seule découverte et la journée est gagnée, digne d’être vécue. Devenir celui décrit plus haut : « eh, tu connais ça ? »

 

Alors, bonne écoute !

 

 

J-C Castelbajac

J-C Castelbajac

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 16:44
Dominique A - La Carène - 21 avril 2015 (2)

Cela fait une semaine que La Carène affiche complet. Brest attend Dominique A, l’artiste phare, l’écrivain des terres brunes, des paysages sauvages balayés par le vent et les embruns. Le partenaire de Miossec, compagnon d’armes dont la mission fut également, voici 20 ans, de débroussailler le chemin de cette « nouvelle chanson française » encore vierge. Celui que Dominique A considère comme un îlot, puisant aussi son inspiration face à la Rade, est présent ce soir, comme plus d’un millier de fans, de curieux, de spécialistes sceptiques ou de néophytes enthousiastes, à moins que ce ne soit l’inverse.

 

Il faut dire que Dominique A est aujourd’hui une valeur refuge, une balise. Pour les orphelins de Bashung, les nostalgiques de Tiersen, ou les déroutés par Katerine. Mais surtout pour ce public croissant qui a découvert sur le tard l’homme d’Auguri, de La Musique et aujourd’hui d’Eléor. Dominique A est le plus populaire des artistes indés, le moins star des artistes populaires. Multi-diffusé sur inter, inconnu sur Europe 1. A l’image de son œuvre qui alterne entre ritournelles épurées, imparables, et d’autres pièces plus exigeantes, hors normes. L’artiste a cette capacité de toucher un large public limité.

 

Celui que l’on retrouve à La Carène est essentiellement constitué de 30-50 ans : génération La Fossette ou Remué vs. génération  Auguri ou Vers les Lueurs. Faites vos jeux ! Tous sont venus pour écouter l’Ané 2015. Va t-il jouer « Milena Jesenska » ? « Immortels » ? « Le métier de faussaire » ? « Vers le bleu » ? L’actualité sera forcément concentrée sur Eléor, dixième proposition d’un riche catalogue.

 

C’est avec « Cap Farvel » que le Dominique donne le La. Premier titre d’Eléor, premier titre sur scène. Cap bien franchi, applaudissements mérités. Seulement, quelques réserves nous accompagneront une bonne partie du concert. Le son trop brut peine à faire se distinguer les différents éléments harmoniques. Les morceaux bénéficient pourtant de nouveaux arrangements, costumes taillés sur mesure par le facétieux bassiste Jeff Hallam et Boris Boublil aux claviers. La batterie de Sacha Toorop, complice de longue date, se montre parfois trop martiale. Les lumières, qui tombent en douche depuis un halo plus circoncisant qu’élévateur, rendent parfois visible ce drôle de poids qui pèse sur les épaules d’un chanteur dont les chanteurs sont les amis.

Cependant, celui-ci n’est pas né de la dernière pluie, même brestoise. Ne courbant pas l’échine, il attire par son charisme, son humour aussi, qu’il faut rappeler, tant il serait caricatural de déduire de sa musique une personnalité sombre et taciturne. Au contraire, si l’homme assure les transitions avec parcimonie et retenue, il a le chic pour se montrer fin, drôle, subtil. Pas de franche gaudriole mais une délicatesse et une auto-dérision qui appellent le sourire. Dominique A, ce soir, a décidé de fédérer, de faire le yoyo entre le passé et la promo.

 

Lors de l’interview, Dominique A nous avait promis quelques surprises, des « retrouvailles » avec certains titres oubliés « tirés des limbes de son œuvre » : entre autres deux superbes version habitées de « Music Hall » ou « Rouvrir » présents sur L’horizon, « Le détour » sur Remué, « Bowling » ou « Revenir au monde » sur Tout sera comme avant. Réussites incontestables. L’accompagnement dépouillé rend hommage aux textes, l’épure prouve s’il fallait s’en convaincre, que ces chansons tiennent debout au plus près de l’os.

 

Quant aux titres d’Eléor, le sel de cette nouvelle tournée, ils sont bien restitués. Le titre éponyme, se livre tout en pudeur et espaces de respiration : less is more. « Regarder l’océan » et « Au revoir mon amour » prouvent leur cohérence avec les titres plus anciens du répertoire. L’artiste mène parfaitement sa barque. Certains titres de ce dernier album, que seuls les fans hardcore jugeront indispensables, semblent même avoir été taillés pour la scène et passent donc allègrement l’épreuve du feu. C’est le cas de « Semana Santa » et « Passer nous voir » passé comme une lettre à la poste, tant sa composition et son interprétation classiques sur disque, n’auraient pas dépareillé sur un précédent album.

 

La nouveauté est bien là, attendue. Celui qui avoue « Je ne t’apporterai que des nouvelles vagues » a proposé le grandiose « Par le Canada », encore frais dans nos oreilles cajolées par l’envolée finale de cordes. Interprété en mars dernier en live par les musiciens de l’Orchestre National de France, le titre souffre malheureusement ici de la sécheresse d’un réarrangement pour quartet rock. C’est le jeu d’un set voué à écumer les routes.

 

Dominique A - La Carène - 21 avril 2015 (2)

Nos vraies réticences s’expriment surtout sur les morceaux des albums La Musique  et Vers les lueurs. « Rendez-nous la lumière » ne parvient pas à la ramener, « Immortels », l’un des bijoux de son œuvre, portant l’allant et toutes les attentes des élans lyriques, glisse ce soir sur des starting-block peut être trop huilés. La ligne franchie, on se regarde l’œil embrumé, elle est clairement hachée, ratée. L’interprétation semble ne pas avoir choisi entre rock tiède et gimmicks electros. Est-ce un hasard d’ailleurs si Dominique A confesse que sa guitare merde après le titre ?

