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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 16:21
Photo : Jérôme Sevrette

Photo : Jérôme Sevrette

Le scenario à beau se répéter, il fait toujours son effet. Quel bonheur de sentir le soleil sur sa peau après avoir piétiné dans la boue : après l’ouverture plus qu’arrosée de vendredi c’est sous un ciel invariablement bleu que les courageux peuvent se dégourdir les bottes et se décrasser les antennes, face à la Manche devenue turquoise. Sur la plage de bon secours, les plus téméraires vont même jusqu’à se mouiller et abandonner la petite laine, tandis que face à la mer c’est Flavien Berger qui officie aux platines. On n’oserait écrire que l’homme nous prend pour des moutons, néanmoins le DJ français s’attache à fournir un set qui entretient une forme d’hypnose générale. Un poil trop robotique pour nous qui choisissons d’éviter le grand bain et profiter du grand bleu le long des remparts. La Route du Rock, n’est pas périple de sédentaire, elle se mérite, se arpente. En marche donc pour l’enchantement espéré d’un samedi soir, privé de sa fée carabosse.

 

En toute connaissance de cause (des images du clip de « Far » revenant en tête) et de nos goûts et couleurs, The Soft Moon ne nous affolait guère. Overdose de valium ? Pas notre truc : on est plutôt Mojito. En outre, sans être fans des Cure ni de Joy Division (« -Queuwoi ? Et vous aimez la Route du rock ?!? – Eh oui. »), les chances que ce revival darkwave post-punk nous ravissent à l’apéro et aux retrouvailles avec Thierry et Yves-Marie, étaient proches du titre de leur précédent album : Zero. Cependant, les festivals recèlent de ces instants fous où la ferveur d’un public grossissant et la proximité d’un mur d’enceintes peut totalement nous faire revenir sur nos certitudes et nous « faire rentrer dedans ». C’est alors que l’on réalise ce que le groupe de Luis Vasquez, élégant et tonitruant leader, a dans le ventre : un vrai savoir-faire. Le groupe californien déploie ce samedi une force sidérante, sur le lieu et à l’heure où la diva islandaise aurait du se produire, c'est-à-dire la grande scène, un déluge de beats primaires, tendus, tenaces, des échos de basses caverneuses et des mélodies compactes, qui gonflent progressivement morceaux après morceaux en un psychédélisme noir, emportent la mise et notre adhésion. Une (bonne) leçon.

The Soft Moon - photo : Jérôme Sevrette

The Soft Moon - photo : Jérôme Sevrette

Ce serait faire trop d'honneur à qui vous savez de reparler de la défection du samedi soir.  Du coup, bravo la Route du Rock, c'est Foals qui s'y colle. On est plutôt ravis finalement... Mais comme si ce 15 août était maudit, on nous annonce dès le départ (one-two / one-two, hum...hum...) que le bassiste est défaillant. Remplacé par un backliner. Décidément, la Route du Rock a la guigne sur ce créneau. Cela n'empêchera pas les anglais de panser la béance islandaise. Carré, puissant, ultra efficace, beaucoup plus convaincant qu'à Art Rock en 2013,  Foals ne laisse pas une seconde la place au doute, à la blague ou à l'émotion hésitante. Les premiers fans regrettent la rigueur sèche ou aérienne des premiers morceaux. Les nouveaux surkiffent ce set digne d'un stade, où My Numbers passe pour un hymne fédérateur et où Mountain At My Gate prouve que la formule se renouvelle densément. La dernière demi-heure concurrence en beauté la palanquée de groupe venue en découdre sur la grande scène avec le mur du son malouin.  Résultat : sans doute l'un des meilleurs concerts de ce samedi mal branlé, mal équilibré, sans doute à cause de qui vous savez. Pendant ce temps, certains mangeront, leur chapeau ou leurs nouilles végétariennes. Et ne verront pas non plus la bataille de foin improvisée devant la petite scène (voir la vidéo sur le facebook d'euphonies). Merci Foals en tous les cas d'avoir comblé au débotté un parterre de fans comblés.  

 

 

Il est 1h du matin, mais la soif de sensations ne cesse de grandir. Mus par une motivation digne d’un contingent de spartiates en mer Egée, on se heurte pourtant au régiment sec composé de réferences krautrock et de techno minimaliste du DJ Daniel Avery. Même quand on sait que l’auteur de Drone Logic a pour qualité la hantise des musiques commerciales et ce goût pour l’épure que seuls les mélomanes de qualité savent atteindre, on piétine. Qu’à cela ne tienne notre envie de rafraîchir nos esgourdes et de délasser nos guiboles dans la danse frénétique nous fait avancer vers les premiers rangs. Mais non. Après 30 minutes, on ferme le ban. Aucune chance pour qu’Avery rencontre Disney et le pays des merveilles sans substance hallucinogène tant le son se réduit ici à portion congrue. Fans de mélodies et d’érudition samplée dans tous les registres, on passe notre chemin. Il reste encore un peu de route demain.

 

Dimanche

 

Sous-titré « Pop is not dead », le festival malouin a toujours offert de grands concerts en la matière. Ces dernières années, The Flaming Lips, The Walkmen, Tame Impala, Junip, Temples, ont touché les amateurs dont nous faisons partie. À Euphonies on réaffirme notre amour des accords sur douze cordes, des ostinatos ou riffs lumineux et les constructions couplet/refrain/pont  bien troussées. Si, en plus, de bons mots sont portés par une voix qui ose s’aventurer dans les airs, alors on a l’échine en frissons. Or, à l’aube de cette dernière soirée, le manque se fait sentir ! Cette édition 2015 aura cruellement manqué de « chanteur ».

 

Il fallait un Father John Misty pour combler le vide. On a été servis. Josh Tillman fait tant dans la démesure qu’il divisera le public en deux camps irréconciliables. Oui, le soulman blanc en jean slim et lunettes noirs propose à 19h une prestation de chanteur de charme si chargée en poses qu’il achève la patience de certains (« Il se prend pour Jim Morrison ! » / « Arrête les tartines de confiture, mec, c’est plus l’heure ! »). Ne parlons pas des amateurs de shoegaze, restés ou rentrés au camping. Pour tous les autres, à la bonne heure, le concert est un pur moment de délice ! La preuve par trois. D’abord, l’homme maîtrise sa voix en toutes circonstances, même lorsqu’il mange la scène et le public en quatre enjambées, trois cris et deux jetés de micro. Pourquoi bouder son plaisir et faire dans la demi-mesure quand on peut jouir devant un public consentant ? Secundo, les jaloux peuvent traiter le hipster de mouille-culotte, il se trouve que l’ex batteur des Fleet Foxes se produisait avec un backing band de haute facture - trois guitaristes, un organiste, un batteur… - qui ont redessiné à la perfection les titres dégorgeant d’amour de Love You Honey Bear ou les épopées pop de Fear Fun. Enfin, le dandy sait écrire et jouer : humour provocateur, portrait au vitriol de ses concitoyens (« Bored in the USA »), consommation de drogues avouée pour la scène, pour laquelle il se crée de toute évidence un personnage, et assimilation de l’histoire de la pop des deux cotés de l’Atlantique, ont nourri la bête (de scène) pour lui donner un charisme irréfutable. D’autres questions ? …

 

Enthousiasmants sur disque, Viet-Cong rate un peu le coche sur la petite scène, n'arrivant pas à se distinguer de bon nombre de groupes bruitistes à la Woute du Wok qui envoient du son qui tâche. Pas désagréable dans ses efforts de jouer sur la frustration et les interstices de silence, de travailler sur la frustration en ménageant des plages plus expérimentales, le set aux accents de Wu Lyf finit quand même par lasser faute de morceaux réellement mémorables.

Savages - photo : Jérôme Sevrette

Savages - photo : Jérôme Sevrette

Révélées dans ce même fort en 2012, on savait par contre que les quatre filles de Savages en avaient sous le capot et pouvaient prendre le vent. On a quand même été soufflés. C’est sans doute parce que, dans la musique des londoniennes, rien ne doit être enlevé. Pourtant, du cirque rock’n’roll, des références, du maquillage et du costume noir, il y en a. Mais chaque chose a sa place et l’équilibre est tel qu’une force magnétique s’en dégage dès que la mécanique, bien huilée, se met en branle. Basse vrombissante, batterie propre et endiablée, riffs de guitare… eh bien, oui, sauvages, et enfin le talent de Camille Berthomier AKA Jehnny Beth : tout hypnotise. La chanteuse qui nous confie avoir fait partie du public de la Route du Rock à l’âge de 13 ans, a depuis pleinement incarné son fantasme adolescent. Debout derrière un micro transperçant la foule de son regard de chat ou jouant l’homologue féminin d’Iggy  le temps d’un « Hit me » qui se termine par un slam (sans chaussure), sa force est sans égale. Sensuelle, frêle jusqu’au bout des talons mais dotée d’une âme en acier trempé, l’impératrice pourrait faire vaciller le monde entier en baissant le pouce.

 

On passe un peu à côté de Ride, mythique groupe d'Oxford venu en reformation honorer ce 25ème anniversaire. Non pas que le set soit mauvais : leur shoegaze enchantera les fans et spécialistes, mais nous laissera un peu sur notre faim. Quelques morceaux ravageurs, un show impeccable, mais un peu d'ennui aussi, sans doute accéléré par trois jours de volume potards à fond. L'ensemble a quand même pris une ride (ouh le mauvais jeu de mots) et on quittera la grande scène avant la fin, pas fâchés ni déçus : juste désireux de reposer dix minutes nos oreilles déjà bien sollicitées.

 

 La dernière claque de ce dimanche définitivement convaincant viendra de Dan Deacon. Malgré la fatigue de trois jours vécus intensément, le performeur, à la gouaille aussi prolixe qu'un prêcheur de soap-box, saura nous convaincre d'attendre encore un peu pour rejoindre l'oreiller. Difficile de décrire ce concert foutraque qui fait penser à du MGMT passé à la moulinette électro, et véritablement sublimé par un batteur hors norme, sec, discret et implacable, comme pour compenser la faconde de l'entertainer Deacon. Dès le troisième morceau, on se surprend à redonner du hochement de tête, emporté par des mélodies sournoises, des boucles insidieuses aux faux airs d'hymnes fédérateurs. Des mélodies en tapinois, des structures diablement efficaces, l'américain partage d'ailleurs avec les garçons d'MGMT une science universitaire de la bidouille musicale. Histoire de finir cette 25ème édition en beauté. L'amuseur aura de plus le bon goût de saluer tous les gens de l'ombre d'un festival qui encore une fois a prouvé sa capacité à proposer une affiche pointue, exigeante, et sa capacité réactive face aux intempéries ou aux caprices de star.

 

 

A notre tour de passer aux remerciements : L’équipe parfaite de Rock Tympan, les très nombreux et festifs bénévoles du festival, Maxime Le Cerf et Agathe Michel à l’accueil pro, Hélène et Alex pour avoir remporté l’épreuve de Fort Boyard et sauvé notre weekend (que de fous-rires... Bondoir !), Yves-Ma pour avoir ramené le soleil depuis Toulouse, Cha pour avoir réussi à nous faire croire que le champagne « passait », Pitou parce qu’il sait que Björk a déconné, Shanti parce que l'hélicoptère,  Thierry parce que trente ans bordel, Delphine pour sa conversation nocturne et son accueil,  Jérôme pour ses photos sublimes, Jack pour son soutien indéfectible, Antoine et les Dervaux malheureusement ratés, Chris et Isa heureusement trouvés...

 

 

Merci la Route du Rock ! A l'année prochaine !

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 21:05
Thurston Moore - Photo : Jérôme Sevrette

Thurston Moore - Photo : Jérôme Sevrette

L’édito du programme l’indiquait comme une prémonition : « Et toutes ses dents » ! On comprend mieux maintenant. Oui, il faut savoir grogner un peu, les montrer parfois, pour se protéger et tenir 25 années contre vents et marées en ayant connu et dû traverser tout ce qu’un festival d’envergure internationale peut craindre en terme d’épreuves. On passera sur le nombre d’années où les intempéries ont failli avoir raison de la technique - mais jamais du moral des troupes. On veillera à ne pas trop insister sur la fragilité d’une économie associative, même riche d’un quart de siècle qui garde la main sur son organisation et sa programmation. On ne remettra pas une couche sur la plus belle gifle infligée par une artiste à un festival qui lui accordait, cette année la primeur - et le budget - d’être sa tête d’affiche XXL. Il faut avoir les crocs pour continuer à rêver de faire mieux, vouloir ajouter à son tableau les noms les plus emblématiques de cette scène rock indépendante des années 1990 et 2000, tout en gardant ce rôle décisif, incisif, de découvreur des noms de demain.

 

Invité de marque et véritable parangon de cet « indie way of life » cher aux cœurs des festivaliers de St Malo, Thurston Moore s’offre le premier coucher de soleil de 2015 au fort de Saint Père, il est vrai, devant un public dont il a déjà acquis le respect il y a des années. Silhouette toujours verte et mains aussi agiles à l’approche de la soixantaine, l’américain offre avec la discrétion qui le caractérise les pépites tirées de sa longue carrière. Capable d’entrelacer arpèges ultra pop et accords grésillants, son savoir-faire remplit l’espace infiniment grand. Tant mieux : il est là pour ça. Le set ne saurait être intimiste puisqu’il est composé de morceaux empruntés et influencés principalement par le dernier disque enregistré avec son groupe. "Speak To The Wild", talisman dont la mélodie ne vous lâche plus des heures après le concert, s’étire et cueille les tympans, avant que Moore ne revienne fonçant tête la première dans une de ces nombreuses improvisations noisy dont il délecte un public… peut-être trop nostalgique des Sonic Youth. Mais le voyage, ce vendredi, n’avait rien d’un regard dans le rétro ! Au contraire, Moore a laissé s’exprimer ce « band », pour moitié composé de musiciens londoniens, qui lui permet de s’affirmer totalement en dehors des routes déjà parcourues main dans la main avec l’ex Kim Gordon. Forever Young !

Thurston Moore - Photo : Jérome Sevrette

Thurston Moore - Photo : Jérome Sevrette

C'est à la nuit tombée que Timber Timbre investit la grande scène. Sur le programme (d'ailleurs pas toujours simple dans sa consultation, pourquoi ne pas proposer une feuille de route soirée par double page plutôt que de séparer grande et petite scène ?) le groupe canadien apparaît comme une respiration idéale entre le rock de Thurston et l'électro de Ratatat et Rone. Et effectivement pendant une bonne première demi-heure, le charme opère : Taylor Kirk installe une ambiance plus propice à l'écoute attentive, idéale pour la digestion de ces nombreuses notes déjà emmagasinées depuis quelques heures, ou pour celle d'un plat Thai bien copieux. Jeu de lumière plus tamisé, son percutant qui repose sur l'aménagement d'espaces épurés, voix de crooner qui rappelle à certains le Stuart Staples de Tindersticks : tout y est. Un titre comme "Curtains!?", scéniquement tout de rouge illustré par le mantra d'un groupe à l'unisson, confirme l'énorme classe d'un groupe travaillé par la frontière entre l'inquiétante étrangeté et le répit au purgatoire. Seule limite : à une heure où les premiers engourdissements se font sentir, le set paraît sur la fin un peu long, trainant, et on cherche un moyen de faire passer la première fatigue post prandiale.