Il serait injuste de condamner le concert pour ces approximations. Comme souvent, Dominique A se montre d’une générosité sans bornes : le rappel est un second concert. En tout, il nous baignera dans 2h30 de musique ! Après une version cinématographique, augmentée d’arpèges et de subtils accords nouveaux, de la chanson fleuve « Le Convoi », où le chanteur se fait conteur sur la route, Hermès clairvoyant, arrivent les bonus que les applaudissements chaleureux sollicitent.

Dominique A - La Carène - 21 avril 2015 (2)

On retiendra une version extatique de « Milena Jesenska », une version imparable du « Courage des oiseaux », tendue et tellurique, et une relecture implacable de « L’horizon », et « Pour la peau ». Et puis, ce flottement comique avant « Retrouvailles » où tout l’humour d’un artiste rassuré apporte un supplément d’âme.


 
Dominique A a su puiser intelligemment dans un répertoire riche et modelable et convaincre l’auditoire qu’il mérite ce statut de figure incontournable de la chanson française.  Pour un spectateur plus averti, ce set manquait peut-être de cohésion, voire de perfection. La barre étant placée haute parce que l’on sait quelles hauteurs est capable d’atteindre l’artiste. 

 

C’est le piège des grands albums balisés, parfois trop chouchoutés par des médias complices qui en pensant donner les clefs, en verrouillent l’écoute d’avance. Annoncé comme un album « traversé par la douceur et la beauté », Eléor version scène nous apparaissait tel un fruit juteux, non défendu, promettant l’apaisement, plus de sucre dans un monde de brutes… Or l’on s’est heurté à son astringence ! Au 21 avril, il n’était pas mur, raté. On l’a croqué trop tôt et notre chance d’en saisir pleinement le goût s’en est allée. Alors, dégout ? Non, il s’agit en fait de la promesse d’un rebond. Dominique A, reste l’auteur de « Ce geste absent », c'est-à-dire quelqu’un qui ne s’offre et ne se compromet jamais vraiment, ne cessant jamais de nous nourrir.

 

Aussi, pour Euphonies, ce n’est que partie remise : nous vous donnons rendez-vous fin mai pour une seconde rencontre à l’occasion du festival Art Rock à Saint Brieuc. Histoire de mesurer, en battant la mesure, le murissement « vers le bleu » de ce nouveau programme entamé à Brest. « La terre est bleue comme une orange ». D’Eléor à Eluard, il n’y aurait donc qu’un bruissement de voyelle, qu’un battement d’ailes.

Dominique A - La Carène - 21 avril 2015 (2)

Toutes les photos sont de Jérome Sevrette, qui expose actuellement à Rennes, le lien c'est en bas...

Le report de concert est un subtil mélange d'impressions.  Merci à Anne Yven pour ses mots.

Merci à La Carène encore une fois, et en particulier à Ariane pour avoir rendu possible ces deux articles sur Euphonies.

Et un grand merci à Dominique A pour sa générosité et sa disponibilité.

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Published by Johann
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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 18:17
DOMINIQUE A - LA CARENE - BREST - 21 AVRIL

DOMINIQUE A - LA CARENE - BREST - 21 AVRIL

 

Dominique A a choisi la salle brestoise de La Carène comme lieu de résidence pour entamer sa tournée promotionnelle de l’album Eleor. Cinq jours pour mitonner ce qui sera le point de départ d’une tournée à travers toute la France. Le Finistère comme début pertinent, ancrage d’un nouveau défi, présenter un dixième album travaillé entre autres par les questions de l’horizon, de l’ailleurs, des fronts de mer. « Les bouts du monde sont innombrables » nous dit-il en exergue d’ « Y revenir ». Celui de la Bretagne semble lui convenir pour nous livrer cette nouvelle invitation au voyage.

 

 

 C’est donc en cet après-midi du mardi 21 avril que nous avons rendez-vous avec lui dans les loges de La Carène, histoire de faire la lumière sur ce nouveau projet, cette nouvelle tournée. Pour l’occasion, Brest, injustement décriée pour sa météo morose, s’est mise sur son 31 afin d’accueillir comme il se doit un artiste tourné de plus en plus vers le bleu. Ciel sans nuage, chaleur estivale, tout concorde pour que l’artiste nous éclaire. Nous partageons l’interview avec un autre média, ADA (A Découvrir Absolument) tout aussi conscient que nous de la chance de s’entretenir avec une figure essentielle et inspirante de la scène française. Après quelques minutes d’attente, Dominique se présente simplement à nous :

Dominique A - La Carène - 21 avril 2015 (1)

 Plus de 20 ans de carrière. Que de chemin parcouru depuis le projet John Merrick. Depuis 2012, depuis "Vers Les lueurs" et ta Victoire de la musique, ton public a singulièrement grandi. Comment tu expliques cette alchimie avec le public à partir de cet album ?

 

 L’audience s’est élargie mais ça n’a pas radicalement changé la donne. On ressent aujourd’hui les effets de cette victoire ( je dis « on » parce que je ne suis pas tout seul) ce qui n’était pas évident sur le moment. Cela se passe mieux qu’avant oui, de façon très prosaïque ou terre à terre on le mesure à l’accueil du disque et les locations de salle. A force d’être là les gens se rendent compte qu’on… est là (rires…) Puis je dirai que je suis peut-être un peu plus ouvert un peu moins sur le qui-vive, par rapport aux médias, notamment aux médias généralistes, davantage prêt à aller vers les gens. Donc ca doit se ressentir : le fait d’accumuler les disques, de générer de l’intérêt par rapport à un travail, le fait que le nom circule, les choses se font naturellement sans forcing. C’est du long terme en fait !

 

Que dirais-tu au jeune Dominique A qui a reçu la victoire de le musique En 1996 ?