 

Fatigue que les anglais d'Algiers sauront titiller. Set plus que convaincant. Et groupe qui mérite à part entière une écoute approfondie tant leur prestation remporte la mise de la meilleure découverte du festival. A suivre.

 

Fatigue que les irlandais de Girl Band ne parviendront pas par la suite à annuler. Malgré une évidente bonne volonté, on en a déjà marre d'entendre le package "abrasif, percussif, papier de verre et chant scandé".

Girl Band - Photo : Jérome Sevrette

Girl Band - Photo : Jérome Sevrette

Ce sera Ratatat qui nous remettra le pied à l'étrier d'un cheval fougueux mais pour certains un peu trop primesautier ou simpliste. Là c'est une question de goût et d'attente : les deux new-yorkais ont balancé du lourd accompagnés de visuels volontairement régressifs (sortes de gifs à dominante animale illustrant l'aspect binaire de leur efficace potée electro). La formule fonctionne très bien, le set est rodé, et on peut enfin (re)secouer du bassin ou réchauffer nos articulations devant des versions survitaminées de "Loud Pipes" ou "Wild Cats". Promesse vintage fuzz et boucle tenue : Ratatat a fait le show qui ne plaira pas à ceux qui attendent de la densité narrative : ici, comme sur album, on mise tout sur les samples, le spectaculaire, les effets de manche jeux vidéos, les références clin d'oeil et la marrade 2.0. Impressionnant light-show, tout de vagues et de missiles lasers parcourant le Fort. Ici aussi la formule trouve sa limite dans la durée :  dix minutes de moins n'auraient pas été de trop. Mais on est contents d'avoir rencontré le combo capable de redoper la scène du Fort pour terminer en beauté sur Rone.

Ratatat - Photo : Jérome Sevrette

Ratatat - Photo : Jérome Sevrette

C’est à la coqueluche frenchie de la scène électro que revient la tâche d’amener le public encore debout jusqu’au cœur de la nuit. A presque 3h, Rone prend sans casque la place de rêve du MC noctambule qui tranche avec son allure de bon petit garçon. Le public veut en découdre et se retrouve soudain avec une faim de voyage ultime lorsque les infra-basses commencent à s’élever. Pourtant, au bout de quelques morceaux, même si l’artillerie est lourde et bien pensée, techniquement efficace, on ne peut s’empêcher de constater une accalmie dans les premiers rangs dansants. L’explication réside dans ce que le public impatient semble avoir oublié : Rone est un storyteller, un conteur d’histoires, dont la véritable force, comme tout bon metteur en scène et en sons, est la propension à l’évocation. Pour preuve, l’apparition sur scène de François Marry venu en toute simplicité chanter les paroles de "Quitter La Ville" de sa voix languide et claire, le visage caché derrière des lunettes noires. Rone donne, sans procédé vidéo, sans projections d’images, la possibilité de s’oublier en plongeant dans ses morceaux taillés pour la nuit. C’est en fermant les yeux, que l’on a compris et embarqué. Forever gone… jusqu’à demain.    

Reste à parler du public, et de l'ambiance. Donc du festivalier. Mais lequel ? Celui qui fait trois jours au camping (étonnamment vide cette année) ? Celui qui peut prendre une douche au chaud, celui déçu venu pour Björk, celui qui a du coup essayé de revendre sa place sans succès, celui, saoul, dans la navette dès 19h, celui qui mettra des mocassins devant Ride ? Encore une fois, La Route du Rock s'illustre par sa spécificité d'être un regroupement pointu, sur un site à taille humaine, avec chaque année ses tentatives d'amélioration, ses vases communicants, ses perfections ici quand ça pêche là. Ce vendredi, on était heureux de fouler (même en botte) le site beaucoup plus clean. On approuvait de pouvoir ENFIN s'asseoir pour manger un burger, une galette saucisse sans trop perdre de vue la grande scène grâce au écrans géants. Et même si la disposition de la petite scène posait parfois des problèmes de balances parasites quand on était trop proche, ce vendredi, on était heureux de retrouver le Fort Saint-Père. De retrouver aussi les hipsters cravatés qui ne lâchent rien, la diversité culinaire et musicale, l'intimité du lieu. Musicalement, le samedi sera moins convaincant, mais compensé par un dimanche parfait. On en reparle dès le prochain article. Avec Foals, Daniel Avery, Viet Cong, Father John Misty, Savages et Dan Deacon.

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 18:49
La Route du Rock 2015 #2

On cause, on cause, d’annulation de Björk par ici, du prix de la bière par là, mais pendant qu’on déblatère, le temps passe et il nous faut préparer notre paquetage. A bord, légèreté et économie de poids sont de mise, car ce qui va compter au cours de ces quelques jours en équipage, c’est le confort de nos pieds et notre protection contre les facéties du climat breton. Même si la Route du rock est probablement le festival le plus classe de l’ouest (on a vu dans le fort, Louboutin ou tong assortie à la robe de soirée concurrencer parfois, en dépit du bon sens, la botte aigle de circonstance), l’important est de pouvoir vivre sereinement des moments de partage amicaux et de révélations musicales.

Car, le point fort de cette grande cérémonie malouine mérite d’être souligné et rappelé : la Route du Rock distille chaque année depuis 25 ans dans les tympans des amateurs de pop-rock indé, une sélection de ce qu’il se fait de mieux en la matière.

Ce qui fait aussi le sel de ce festival unique est son lieu et les concerts gratuits de l’après midi à la plage de Bon secours, aux pieds des remparts, qui nous garantissent une remise dans le bain avec concerts et baignade obligatoires afin de ragaillardir les lève-tard. Cette année ce sont Forever Pavot (relaxant et gainsbourien), le poulain de l’écurie Pan European Recording, Flavien Berger (immersion en son binaural), et le touchant et mélancolique geek Jimmy Whispers qui s’y collent.

 

Revenu de quelques mésaventures météorologiques (le pompon fut atteint l’an passé, la faute à des pluies diluviennes ayant assailli le fort Saint-Père quelques heures avant l’ouverture des portes), le site des concerts en soirée bénéficie d’amélioration notoires. Les travaux entrepris cet hiver favorisant le drainage des zones arpentées par le public devraient rendre sa réputation à ce fief de la cité corsaire. Autre garantie de l’amélioration des conditions d’accueil, le camping est devenu payant, à un tarif symbolique de 2 euros la nuit par personne. Réservation obligatoire ici.

 

Enfin, comme aux Vieilles Charrues, Saint Malo inaugure cette année, le paiement Cashless (sans jeton et sans monnaie), assuré par une carte faisant office de porte-monnaie électronique distribué à l’entrée du festival, que chacun pourra recharger via carte bancaire ou espèces sur trois stands disposés sur le site. Les retours du festival carhaisien (de taille bien plus conséquente) sur ce mode de fonctionnement sont, d'après nos sources, très bons. Tout cela nous permet d’envisager une 25ème édition confortable !

Quant à l’artistique ? Là aussi le public exigeant sera entendu. Voici la seconde sélection d’Euphonies garantie 100 % naturelle, sans OGM et, pour aujourd’hui, sans barbu :

 

Sun Kill Moon - Avant d’être Sun Kil Moon, c’est au sein de Red House Panters que Mark Kozelek est devenu une référence du folk-rock californien. Petit cousin de Bill Callahan et de Will Oldham, songwritter prolifique, il produit des albums sans réellement rechercher ni attendre une médiatisation pourtant méritée. Pour saluer comme il se doit cette simplicité, rendez-vous jeudi 13 à la Nouvelle Vague.  
 

Thurston Moore band
On ne naît pas artiste culte, on le devient. L’ex-moitié de Sonic Youth est aussi et avant tout un grand créateur sonore, à l’univers méticuleux et foisonnant, auteur d’albums cultes et de bandes originales de films. L’hyperactif auteur de Psychic Hearts (son premier album solo paru il y a 20 ans) revient avec son backing band défendre son petit dernier The Best Day. Vu ce printemps sur la scène du Primavera Sound festival à Barcelone. Il était aussi modeste que prodigieux. What Else ? A voir absolument au fort, vendredi 14.

Rone
En toute honnêteté ce qui attiré notre attention sur Rone, c’est la qualité de ses collaborations et l’attention particulière qu’il suscite auprès d’artistes pointus hors de la sphère electro : The National, le violoncelliste touche-à-tout Gaspar Claus, ou encore François Marry (de François and the Atlas Mountains). Ils ont fait grandir notre intérêt pour l’album Creatures. François Marry nous disait en Janvier dernier lui avoir, pour cet album, confié la chanson « Quitter la ville ». La promotion du titre a été lancée avec le premier clip tourné en réalité virtuelle. Ce faisant, Rone a coiffé Björk sur le poteau, avant qu’elle ne fasse de même pour son titre  « Stone Milker » - Ok, un cocoricco un peu mesquin, mais on assume ! En concert au fort, vendredi 14.

Savages
Sans doute par soucis de revendication féminine (la rédaction d’euphonies pouvant se targuer de respecter scrupuleusement une parité homme/femme en termes de droit d’expression et de salaire), les nanas « qui en ont », qui sont capables de faire rugir les guitares et de mettre le feu à la scène, on aime. Beaucoup. A la folie. Ca tombe bien, dimanche sera célébrée plus qu’une messe, le retour au fort de Saint-Père des filles prodigues qui s’étaient distinguées lors de l’édition 2012. Austères mais classe, tonitruantes et zélées mais sans concession, revendiquant L-F Céline autant que Black Sabath et s’inscrivant dans la droite lignée des héroines Siouxies and the Banshees et PJ Harvey. Ces londoniennes lettrées sont à voir absolument, au fort, dimanche 16.

Vous voilà parés !

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 17:14
La Route du Rock 2015 # 1

A peine rentrés du Bout du Monde, que se dessinent déjà les contours d'un fort cher à notre coeur : à nous deux St Malo, cap sur la Route du Rock !

Depuis quelques jours, le festival a fait beaucoup parler de lui, malheureusement pour une triste affaire : l'annulation in extremis de Bjork, grosse tête d'affiche prévue le samedi, grosse tête à claque aussi. Loin de nous l'idée de fustiger un artiste qui annule un concert : il y a derrière chaque musicien un petit coeur qui bat, et une grippe, une colique ou un redressement fiscal qui peut surgir à n'importe quel moment. Personne n'est à l'abri. Mais quand l'annulation se justifie par un "conflit d'agenda" valant pour toute la tournée d'été et d'automne, on se dit que l'agitée du bocal islandaise se fout un peu de notre gueule. Et surtout de celle de l'équipe de la Route du Rock qui a dû essuyer de nombreuses plaintes et menaces à la suite de ce désistement. Alors rappelons juste que le festival malouin est la première victime de cette inélégante annulation de dernière minute : fonctionnant sur une économie fragile et une programmation exigeante, la Route du Rock n'avait pas besoin de ce revirement. Et saluons au contraire leur réactivité, en dégotant un remplaçant de luxe, Foals, qui viendra défendre ce même samedi son quatrième album What Went Down. CQFD.

L'avantage de ce malheureux épisode est de pouvoir rappeler que derrière l'iceberg azimuté qui concentrait toutes les attentions avant de faire volte face se cachait une sélection d'artistes pas piquée des hannetons, même islandais. Euphonies vous proposera dans les jours à venir un florilège des groupes à ne pas manquer. En commençant aujourd'hui avec...

 

RATATAT : (vendredi - scène du Fort)

Découverts en 2006 avec Classics, les new-yorkais n'ont depuis jamais vraiment quitté notre platine, pourtant très sollicitée. Pour ceux qui ne les connaitraient pas, ce duo de musique électronique à la sauce vintage composé de Mike Stroud (guitare) et du mixeur/producteur Evan Mast multiplie les clins d'oeil instrumentaux aux sonorités crunch ou fuzz 70's mâtinées d'une sobre électro . La recette fonctionne à merveille et s'enrichit encore avec Magnifique qu'on a hâte de voir défendu sur scène.

TIMBER TIMBRE : (Vendredi - Scène du Fort)

Formation canadienne, plus que jamais le groupe mérite de réévaluer l'adjectif "crépusculaire" tant galvaudé par les chroniques musicales. Timber Timbre distille depuis cinq albums une mélancolie modeste, un spleen sympathique (c'est à dire littéralement partagé, jamais pessimiste). On pense naturellement à Tindersticks, à Cohen, ou Richard Hawley.  Taylor Kirk a l'aura des crooners désenchantés, baladant sa résignation polie sur des arrangements aériens, vaguement inquiétants, mais définitivement obsessionnels. Espérons ce vendredi que les abords du Fort Saint Père permettent à cette musique des grands espaces intimes de se révéler. 

VIET CONG : (dimanche - Scène des remparts)   

Voilà pourquoi on aime la Route du Rock. Vous ne croiserez pas Viet Cong dans tous les festivals cet été. Et pourtant, le groupe de Calgary (et oui, encore des canadiens) a de sérieux arguments pour remporter l'adhésion ce dimanche. Doit-on chercher à commenter leur musique, quand elle glisse sous les doigts de toute description ? C'est tout le côté excitant de Viet Cong, capable de mettre d'accord les fans de Godspeed You ! et les amateurs d'Interpol, les transis de Mogwai et les renifleurs de pop. Si le set de dimanche est à la hauteur de leur Continental Shelf, ça promet...

DANIEL AVERY : (Samedi - Scène du Fort)

Parce que la Route du Rock emprunte aussi des voies de traverse, l'électro à depuis plusieurs années toute sa place en fin de soirée pour réchauffer des festivaliers rompus à l'exercice de jongler entre tongues et bottes. Parmi les belles propositions de cette édition 2015, on ne saurait que trop vous recommander Daniel Avery, qui avec Drone Logic a poussé l'exigence d'une techno incarnée à son paroxysme. Ici pas d'effet de manches : plutôt une invitation à planer mid-tempo, sur des structures qui, on l'espère, sauront vous convaincre que l'électro a deux trois comptes à régler avec l'émotion et l'humain.

Bonne Route du Rock 2015 à tous !!!