 

 Bien joué (rires) ! Je n’ai pas de regrets par rapport à ça. Evidemment je n’étais pas dans le même état d’esprit aux Victoires de la Musique 2012, je me sentais à ma place alors que ce n’était pas le cas en 96, j’étais assis derrière la famille Sardou, il y avait Ophélie Winter, Jean-Jacques Debout, c’était un autre monde… J’étais une pièce rapportée, une erreur de casting totale. J’ai failli ne pas y aller et j’y suis allé dans la volonté de faire un « petit coup d’éclat », à partir du moment où je m’étais imposé cette contrainte il fallait que je le fasse. Par ailleurs il est de bon ton de dire que les Victoires c’est ringard. Pourtant ça a le mérite d’être une vitrine, peut-être pas de tout ce qui se fait en France, mais c’est aujourd’hui plus ouvert et représentatif que ça ne l’a été.

 

 

Dominique A aux Victoires de la Musique en 1996

Passons à ton actualité. Ce qui nous frappe dans « Eleor » et dans d’autres albums récents, c’est cette envie d’évoquer l’utopie…

 

C’est drôle, on me l’a fait remarquer hier, c’est très brestois comme interprétation…(rires)

 

… Disons que cette idée de retranchement, d’isolement, d’un ailleurs, paraît très baudelairienne.

 

Je ne l’ai pas lu spécialement mais « n’importe où hors de ce monde » est une impression qui était présente sur d’autres titres, sur d’autres disques. Elle est présente en l’occurrence sur le titre "Eleor", c’est la plus symptomatique qui donne son nom à l’album. Mais je ne suis pas tant dans l’intention que ça, c’est juste le titre du disque parce que j’adore le mot, le son du mot. Certes, l’idée de la fuite a toujours été là, la première fois c’était dans l’album "L’horizon", la chanson titre était une histoire de fuite permanente. J’en rajoute une couche. Cependant à l’heure actuelle je suis incapable d’expliquer le pourquoi du comment, le sens de la chanson. C’est l’expression d’un certain rejet de la réalité, d’un certain dégout, et la volonté de fuir, de se refugier dans un lieu imaginaire.

 

Plus lumineux ? D’après les titres, le champ lexical…

 

Oui peut-être. Ca fait quatre disques qu’on me dit que c’est de plus en plus lumineux. Je ne sais plus quoi dire à ce niveau-là… J’ai l’impression d’être le lapin dans les phares (rires) ! C’est plus apaisé, plus ouvert. En tous les cas dans l’interprétation ça me paraît plus sensible, j’ai failli dire évident. C’est mon point de vue, pas forcément celui de l’auditeur. Il s’est passé un truc, je ne sais pas forcément quoi, un déclic qui s’est fait un jour sous une forme d’acceptation des choses.

Est-ce que c’est sensible pour toi ce passage vers une ambition musicale moins centrée sur soi, un récit plus collectif, symbolique, mythique ? Autrement dit, il nous semble que, chez Dominique A, il y a deux périodes : une première plus sombre, plus orientée vers l’introspection, et une seconde (en particulier depuis L’Horizon), plus orientée vers l’autre.

 

Oui, il y a une idée de collectif qu’il n’y avait pas avant. Ce qui illustre ça c’est en particulier la fin du disque, dans « Oklahoma » où la voix s’efface pour un chœur. J’y tenais. Je voulais raconter une histoire collective, une histoire humaine, il y a un caractère plus inclusif qu’exclusif. Avant j’étais tellement autocentré que je ne m’en rendais pas compte jusqu’au jour où je me suis dit qu’il fallait parler d’autre chose. Cela dit, même dans les premiers disques, le rapport à l’autobiographie était très ténu, j’ai toujours considéré que les chansons étaient des fictions, à quelques exceptions près : « Les terres brunes », « Rue des Marais »… l’envie d’être plus expansif, lyrique, tourné vers les autres s’est tout simplement faite avec l’âge, avec les expériences de groupe. Il y avait déjà ça dans « Tout sera comme avant », une chanson comme "les clés" qui parlent de migrants…

 

Ou "Le commerce de l’eau" ?

 

… oui, mais "Le Commerce de l’eau" est très métaphorique. A partir du moment où j’ai commencé à lire des bouquins ça s’est vraiment ouvert. Je ne lisais pas énormément avant 2001-2002, et puis c’est devenu compulsif.

 

C’est surprenant pour une œuvre fortement basée sur les textes ! Passer de la position d’un non-lecteur avoué, assumé, à celle d’un écrivain affirmé (puisque dans votre actualité il y a aussi la publication du livre « Regarder l’Océan ») …  

 

Oui d’ailleurs j’ai du mal à l’assumer. Je ne suis pas écrivain. Je considère plutôt être auteur au sens général…

 

Alors un conteur plutôt ? Un créateur d’histoires, de fictions ?

 

Davantage dans les chansons que dans les bouquins où je reste plus proche de l’autobiographie, fictionnalisée, ou plutôt « autofictionnalisée ». Ce qui m’intéresse dans l’écriture en prose c’est l’écriture elle-même, le style. Le fait de le faire et d’y arriver. De produire un objet. De le produire et un jour d’avoir le plaisir de le recevoir. L’impression d’être en haut d’une montagne… de laquelle on redescend très vite parce qu’il fait froid ! J’aime l’idée de produire des objets, j’achète moi-même des disques des livres donc j’ai cette volonté d’être acteur de cette histoire globale qu’est la création contemporaine.

Vers le Bleu

Quel est ton rapport à l’écriture ?

 

Il est global, à la base je pensais que l’écriture de chansons me suffisait et je me suis rendu compte que ce n’était pas le cas. C’est passé par des chroniques régulières dans des journaux. Et après il y a eu un coup de pouce et d’aiguillon qui est lié à Brigitte Giraud l’éditrice de Stock – La Forêt qui est auteure elle-même et qui aime beaucoup ce que je fais musicalement et qui a proposé de m’éditer. Elle est revenue plusieurs fois à la charge et j’ai mesuré la chance que cela représentait. Je suis conscient que si je m’étais présenté anonyme à elle avec le manuscrit d’  « Y revenir » je n’aurais pas été édité. J’essaye donc d’être à la hauteur dans mon travail, d’aller au delà de ce qui m’est donné, de faire réellement un travail littéraire et qui ne soit pas de l’ordre du caprice même si ça reste pour moi encore une activité en marge de mon travail principal de musicien, de chanteur. Je ne me vois pas ne plus écrire. Tout en sachant que si trace je dois laisser cela s’inscrira du coté de la chanson, je ne me fais aucune illusion par rapport à ça.

 

N’y a t-il pas une part de volonté de mettre un coup de projecteur, voire une part d’opportunisme dans le fait de publier un ouvrage au moment de la parution de votre 10ème album, qui est forcément attendu ?...

 

Oui il s’agit effectivement de l’opportunité de mettre un livre en avant, mais n’y a pas d’étude marketing aussi machiavélique ! Si l’ouvrage s’appelle « Regarder l’océan » c’est simplement parce qu’il est question de deux temps d’écriture qui sont concordants, les thèmes se recoupent, les textes du livre sont en relation directe avec les chansons du disque. Il y a des passerelles, même si l’approche, dans l’écriture de chansons ou de prose, n’était la même ! Ce n’était pas du tout le cas avec le précédent livre « Y revenir », qui n’avait rien à voir avec le disque paru juste avant, la distinction était claire. Là, au lieu de masquer cet état de choses, j’ai voulu établir un lien et ai demandé à mon éditrice si cela la gênait qu’il y ait un lien entre le disque et le livre.

 

 Revenons sur cette phrase que tu as prononcée un jour en interview : « ça me fait flipper d’écrire des chansons périssables ».

 

Toujours cette histoire de la trace… Je ne suis pas très « pop » en ce sens même si le paradoxe des grandes chansons pop est d’être impérissable. De toute façon être artiste c’est travailler pour laisser une trace, même si c’est pour une décennie dans le meilleur des cas. En face, il y a seize ogives avec la puissance de mille Hiroshima dans chacune, ça fait relativiser et en ce sens tout est dérisoire. Il faudrait pouvoir se contenter de simplement faire les choses, les diffuser, les faire vivre. Pourtant je ne cache pas mon plaisir d’entendre les gens me parler 25 ans après du "Courage des Oiseaux" avec des trémolos dans la voix. Que les chansons puissent nous accompagner le temps d’une vie est déjà pas mal ! J’essaye de faire en sorte que ce que j’ai fait dans le passé soit toujours pertinent par rapport à celui que je suis devenu, et surtout pertinent pour les gens qui me découvrent aujourd’hui. C’est également une chance qui m’est donnée de pouvoir continuer à créer tout en donnant rétrospectivement un coup de projecteur sur les travaux antérieurs. C’est une construction sur le long terme de ce qu’il faut bien appeler une « œuvre ».Je suis désolé d’utiliser un gros mot, mais un jour un ami me l’a dit comme ça « T’es en train de réaliser une œuvre et puis c’est tout » 

Et dans cette œuvre, quelle serait la ou les chanson(s) impérissable(s) selon toi ?

« Le Courage » c’est évident. Et peut-être qu’une chanson comme « Eleor » peut rester. Mais ce n’est pas à moi de le dire…

 

De toute façon dans ta démarche de création on ne sent pas la volonté de faire LE tube qui va forcément rester, avec « l’angoisse de la page blanche » qui va avec…

 

Non, il n’y a pas d’angoisse de la page blanche, plutôt l’angoisse de ne plus avoir de « jus » pour créer. Mais en ce sens je ne sens pas la pression des gens, davantage une pression intérieure d’avoir des choses à raconter, de pouvoir avoir ce plaisir de voir naitre un texte, sans cette idée de la perception des autres.  C’est ce sentiment d’inutilité qui m’angoisse. Si je n’arrive pas à écrire quoi que ce soit.  Au moment où l’on presente un disque ou un livre, on est sorti de cette période active. Au moment où l’on en parle, la créativité est à peu près nulle ! On attend donc le moment où cela va se remettre en route. C’est le cas en ce moment, du coup j’ai acheté des carnets blancs ce matin (rires…)

 

Comment perçois-tu cette réaction d’un certain public, celui admiratif d’un album comme « Remué » qui pourrait reprocher à Dominique A d’écrire aujourd’hui des albums différents, plus « mainstream » (alors que tu as avoué que « réécouter « Remué », [t’] ennuyait furieusement ») ?

 

(Il hésite…) Chacun fait ce qu’il veut. J’assume « Remué » à tel point qu’on en joue quelques morceaux ce soir. Cependant, je reproche à ce disque une interprétation trop « blanche », ce qui tire le disque vers le bas. Le même disque avec le même son mais avec un chant différent aurait pu être un très bon disque. Je voulais à cette époque que le disque sonne comme ça. Aujourd’hui je m’ennuie en l’écoutant, sur 54 mns c’est trop monocorde. Heureusement, en jouant certains morceaux de cet album sur scène je me rends compte qu’ils s’intègrent totalement au reste du répertoire. Il y a donc aussi une part de démystification ou de dénaturation de ce qu’est le disque. On en a exagéré la « sombritude » (rires…) Il s’est passé la même chose lors de la sortie de « Vers les lueurs », j’avais l’impression qu’on parlait de la Compagnie Créole, il ne faut pas exagérer (rires) ! Je n’ai pas l’impression dans le fond que le contenu de mes disques soit si différent que ça. C’est davantage le chant ou les options de production qui sont différents. Les chansons de « Remué » seraient arrangées avec des cordes et on parlerait peut-être d’un disque apaisé.

Cette question du chant justement : De « La Fossette » jusqu’à aujourd’hui, il y a une évolution notable. C’est particulièrement sensible sur un titre comme « Eleor ». Comment as tu travaillé cet aspect ?