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 13:55
Le Bout du Monde 2015 # 5

On l’a répété, maintes fois vérifié au cours de ce weekend ensoleillé : le boudum est un festival familial. Des smalas de tous horizons se forment au camping, s’identifient dans le bus qui mène au site des concerts. On déambule parfois seul, mais c’est en groupe que l’on se met d’accord sur la qualité d’un concert, que l’on se rejoint, que l’on se perd puis se retrouve après trois verres « Je t’ai attendu à droite de la scène… Tété où ??? » Et l’on pardonne le retardataire, parce qu’entre temps, il a croisé et ramené le cousin Pierre, revenu de Paris, il entame ce weekend trois semaines de vacances. La photo de famille, dans ce cadre festif, s’élargit avec des parentés qui vont au-delà des liens du sang. Cette année, au bout de trois jours de vie en tribu, on s’en est trouvés des liens, des filiations, et on a même imaginé partager un bout de notre arbre généalogique avec les artistes de ce dimanche. Autour de la table, il y avait du (très) bon vin et surtout du beau monde…

 

Michel Jonasz : photo - Ray Flex

Michel Jonasz : photo - Ray Flex

Le grand oncle Michel. Des années qu’on attendait de le revoir. Lui qui voyage souvent, trouve de nouvelles destinations. Une carrière de comédien plus qu’honorable, la création de son propre label de musique et de sa maison d’édition d’ouvrages sur la spiritualité, Michel Jonasz c’est une sacrée figure tutélaire ! Heureusement, c’est aussi un nostalgique qui revient très souvent se rappeler à nos bons souvenirs. Taquinant les plus jeunes du public qui n’ont « pas connu René Cotty, ni Les chaussettes noires », il parle de son premier groupe Vigon et les Lemmons et balance Everyday I have the Blues, une reprise de B.B. King. Ces derniers temps, après un hommage aux grands de la chanson et aux musiques juives et tziganes, c’est avec un quartet jazz qu’il revisite, dans leur plus simple appareil, les titres qui ont fait de lui ce héraut de la chanson. Voix impeccable, interprétation assurée, malice, jeu de scène et autoparodie indissociables d’un set rodé, Jonasz joue de la notoriété de ses sidemen, dont le télégénique batteur Manu Katché (particulièrement applaudi) et dégaine : Super Nana,  J’veux pas que tu t’en ailles, J’t’aimais tellement fort que j’t’aime encore, en duo avec le pianiste d’Angelo, La Boîte de jazz , Joueurs de Blues ... Attendues, les pépites nous reviennent comme un boomerang. Aussi, c’est sans une once de cynisme que s’exprime le dépit lorsque, comme nous, Michel se rend compte qu’il est l’heure de quitter la scène et mettre un terme à ce moment, doux et revigorant comme une gorgée de grand cru classé.

John Butler : photo - Ray Flex

John Butler : photo - Ray Flex

Il y a le grand frère aussi, sorti tout droit du C.R.A.Z.Y de Jean Marc Vallée . Celui qui, gueule de beau gosse, léger cuir sur torse nu, cheveux aléatoires, accueille dans la remise transformée en piaule la nénette du soir en lui parlant de Kerouac, Salinger ou des poèmes de Morrisson. John Butler Trio dimanche soir a transformé la prairie en garage attenant au jardin, en mezzanine d'une chambre enfumée par les préliminaires nécessaires mais vaporeux. Le son est rond mais brut, franc, revisitant à la manière d'un Black Keys le blues-rock à papa, avec un peu plus de gouaille et de décadence contrôlée. Avec lui, une section rythmique implacable et le tour est joué : le garçon ne finira pas la soirée tout seul.

Mulatu Astatke : Photo - Ouest France

Mulatu Astatke : Photo - Ouest France

Et puis la référence, le papé éthiopien, celui dont on ne voudrait rater aucune note, Mulate Astatke. Popularisé auprès d'un public cinéphile grâce à Broken Flowers de Jim Jarmusch (la réaction du public pendant Yeguellè Tezeta ou Yekemo Sue ne trompe pas) A 72 ans, l'artiste fait figure de doyen, et on se rend sous le chapiteau comme on vient rendre visite au sage de la famille, en mesurant le privilège, en attendant l'oracle. Mulate, au centre de la scène tel un chaman malicieux passe d'un instrument à l'autre, entouré de Step Ahead, une équipe de musiciens dévoués à sa cause. Pas de doute, l'homme n'a pas perdu de sa superbe, et les morceaux s'étirent, s'épanouissent dans une joie communicative. Parfois, le maitre d'œuvre s'efface devant la jeunesse d'un chant hip-hop comme un passage de flambeau. Comme un rappel que bon nombre d'artistes présents dans ce festival doivent beaucoup à son travail de métissage entre tradition africaine et jazz. Chapeau bas l'ancêtre : en deux sets ce dimanche vous avez modestement redit combien l'édifice tient en grande partie sur votre pierre, exploratrice et qu'on souhaite voir rouler encore longtemps. Seul bémol, un son pas toujours à la hauteur de l'événement, parfois trop fort et brouillon. Largement compensé par l'élégance de l'ensemble. 

Orange Blossom : photo - Ray Flex

Orange Blossom : photo - Ray Flex

Sur la photo de famille de ce dimanche, il y avait aussi les visages radieux des grands cousins bourlingueurs, ceux qui arrivent un peu tard mais toujours accompagnés de violons, harmonica, guitares. Eux, l’air de ne pas y toucher, ils relancent toujours la fête et nous font taper des mains, des pieds, danser et chanter à tue-tête. Les membres d’Orange Blossom attaquent leur second set à 23h, devant une scène Kermarrec bondée de festivaliers attirés par un premier concert totalement réussi et par la réputation scénique de ce groupe déjà culte. Orange blossom dégage ce soir une puissance rythmique sidérante obtenue par la fusion de la batterie rock, des samples trip-hop de Carlos Robles Arenas et des percussions orientales qui portent la voix émouvante de Hend Ahmed. Plus qu’un atoût charme, la chanteuse radieuse est capable de transfigurer live les meilleurs titres d’ Under the Shades of Violet (le déchirant Lost) comme de s’emparer des anciens titres du groupe, (Habibi ) qui marquent d’empreintes profondes nos têtes et nos corps. Un très beau souvenir.

Dakhabrakha : photo - Ray Flex

Dakhabrakha : photo - Ray Flex

Et quel bonheur de conclure le festival en beauté avec trois cousines, trois parques : Dakhabrakha. Déjà repérées en 2014 à Art Rock, elles ne peuvent pas passer inaperçues dans leur habit traditionnel ponctué d'un Schtreimel érectile, métaphore du poil dressé au son de leurs polyphonies magistrales. Toute la famille du Boudum semble s'être donné rendez-vous sous le chapiteau pour une dernière messe, un bouquet final : de maigres dreadeux, des géants chapeautés, des couples enlacés, des gourmands en voie de paupiétisation par trois jours de concerts, des danseuses bras ouverts yeux fermés, des attentifs bras croisés, et puis Euphonies qui n'aurait voulu rater ça pour rien au monde. Pendant plus d'une heure nous avons assisté à une époustouflante performance sur le fil, soufflant le chaud et le froid, la transe percutante et l'invitation au voyage. Le set est dansant, organique, contemplatif, compact, et riche de mille subtilités harmoniques. Pas d'effets de manche, pas de chorégraphie : l'heure est au dérèglement de tous les sens par la simple force d'une proposition nue, vibratile, pulsatile. L'Ukraine se fait africaine, latine, internationale, tout en gardant cette inquiétante étrangeté des chants tabous. Une fois le set terminé, c'est tout le bout du monde qui applaudit à tout rompre dans un volume sonore tellurique.

Nous rentrons épuisés mais heureux de cette réunion de famille. Comme à chaque fois, on regrettera de ne pas avoir passé assez de temps avec les cousins de Massilia Sound System ou avec le fils solaire de Stevie Wonder : Faada Freddy véritable révélation du festival, à suivre. Mais on se rassurera en se disant que cette famille 2015 était interconnectée, et qu'on trouvera toujours un moment pour se revoir, dans un petit bar ou une grande salle.