 

Au son, ils m’appellent Jack Lantier maintenant (rires) ! Du temps de « la Fossette » je chantais déjà très haut. Mais c’est surtout la scène qui explique cela. Le fait de chanter sur scène depuis 20 ans modèle la voix. Je n’ai pas travaillé spécifiquement en dehors, j’ai eu un seul cours dans ma vie, je suis plus un chanteur instinctif que technique. Il suffit d’écouter les sorties de console pour constater que ce n’est pas le travail d’un chanteur aguerri. C’est une façon de chanter très typée, personnelle…

 

Mais qui semble de plus en plus maitrisée ?  

 

C’est aussi le fait de s’entendre et d’apprendre à s’écouter. Ca m’a pris un temps fou d’apprendre à entendre ma voix. Ce que j’entendais sur mes premiers disques était « une idée » que je me faisais de ce que c’était réellement. Et un jour je me suis entendu ! C’est ce qui arrive à celui qui s’entend pour la première fois mais moi ça a duré quinze ans (rires) ! On nie nos faiblesses. C’est parfois dur d’entendre sa voix et maintenant on ne peut plus dire que c’est la bande qui fluctue ! Il y a eu chez moi pendant très longtemps une forme de déni. Aujourd’hui ça va beaucoup mieux. Parfois, je pense maitriser une chanson et quand j’entends le résultat je constate qu’il reste une marge de progression. Et puis le rapport à l’amplification est toujours délicat.

 

A ce titre, il semble y avoir un travail de plus en plus important autour du « live ». Quel est votre rapport aujourd’hui à la scène ?

 

La scène n’est pas pour moi le lieu privilégié pour l’épanouissement de la musique mais davantage un lieu pour progresser, pour rencontrer les gens, pour faire vivre les chansons. C’est un espace qui me permet de progresser en tant qu’auteur, compositeur, interprète. En ce sens cette résidence à La Carène a été quelque chose de très excitant. Ce qui va être présenté ce soir est encore fragile, ce qui est normal tant qu’on ne l’a pas présenté aux gens.  Le disque et la scène sont complémentaires. Le fait que la production de chaque disque soit typée est lié au travail antérieur sur scène. Soit, l’expérience scénique accumulée explique le son du disque, soit, il nait une lassitude de présenter les chansons avec un son identique et ça donne envie de faire autre chose en réaction. Au bout d’un an de tournée, j’ai souvent envie de faire autre chose, de partir sur d’autres pistes. On tente des choses en répétition, parfois pour s’amuser, et il en ressort parfois des idées intéressantes, ce qui est favorisé par ce contexte de la scène, le contact des musiciens. C’est un « work in progress » permanent.

 

Parlons maintenant de ta passion pour la musique. Les gens ne le savent peut-être pas mais il existe une version double de l’album Eleor / Autour d’Eleor. Sur ce second support, plus confidentiel, transparaissent clairement des influences New Wave qui peuvent faire penser, par exemple, à Cocteau Twins…

 

Oui. Tout à fait. J’ai acheté une nouvelle guitare en fait (rires). Plus sérieusement l’enregistrement de ce disque annexe est lié à l’achat de cette nouvelle guitare et l’envie d’en jouer. Il n’y a quasiment sur ce second disque que de la guitare, et quelques effets réverbérés comme un prolongement de ce qui existe déjà sur « Eleor ».  Je voulais faire ma petite parenthèse « new-wavo / post rock » en solitaire, quelque chose que je ne voulais pas forcément développer dans des chansons, mais davantage comme un petit objet sonore poétique avec cette idée d’un son assez aquatique qui rejoint le premier disque. Contrairement à "La Musique / La Matière", je ne le considère pas comme un double album. « Autour d’Eleor » est davantage un objet d’accompagnement pour ceux que ça intéresse vraiment. J’aime cette idée de pouvoir glisser en douce un objet qui va finalement être plus largement diffusé, dans ce cas à quinze mille exemplaires, que si je le sors à part à mille exemplaires.

Quels sont les artistes qui te parlent actuellement en France ?

 

Il y a pas mal de gens dont j’aime le travail, même s’il n’y a rien qui me bouleverse. Le 6 titres de Guillaume Stankiewicz m’a bien plu, comme le dernier disque de Baden Baden, La Féline… Dans les derniers arrivants, j’aime vraiment beaucoup le travail de filles extrêmement douées comme Maud Lubeck ou Messia. En musique française, la femme est l’avenir de l’homme (rires) !

 

Pendant très longtemps en interview tu citais tes influences, aujourd’hui beaucoup de gens te citent. Quel est ton sentiment vis à vis de cette évolution ?

 

Le problème est que je ne suis pas là quand ça arrive (rires) ! Bien sûr ça fait plaisir, c’est un signal de reconnaissance, l’impression de sentir une utilité sociale, collective. Je ne me sens pas isolé, je me sens inséré dans une histoire, je passe le relais. Je suis heureux que la scène francaise soit beaucoup plus vivace, excitante, qu’à mes débuts où nous étions avec Katerine, Miossec, Boogaerts, Vanot comme des ilots, ce qui était un peu désespérant.

 

Tu parles de scène francophone ou de scène française ?

 

Oui francophone. J’aime beaucoup les gens qui ont un rapport fort à la langue française, qui s’expriment dans leur langue. Même s’il y a des francophones brillants qui chantent en anglais comme Cascadeur ou Syd Matters, j’accorderai toujours plus de crédit à des gens qui s’expriment dans leur langue, il y a une forme de vérité plus marquée, cette impression qu’on est plus proche de l’os. Quand on emprunte une langue étrangère, c’est la création d’un personnage un peu bowiesque, ce qui ne me ressemble pas ! Je ne suis pas très bowie, je suis … moins glamour (rires) ! Je tiens à l’idée d’épure et de justesse. Quand on chante dans une autre langue on ne peut pas être dans un rapport de justesse totale avec ce qu’on est. Le danger est aussi de se retrouver à faire de la musique de « fan », d’imiter des modèles anglo-saxons. Enfin, il y a aussi un aspect politique : chanter en anglais c’est chanter dans la langue dominante, et pour moi c’est poser un genou à terre. J’ai déjà « chanté » en anglais, ou plutôt baragouiné, mais justement ce qui me gêne dans ces cas-là c’est la distance. Chanter en anglais, dans ce cas, c’est de la phonétique, avec des accents toniques qui peuvent paraître séduisants par rapport au français. Si je chantais en arabe ce serait encore autre chose. Je crois que la langue appelle le son et le français appelle cette monotonie qui en fait aussi la force.