 

Reste à remercier la famille Euphonies, tous ceux qu'on a croisé, ceux qui nous ont accueillis, aidés, suivis, influencés, impressionnés. Merci d'abord à toute l'organisation du Bout du Monde : de nombreux festivals pourraient prendre exemple sur votre qualité d'accueil, votre gentillesse et générosité. Spéciale dédicace aux bénévoles d'une rare patience et sympathie. Un immense merci également à Jean Claude et Annick pour leur chaleureuse hospitalité (avec ou sans crapaud). Plein de U-I à Seb et Gwenn qui n'ont eu pour seul défaut que de nous offrir le repas du siècle le dimanche midi. Et puis des bises, des accolades sincères, de francs remerciements à Chloé et Guillaume de l'accueil presse, Ti Claude, Yan et jenny, Manue son caillou et son sens de l'à propos finistérien, Jacqueline, ses photos et son histoire d'amour avec Faada Freddy, Etienne et sa fesse tatouée, Ray pour ses magnifiques clichés. Nous serons heureux de revenir en 2016.

 

Merci Etienne !

Merci Etienne !

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 17:58
La Compagnie Créole - Photo : Ray Flex

La Compagnie Créole - Photo : Ray Flex

Le programme de ce samedi est on ne peut plus chargé. Pas moins de 18 concerts prévus (certains doublons permettant comme d'habitude de rattraper un concert raté sur la scène Kermarrec ou sous le chapiteau) et une programmation toujours aussi diversifiée. Pas que sur scène d'ailleurs : cette journée est aussi l'occasion de vérifier le rapport spécial que le festival du Bout du Monde entretient avec ce public melting-pot.

Toto La Momposina - Photo : Ray Flex

Toto La Momposina - Photo : Ray Flex

L’après midi s’ouvre sur une plaine gorgée de soleil et de visages radieux et sur la prestation haute en couleurs de toute la troupe de Toto La Momposina. La programmation de la grande chanteuse colombienne souligne aussi le savoir faire de l’équipe de Quai Ouest pour donner lieu à des concerts précieux, ce ne sont pas les larmes d’une chère amie originaire de Bogota, exilée en terre bretonne depuis quelques années, qui soutiendront le contraire ! Des émotions et des croisements de genre, comme le festival sait en offrir, soulignés par son président, Jacques Guérin. Il apparaît ce samedi sur scène pour saluer la chanteuse, qui fête aujourd’hui à Crozon, ses 75 étés !

 

Autre exemple à 15h40 sur la Grande Scène avec Eric Burdon et la mythique formation des Animals. On remarque aux premiers rangs un brassage de fans aguerris et de curieux néophytes, ceux qui connaissent l'oeuvre du britannique sur le bout des doigts et ceux qui n'attendent que The House of the Rising Sun. Quoi qu'il en soit, sur une proposition sans surprise mais solide et carrée, Burdon remporte l'adhésion collective, réussissant à fédérer vieux briscards et jeunes convertis, heureux par exemple de reconnaitre le traditionnel My Girl popularisé par Nirvana. Encore une fois, le festival honore sa qualité d'établir des passerelles de partage entre générations et goûts musicaux.

 

Surprise du samedi, La venue de la Compagnie Créole fait le buzz, et est de toutes les discussions festivalières. Fallait-il inviter un groupe souvent associé aux saouleries de tonton Bernard au camping des berniques ? L'évènement  fait débat, certains reprochant au Bout du Monde de verser dans le populisme démago, d'autres se félicitant de ce choix (très) éclectique réclamé par une partie du public depuis des années. Les premiers échos du show case donné pour une centaine d'happy fews sur un bateau l'après-midi sont plutôt bons. Le mini best-of  passe comme une fraise dans la gueule d'un lion. Le soleil, l'ambiance estivale, contribuent sans doute à normaliser l'évènement, dans un festival réputé ouvert, coloré et bon enfant. On imagine mal en effet la Compagnie Créole à la Route du Rock. Mais qu'en sera-t-il le soir même sur la Grande Scène ?

 

 

La Compagnie Créole - Photo : Ray Flex

La Compagnie Créole - Photo : Ray Flex

C'est à 21h40 que se font entendre les premiers accords du Douanier Rousseau, et ce qui se passe ensuite s'apparente à une parenthèse délirante et littéralement carnavalesque. A moins d'avoir le système nerveux d'un caillou, difficile de ne pas se laisser tenter par quelques pas de danse. Et nous parlons ici des plus exigeants : la plupart du public lâche prise et profite du concert comme exutoire. Ce qui se passe devant nos yeux est assez surréaliste. Dans une prairie bondée, on repère ici des gueulards éméchés, là des campeurs déguisés en perruche se trémoussant sur Le Bal Masqué. On ne s'étonnerait pas de voir surgir des kangourous à chapeau ou un zizi sauteur géant. De partout naissent des chenilles éphémères entonnant le té ka té ka tan ohé ohé et alors que le soleil se couche lentement, des gesticulations qui feraient passer la zumba pour du tango argentin maintiennent la chaleur sur le site.

 

 

Premier constat, il faut bien l'admettre, le festival a donc gagné son pari en programmant une musique jugée souvent honteuse ou beauf, comptant sur l'effet générationnel qui associe souvent La Compagnie Créole à un doudou nostalgique (ou un pincement de fesses par tata Monique). Deuxième constat, peut-être plus triste, le degré parfois démentiel de lâchage constaté pendant cette heure et demie semble un bon indicateur de la morosité et de la pression ressenties par beaucoup le reste de l'année. La Compagnie Créole agit alors comme un défouloir où la qualité réelle de la prestation est finalement anecdotique, palliée par notre mémoire musicale de mille et une soirées arrosées. Car si on tendait bien l'oreille ce soir là, le set était bancal, en dent de scie, les nouveaux morceaux proposés venant artificiellement gonfler un concert dont le public n'attendait que les cinq ou six tubes. Quand résonnent les dernières notes de Ba Moin En Ti Bo, tout le monde semble un peu sonné, étourdi, pas certain de pouvoir enchainer directement avec l'exigence d'une Lisa Simone ou d'un Charlélie Couture.

 

Lisa Simone - Photo : Ray Flex

Lisa Simone - Photo : Ray Flex

Il est 23h et il nous faut être stratégiques. Passer rapidement par le stand de Pates bio, caler de sucres lents nos estomacs sollicités afin de reprendre un peu d’énergie pour cette soirée marathon. Depuis le chapiteau de Seb, s’élèvent la voix et la présence lumineuse de Lisa Simone, qui nous rassure totalement quant à sa capacité à développer sa carrière pleine de personnalité, sans pâtir d’un pedigree contraignant. Au contraire. La « fille de », quinquagénaire chapeautée et fraichement promue chanteuse, va marquer sincèrement les spectateurs avec un concert conjuguant classe et incarnation, éléments indispensables d’une musique invoquant les figures soul, blues et folk américaine. Sans aucun doute, l’aura de son illustre maman veille, la guide et lui insuffle la force de séduire un public prêt à se lover dans l’écoute attentive d’un répertoire encore modeste mais déjà éclatant  All Is Well !

 

 
Sans souffler, c’est au cœur de la grande prairie de Landaoudec, plongée dans une lumière bleutée et un tempo au ralenti qu’un personnage aux antipodes nous convie à retrouver instinct et vision nocturnes : CharlElie. Crépusculaire parfois – à tel point que la transition sera jugée trop rude pour certains, qui, il y a 2 heures, hennissaient, ivres de joie au son de C’est bon pour le moral - intense souvent, Couture ouvre les portes de son cabaret. Des personnages pittoresques y oscillent entre ténèbres et brumes et boivent pour Oublier. Il déroule sans fard son répertoire de Poèmes rock  (L’histoire du loup dans la bergerie), montre les sutures d’une œuvre habitée (Quand les nuits sont trop longues, Bande Originale du film Tchao Pantin, jouée et interprétée au plus près de l’os). Sa voix haute est portée par un clavier et une boite à rythme, quand de fulgurantes réminiscences des années 80 portent les soli de son guitariste. Une proposition couillue. Peut-être dépareillée mais convaincante, elle remet de la pondération dans nos cerveaux embrumés.

Vaudou Game - Photo : Ouest France

Vaudou Game - Photo : Ouest France

La suite exige en effet que nous retrouvions nos têtes et nos jambes pour le concert des nouvelles coqueluches de l’afro-funk, les bondissants Vaudou Game. On doit au groupe du charismatique leader Peter Solo, l’un des gimmicks du weekend, tant on a observé la contagion de bouche en bouche du refrain de leur tube J’Suis pas contente. Quasiment tous les titres d’Apiafo, l’album qui les a révélés cette année, sont joués, totalement en place, comme les chorégraphies en tutti des musiciens bourrés d’une belle énergie. Une précision, qui édulcore étrangement le propos, et fait presque passer cette musique pour plus légère qu’elle ne l’est en réalité. Les compositions de Vaudou Game empruntent pourtant aux rituels vaudous du Togo et du Bénin. Mais pas certain que les festivaliers du Bout du monde s’en soient rendu compte. Dommage.
 

Quand viennent pour terminer cette folle journée les concerts de Cheik-Lô et Fakear, difficile d'imaginer qu'il y a encore trois heures se tenait une kermesse créole dans la prairie. Et impossible d'envisager que les festivaliers présents soient les mêmes que ceux qui se dandinaient en tutu sur de la biguine de supermarché. Si certains visages semblent las, d'autres yeux trop vitreux, nombreux sont les amateurs encore prêts à dépenser ce qui leur reste d'énergie devant des cuivres ou des samples. Le chanteur burkinabé ne les déçoit pas, en enchainant une série de morceaux formatés pour les hanches et une fin de nuit bouillonnante. Entouré de musiciens percutants et galvanisé par un son impeccable d'équilibre, Cheik-Lô remplit haut la main sa mission d'agitateur nocturne avec un mélange irrésistible de reggae et de m’balax. D'un mélange l'autre : la fusion plus planante et tempérée de Fakear en clôture de ce samedi constitue une parfaite façon d'atterrir en douceur. Certes la formule n'est pas nouvelle (on pense entre autres à Apparat ou à Bonobo et Wax Tailor de l'écurie Ninja Tune) mais l'électro soul du caennais, aux accents transe et arabisants met tout le monde d'accord en proposant un set puissant, envoutant et maitrisé.

Métissage, échanges et rencontres : le Bout du Monde prouve une fois de plus avec cette journée qu'il a son identité propre dans un paysage festivalier souvent trop uniforme et formaté. D'aucuns diront que le grand écart entrepris ce samedi se fait au risque de brouiller les lignes et de perdre les fans de la première heure. Nous sommes persuadés qu'au contraire, c'est dans ce bouillon de culture qu'il tirera son épingle du jeu. Et le riche programme du dimanche confirme ce sentiment.

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 14:11
Le Bout du Monde 2015 # 3

 

Pour cette étape importante du tour de l'été, Euphonies pose ses bagages et sa caravane sur un petit coin de paradis, la presqu'île de Crozon, pour la 16ème édition du Bout du Monde. Repérage du site, derniers réglages, avant de se lancer le nez dans le guidon pour trois jours de musique, d'ambiance festive et de... bonnes sensations. 

On s'échauffe avec les locaux de l'étape, Krismenn et Alem, la relève du kan ha diskan, qui accueille scène Kermarrec une première vague de festivaliers ravie de démarrer ce vendredi sous un soleil aussi revigorant que la prestation du tandem. Puis, c'est sur la Grande Scène que le set d'ASA s'étire en douceur face aux derniers rayons chauds. La nigeriane a pour meilleur argument une belle énergie relayée par une musique pop-soul aux refrains personnels mais entêtants, qui colle délicieusement  à l'ambiance de cette fin d'après-midi. Belle entrée en matière, le ton est donné : convivialité et chaleur sont encore une fois au rendez-vous.

 

 

 

Asaf Avidan - Photo : Vincent Mouchet

Asaf Avidan - Photo : Vincent Mouchet

 

Petit retour au stand pour éviter une fringale et on rejoint le peloton des festivaliers venu en masse accueillir la première tête d'affiche du boudum : Asaf Avidan. Déjà présent à Crozon en 2012, l'israélien avait conquis le public avec deux sets généreux. Et c'est en terrain conquis et au soleil couchant que le chanteur déboule dans la prairie de Landaoudec pour présenter un concert E.P.O : Energie, Puissance, mais aussi Outrance. Tous les tubes (Different Pulses, Love It or Leave It...) sont présents. Si on peut saluer la performance, on peut aussi reprocher à l'artiste de ne pas être plus subtil et progressif. Voltige vocale en cols de quatrième catégorie, on frôle parfois l'overdose de démonstration et des descentes pas toujours bien négociées (un milieu de concert qui mouline un peu) mais heureusement le chanteur en garde sous la pédale pour une échappée belle dans les derniers titres : le fédérateur One Day, attendu, transforme la prairie en une immense chorale enjouée et rattrape les quelques approximations du set. Convaincus mais pas exaltés, on se réhydrate (il assoiffe Avidan) avant de rejoindre un autre leader, Arthur H.

Arthur H - photo : Le Télégramme

Arthur H - photo : Le Télégramme

Il est toujours touchant de voir un artiste, fut-il rodé (dans ce cas précis, rappelons qu’ Higelin fils à une bonne vingtaine d’années d’expérience dans les sacoches), s’atteler à la tâche de chauffer un public dense, embrumé par les premières vapeurs de Coreff, venu en découdre avec cette furieuse envie de fêter le début de la nuit et du weekend. L’astronaute enfile le costume de lumière en prenant les rênes de la Scène Landaoudec à 23H pile. Quand l’on connaît la bonne nature du public du Bout du monde, le risque de pédaler carré est limité. Ajouter à cela qu’il s’agit de la dernière date de la tournée d’Arthur H et de son backing band, que le bonhomme avait décidé de mettre le public breton dans sa musette, à grand renfort  de clins d’œil touristiques et de compliments régionalistes, les ingrédients qui permettent d’emporter la foule dans un délire lumineux sont réunis. Car oui, c’est sous le puissant spectre de la pleine lune « la lune bleue, la plus grande de l’année », astre hautement présent dans sa poésie, que se produit le barde Higelin. Qu'il s'agisse de La Lune, ancien titre de son riche répertoire, ou des aventures du héros d’un western moderne qui, « sous la lune, dompte un pur sang noir » dans une nouvelle version du tube Est-ce que tu aimes ? , l’humour est toujours là. Et qu’Arthur propose des divagations surréalistes sur La Caissière du Super, fasse irruption dans un caddie rehaussé de guirlandes lumineuses, danse dans un costume clignotant, salue « les bénévoles du festival, qui ne sauvent peut être pas le monde mais lui font certainement beaucoup de bien » le public, tous âges confondus, se laisse embarquer. Les morceaux sont réorchestrés autour d’une basse puissante et de riffs de guitares funk bien que minimalistes. Les jeune dansent, follement radieux, les trentenaires chantent par cœur les chansons du dernier album Soleil dedans et les plus âgés et fidèles du festival concèdent « oh… que c’était bien ! Presque mieux que le père il y a deux ans ! ». On appelle ça une victoire évidente : maillot jaune de la soirée.   