Textes et transcription Anne Yven / Johann Bourgès. Merci à Jérome Sevrette pour ses photos, à Greg (ADA) pour cette journée sympathique de "partenariat" et à Ariane de la Carène pour son efficacité, sa gentillesse et sa disponibilité.

Dans quelques jours, suite et fin de ce dossier spécial Dominique A avec le report du concert et les impressions de la soirée.

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 20:32
When the rain begins to fall ?

Villagers - Darling Arithmetic

 

Excusez-moi de vous déranger. Je vois que depuis quelques jours, vous avez pris de bonnes habitudes. Ce beau mois d’avril, la température, le ciel bleu… Du coup c’est apéro au soleil, t-shirt, robe légère. Après le boulot on rêve de plage, de grillades, de digestifs. Le matin on respire les effluves de fleurs nouvelles, de pierres déjà chaudes, et on se dit que la voisine est belle, que le facteur est sympa. D’ailleurs on hésite à lui demander son nom.

Les épaules déjà rougies, on enfile un pull parce que bon c’est pas encore juillet. Les enfants sont couchés, absents, pas encore là. Pas de mails, on a répondu aux sms. On trouve une fenêtre, un coin de terrasse, une échappée belle. Il paraît qu’après demain le temps se gâte. Autant s’abandonner bêtement dans la contemplation d’une zébrure lumineuse, là, à deux mètres. Dans deux heures ce sera la nuit, et il sera trop tard. Sauf que là, il manque quelque chose. Une main ? Une brise ? Ah non, la voici, quand on ne l’attend pas. Détendu, on s’affaisse un peu. Reste le manque. Pour accompagner cette tisane, ce verre de blanc malgré tout, même ce rayon qui traverse joliment l’écume alcoolisée.

Il suffirait que quelqu’un appuie sur un bouton. Darling Arythmetic. Supplément d’âme.

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 12:05
Dans ma cabane une platine # 35

Une cabane un peu particulière ce mois-ci. Pleine de nasalités, de métaphores hexagonales, de vins rouges qu’on débouche au son des coryphées saintais. Ca cause français dans le poste, mais aussi anglais, espagnol.... Contre une certaine morosité ambiante et une envie de repli identitaire, ces  25 titres chantent l’ouverture vers le dedans, l’exploration outre-mer jusqu’à la pointe du Canada, les côtes africaines ou féminines. Aucun manifeste, pas d’exhaustivité. Juste l’envie pêle-mêle de donner un aperçu à ceux qui douteraient encore de la richesse francophone, francophile, gauloise ou méridionale, pop ou jazz, légère ou grave. Il y a dix mille oubliés, mais ici les élus sont dignes. Tous réunis parce qu’introspectifs, enthousiastes, amoureux, militants. Loin des relents réacs d’enfoirés en CDI, accueillons ces empêcheurs de chanter en rond, ces freineurs de sens, ces irresponsables. Poussons les moins éclairés, estimons-nous heureux pour les autres. N’écoutons pas les prescripteurs rassis, les fielleux savants qui mesurent la qualité par la quantité. Et complétons cette liste de nos propres rencontres.

 

Bonne écoute !

Honoré Daumier - Don Quijote

Honoré Daumier - Don Quijote

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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 20:44
Fiat Lux

Dominique A - Eléor

 

2015 signe le retour de Dominique A. Enfin quand je dis le retour, j’évoque le projet personnel et musical, car l’artiste est toujours sur le qui-vive, friand d’expériences et de partage. Depuis Vers les Lueurs, il y a eu d’autres coups d’éclats, lumineux, ou en clair-obscur : son beau roman Y Revenir qui éclaire le passé de l’homme, sa participation aux projets de Barbara Carlotti ou Laetitia Velma où M. Ané se met au service d’autres voix, d’autres lumières. Moyens sans doute pour lui de nourrir son travail, qui poursuit un même cap, un même phare depuis deux albums : l’éclaircie.

 

C’est peut-être ce qui (que ce soient dans les arrangements ou la prosodie) déplaira à certains fans de la première heure : le sentiment d’un apaisement, d’une sagesse, qui dépareille avec l’inquiétude heurtée, désabusée  de certains morceaux antérieurs. En réalité, le clair-obscur a toujours été présent dans l’œuvre de Dominique A : il suffit d’écouter la reprise des Enfants du Pirée pour s’en convaincre : titre solaire présent sur le même album que Pour la Peau ou En  Secret. Le point charnière serait donc sur La Musique, qui commence par  Le Sens, et qui permettra de tirer le fil de la maturité, après le scepticisme, après l’expérimentation.

 

Cela ne rend pas Eleor moins passionnant que les précédentes œuvres. Si on s’intéresse deux secondes à l’humain ; si on sait écouter entre « ces lignes de vie qui finissent par se casser » (sur  L’Océan), on comprend que les préoccupations restent les mêmes, mais éclairées différemment : avec des projecteurs plus diffus, plus nuancés. L’attente, l’ailleurs baudelairien, même sur une île infime, « ville d’abandon de bord de mer » quand vient la lassitude : l’appel au mouvement, aux lignes justement perturbées par l’inertie de la vie.

 

L’œuvre se veut être une photographie. L’écriture d’une lumière sur un disque, avec ses failles, ses doutes, ses aberrations, mais aussi avec ses chaleurs, ses surexpositions, sa sincérité. Le développement fait la part belle aux mélodies (Cap Farvel, Central Otrago, Eleor…) aux ambiances, à la possibilité d’une éclipse dans une œuvre sans cesse exigeante et qui ne cherche pas les feux de la rampe.

 

Brillant.

 

 

 

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 18:46
Texte par Anne Yven

Texte par Anne Yven

En cette Journée internationale des droits des femmes, j’avais envie d’écrire sur une artiste qui a touché Euphonies l’année passée. Tant qu’elle figure en première place du top 2014. Une missive venue de loin, un billet « doux » (?). Du ventre. Entre cri du cœur et flèche lancée à ses détracteurs. Comme une réponse à cette blague d’une unique journée de la femme. Parce que le succès, invariablement, divise, aujourd’hui j’écris sur Heloïse. Héloïse Letissier, devenue Christine and the Queens en revendiquant son droit à la masculinité, son appartenance à la communauté « queer », terme qui ne trouve, hélas, pas d’équivalent en 2015 dans la langue de Verlaine et Rimbaud.

Alors qu’en ce début mars elle vient de conquérir l’Olympia, nous la retrouvons un jour spécial, un 28 février, dans l’Espace du Roudour de St Martin-des-Champs, bondé comme jamais. La salle qui d’ordinaire contient 400 spectateurs sur gradins est ce soir-là modulée pour l’accueil de 1 300 personnes venues pour l’artiste pop de l’année, la star de la french pop des 12 derniers mois : Christine and the Queens. Trois structures en co-production/organisation, pour une date qui a tout d’un carton annoncé.

Cette jauge n’est pas étonnante. Le dernier concert de C&TQ dans les environs remontant à juillet, (aux Vielles Charrues, nous allons y revenir) et le succès de l’artiste n’ayant pas décru depuis, le concert affiche complet depuis des mois. C’est l’âge du public qui me laisse pantoise et me fait sourire. Nouvelle preuve du potentiel fédérateur de l’artiste, j’y trouve une moyenne de trentenaires CS+, dont la majorité se cramponne aux premiers rangs, portant parfois leurs enfants sur les épaules, mais aussi beaucoup d’hommes et de femmes de 40, 50 ans. L’une d’entre elles, à ma droite, soudain brandit une paire de jumelles pour observer le visage de la reine, lorsqu’elle s’installe en fond de scène dans la pénombre, avec deux danseurs. Il est 21h. La frêle silhouette familière se dessine et se laisse contempler sur les nappes vrombissantes et le tempo lent de « Starshipper ». La voix entonne un chœur qui fait chavirer la foule consentante dans un bruissement de plaisir, un aveu d’amour unisexe : « If everyone is a disguise I choose my own way to arise (…) I wanna be a star, I wanna be a mail bomber, (I wanna be a male) ».

L’autoproclamée Christine est également accompagnée de trois musiciens : deux hommes-dj aux platines, tables de mixages, percussions et un guitariste-bassiste qui colorise à peine les morceaux de maigres soli. La musique de Chaleur Humaine n’inventant rien, inutile d’attendre davantage de ces trois-là, qui resteront dans le décorum entourant la reine. Le show est avant tout celui d’une artiste au faîte de ses ambitions qui voit la scène comme un terrain d’expression corporelle et visuelle. Cet aspect est balisé, contrôlé, pour le plus grand plaisir de la performeuse et son public. La rencontre est consommée, la jouissance de l’artiste est totale. « Half Ladies » donne lieu à des projections vidéos qui, sur la totalité du fond de scène, forment un écho géant des pas de danse de Christine et de ses deux breakdancers chewing gum. Le tube « Saint Claude » (qui paradoxalement parle de solitude ! ) est sur toutes les lèvres.

Me reviennent alors les souvenirs de sa prestation tâtonnante, maladroite mais bien sur totalement touchante sur l’immense scène des Vieilles Charrues l’été dernier. Elle avait emporté un public mi-initié, mi-ahuri dans un torrent d’amour véritable. Un vrai coup de foudre. Aujourd’hui, les chrographies co-signée Marion Motin (créatrice déjà, du « Papaoutai » de Stromae) et les blagues malignes et efficaces, décochées entre chaque chanson, sont totalement rodées. Christine tutoie son public, s’en donne à cœur joie. Comment lui en vouloir ? « Mon œil qui pleure c’est à cause du vent, mes absences c’est du sentiment ».

Les cyniques ne peuvent s’empêcher de penser que le sourire de cette artiste intelligente, perfectionniste, se confond désormais avec celui de sa maison de disques (Because), qui doit se frotter les yeux et les mains. L’album Chaleur Humaine campe les premières places des ventes en France, rafle 5 nominations aux Victoires de la musique 2015, devient double disque de platine à l’heure ou plus rien ne « fait vendre ». Ca fait grincer des dents. Certes. Mais ne devrait-on pas plutôt se réjouir que C&TQ supplante les glorioles RNB, pseudo gangstar rap, des Black M, Booba et autres Rohff (qui ont fait autant de bien à la langue française qu’un Zemmour à la démocratie). Ne devrait-on pas en profiter pour se pencher un peu plus sur des textes sibyllins mais bourrés de sens, sur cette verve bilingue émaillée d’inventions réjouissantes ? Définitivement, si. Cette fille de professeurs déteste rappeler qu’elle a fait khâgne et l’ENS, mais c’est pourtant bien elle qui explose en revendiquant son appartenance à la culture populaire et sa déférence aux stars de la pop américaine, Michael Jackson, suivi de près par Rihanna ou Destiny’s child.

Ce soir-là, elle se fend d’un « Say my name, Say my name », a capella entre deux titres, en avouant le faire sous sa douche pour chasser le spleen ! Christine-Héloïse peut tout se permettre. Elles sont peu nombreuses à pourvoir reprendre William Sheller et singer Mylène Farmer, à pouvoir faire un tube d’une association de titres de Kanye West et Christophe (l’hymne « Paradis perdu », ponctué de poignants cris « Heartless ! »), chanté aussi par la femme de 50 ans toujours debout à ma droite. Elle se dandine et arbore un grand sourire.

Christine and the Queens est-elle devenue une machine qui nous/la dépasse ? A chacun de décider.
Railler une musique qui ne nous touche pas est permis, mais classer C&TQ dans la catégorie des purs produits musico-commerciaux est, à mon avis, aussi incorrect et grossier que de jalouser son succès. Christine -- l’histoire est banale -- est née des questionnements, des tumultes personnels d’Héloïse. Héloïse a fait naitre sa Créature dans les caves de Londres à l’issue d’une catharsis balisée par des références théâtrales et littéraires pointues, pour la rendre aussi accessible qu’un tube de pop-RNB américaine. Héloïse la nantaise a bataillé pour se faire un nom et n’a pas démérité. Il est des réussites qui n’ont aucun goût amer, il est des vengeances propres, salutaires, et pour tout dire des victoires auxquelles je m’associe, car elles concilient les antagonismes, tordent le cou aux pensées uniques, aux « rassemblements pour tous », et aux conneries de gender theory. Comme si la chaleur humaine nous rendait un peu de fierté. Et un peu plus de liberté.

 

Merci à Jack pour ses photos toujours belles et percutantes. 

Droits réservés ©Jacqueline Ledoux

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 20:01
Dans ma cabane une platine # 34

J’ai passé un mois musicalement formidable. Formidable et instructif. Rarement en quatre semaines ai-je traversé tout le spectre de la musique comme elle me plaît. Ce mois de février est donc à noter d’une quinte blanche.

 

  1. J’ai appris que de nombreux artistes suivis depuis plusieurs années, remarqués en concert, éprouvés sur album, compagnons de moments forts, remettaient le couvert cette année. Villagers, Dominique A, James Blake, Aline, Patrick Watson… C’est un peu comme si j’apprenais que des amis revenaient me voir, et que j’attendais de voir ce qu’ils devenaient.

 

  1. Justement les amis. Ceux que j’ai revus pendant ces vacances m’ont rappelé combien la musique est quelque chose de sérieux. Et combien il fallait s’en moquer, décrocher du qu’en dira-t-on ? S’amuser sur des tubes pop(ulaires) qui irriguent plus le bassin et l’épiderme que le cerveau. Pendant trois jours, j’ai sorti la grand voile sans jamais culpabiliser.  Et j’en redemande.

 

  1. Je redemande aussi, j’aspire aussi à revivre ce truc tout simple : un feu de cheminée, un bon vin, et Glen Gould en fond sonore. Du coup, parler c’est un bonus, parce que tout est déjà là. Je sais, ça parait con pour les excités de Rough Trade, pour les exégètes de Lester Bangs. Mais franchement ce genre de pause, ça libère plein de cases pour après.

 

  1. Après, c’est aussi les dates, les propositions qui s’offrent : Art Rock vient de livrer sa programmation. The Do, Dominique A, Christine & The Queens. Aline qui viendra sans doute en Bretagne pour la promo. Autant de rendez-vous à compléter avec les différents contacts pris ce mois-ci et qui présagent de belles chroniques attentives.

 

  1. Enfin, le cinéma. On attend du visuel, du scénario, et on oublie que c’est aussi un merveilleux média musical. Pour exemple, Saint Laurent de Bonello, largement représenté dans cette nouvelle compilation, tant ce réalisateur a le sens du hit synchrone, capable de sublimer une séquence déjà parfaite formellement.

 

Ainsi cette 34ème cabane tente de traduire ce mois de février. En attendant mars.

 

Bonne écoute.

Wassily Kandinsky - Composition n°8

Wassily Kandinsky - Composition n°8

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 19:30
Electric Ladyland

On avait laissé les Aline au pinacle, forts d’un succès bien mérité avec Regarde le Ciel, joyaux pop sorti il y a maintenant deux ans, temps nécessaire pour tenter d’épuiser les 12 comptines sucrés-salés, délicieusement pop et subtilement référencées. Lorsqu’on connaît un telle adhésion critique et populaire, vient toujours la sempiternelle question : et après ? Comment poursuivre en restant libre, comment marier intégrité et exploration ?  Le single La Vie Electrique qui sort aujourd’hui apporte quelques éléments de réponse.

 

Ce qui frappe en premier lieu c’est la couleur du son, acidulée, ronde, vibrante, à l’image du visuel épileptique et flashy. Sur ce titre, Aline renoue avec le meilleur des années 80 : basse ronflante et funky, synthés sexys, paroles qui vont à l’essentiel organique, toujours faussement naïves. On quitte un peu la reverb’,  la ligne claire et le riff sec d’un Maudit Garçon pour retrouver les envies de funk blanc qui ont fait les belles heures de Je bois et puis je danse. Mais là où ce dernier traduisait et se concentrait sur l’échec universel d’un romantique éconduit, la Vie Electrique se veut un hymne à l’hédonisme, à la concupiscence. Ici on loue le cul, sur fond de métaphore haute tension. 

 

 La vie électrique nous appelle / du frottement jaillira l’étincelle.

 

Tes seins se gonflent et se révèlent

Ton cul se pâme et se promène

Ta bouche humide se réveille

Quand je te dis du bout des lèvres…

 

Romain Guerret se fait lascif à chaque fin de phrase (hun, hun…) et puis vient le changement de rythme, l’accélération pour nos hanches :

 

Allez monte je te suis y a le jour qui se lève…

Prends bien ton temps la vue est belle…

 

Science de la structure, allusions franches, dialogues sulfureux. On aime aussi les Aline dans cette proposition immédiate et tendancieuse qui fait de La Vie Electrique un étendard savamment libertaire et décomplexé qui manquait à leur discographie.

 

Ce nouveau printemps s’annonce bien. Et en attendant le 1er juin, date de sortie de l’album, il est fort à parier que La Vie Electrique sera sur les lèvres. Sur toutes les lèvres.

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