 

Les neuf impressionnants musiciens de la team Jungle by Night ont pour eux la fougue, l’énergie de leurs vingt ans de moyenne d’âge. Il nous fallait voir de nos yeux, valider de nos oreilles devenue délicates le fait que ces blondinets hollandais adoubés par Tony Allen en personne méritaient la lumière ; car, non, la jeunesse ne fait pas tout ! Et pour séduire le public du chapiteau de Seb avec une musique instrumentale aux mélanges complexes et riches, empruntant les pentes de  l’afro-beat, les cimes du funk et du jazz éthiopien (dont le parrain se produira au festival dimanche) sans tomber dans la cacophonie racoleuse, il faut  en avoir dans les guiboles ! Mais à quoi ils se dopent à Amsterdam ? Parce qu’à 20h et plus encore à minuit, pour un deuxième set réellement habité, le combo mouille le maillot, harangue la foule et fait mouche ! Le public chaloupe, ondule, bondit même tellement haut qu’on aimerait que le set se poursuive toute la nuit, sans limite de temps. La nuit et plus encore leur appartient. On ne laissera pas nous échapper les meilleurs grimpeurs de la soirée : maillot à pois indiscutable.

 

Il est l'heure pour nous de franchir la ligne d'arrivée car l'étape du samedi se révèle encore plus dense (Ester Rada, Vaudou Game, Cheik Lo, Fakear...) et un invité surprise fraichement dévoilé qui risque de solliciter fortement nos glabres mollets : rien d'autre que La Compagnie Créole ! Ça promet un début de soirée... en danseuse.


 

 

 

 

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Published by Johann et Anne
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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 18:02
Le Bout du Monde 2015 # 2

Non, le festival du Bout du Monde n’est pas (que)  le point de ralliement de tous les dreadlockés bretons le splif roulé en position yogi. Et oui, il est possible d’y aller sans sarouel, diabolo ou badge Attac planté dans l’Eastpak. A Crozon, tout style a droit de cité, tout âge le bienvenu. Bon bien sûr, si vous voulez passer un bon festival, évitez le look mocassins veston (certains hipsters de la Route du Rock en sont morts l’année dernière) et privilégiez une allure décontractée. Nous sommes en Bretagne hein, donc pas de folies. Bottes et crème solaire obligatoire (parfois les deux en même temps). Meilleur moyen de profiter d’Asaf Avidan, qui défendra Different Pulses et Gold Shadows le vendredi soir.

Oui le festival du Bout du Monde se déroule dans le Finistère. Bout du monde, fin de terre, ça peut faire un peu peur. Surtout si vous n’êtes pas breton. Il pourrait vous passer par la tête des idées sectaires, communautaires, régionalistes. Croire qu’ici point de salut sans Gwen ha Du, point de rappel sans Triskel. Que le service de sécurité émane du FLB, qu’on n’emprunte que des ribines VIP et qu’ici on ne mange que sardines, Kig ha Farz et Kouign amann. Raté.  Le festival est justement ouvert sur le monde du bout de sa presqu’île. Cuisine internationale, musique cosmopolite. Laissons tomber la galette saucisse, le site propose de découvrir des saveurs inhabituelles en écoutant Cheik-Lo le samedi soir.

 

Enfin non, le festival du Bout du Monde ce n’est pas musicalement (que) les rayons mal rangés de la Fnac. Certes les amoureux de World (étrange catégorie entre nous soit dit), de Reggae, ou de traditionnel trouveront leur bonheur pendant ces trois jours ( Bongo Botrako, The Celtic Social Club, Krismenn & Alem et son beat-box Breizhou ( !?)) mais les amoureux de soul, d’électro, de pop et de chanson ne seront pas laissés pour compte : John Butler Trio, Electro Deluxe Big Band, ou Charlélie Couture sont trois exemples parmi d’autres de la richesse de la programmation du festival. Donc oui. Mais non.

 

Bon bout du Monde !

Petit lexique à usage du lecteur curieux des curiosités bretonnes (et surtout finistériennes).

 

- FLB (n.m) : Front de Libération de la Bretagne. Mouvement archaïque qui pensait que la Bretagne pouvait survivre en ne consommant que des crêpes et du Chouchen.

 

- Gwen ha Du (n.m) : drapeau identitaire de la Bretagne. Très utile pour décorer en sticker l’arrière d’une voiture ou d’un van. Partage avec le drapeau algérien la particularité d’être présent dans tout événement médiatisé. Même sans breton ni algérien.

 

-Kig Ha Farz (n.m) : Plat du pauvre breton (pays du Léon / nord Finistère) qui mélange viandes oignons beurre et carottes. Meilleure formule pour sentir péter vos artères et candidater à un AVC. 

 

-Kouign Amann (n.m) : Excellent dessert breton à base de beurre mélangé avec du beurre. Bon complément au Kig Ha Farz en cas de suicide alimentaire. Prévoir bouillon de légumes le lendemain.

 

-Ribin(e) (n.m ?) Chemin que l’on emprunte quand on est saoul. Ou pressé. Voire les deux. En français on dit raccourcis.

 

-Sarouel  (n.m) : pantalon large et esthétiquement consternant qui a cependant l’avantage de laisser vivre vos parties génitales en bonne intelligence avec le crachin breton.

 

Triskel (n.m) : Fleuron symbolique de l’art celte, le Triskel remplacera très bien le Gwen ha Du à l’arrière d’une voiture ou en pin’s sur une veste en jeans. Si vous en croisez au Bout du Monde, pas de panique. Les propriétaires peuvent être charmants.

 

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Published by Johann
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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 09:54
Le Bout du Monde 2015 # 1

Le Festival du Bout du Monde à Crozon c’est une pépite devenue grande, une sorte d’ambassadeur culturel de la Bretagne, terre de festivals comme chacun sait, mais un ambassadeur à taille humaine. La fréquentation demeure de 60 000 personnes le temps d’un V-S-D haut en couleurs. Imaginez-vous l’exploit dont beaucoup aimeraient se targuer : afficher complet deux mois avant l’ouverture ! Cette exception est pourtant systématique depuis 2006, année où la jauge quotidienne de festivaliers a été limitée à 20 000 personnes, pour respecter  les conditions d’accueil et les valeurs écologiques défendues par les organisateurs. Et chez Euphonies, c'est peut-être parce qu'on veillit, mais les conditions d'accueil, on y tient.
 

Le festival cultive une double identité. D'abord, il est un événement local, défendu par les acteurs du  territoire – comment ne pas signaler la situation idyllique du site, au bout de cette presqu’île de rêve, face à l’océan –, l’un de « nos » festivals dont la renommée dépasse évidemment la région. Il possède aussi un axe artistique marqué. En mettant l’accent sur les musiques du monde et sur la chanson, il fait faire un tour du globe à son public, que l’on pourrait qualifier de familial tant l’éventail se veut large, incluant petits et grands et cultivant la fidélisation dans ce sens. En un mot comme en cent, le boudum c’est LE festival convivial.
 

« Ah t’es au boudum c’t’année ? Moi aussi : on se verra alors ! » Oui, à Crozon, laisse ton téléphone. Il suffit de passer 1h sur la prairie pour tomber nez-à-nez avec Christophe, à la même place qu’il y a 5 ans, le teeshirt un peu moins coloré, l’air un peu plus fatigué. Ca ne nous rajeunit pas. Christophe cette année amènera peut-être ses enfants, et c’est encore avec lui que l’on se fabriquera des souvenirs en assistant à des concerts magiques. On vous prémache le programme :

 

 

Mulatu Astatke. Cette année c’est le père de l’ethio-jazz qui endosse le rôle du "concert de légende". Le percussionniste, vibraphoniste, producteur et arrangeur de la mythique série d’albums Les Ethiopiques qui a permis la reconnaissance du jazz d’Afrique de l’est au début des années 1970. Il se produira le dimanche 2 août pour deux sets que l’on ne manquera pas !

Jonasz Quartet. Les organisateurs du Boudum, Quai Ouest, maintiennent cette tradition que l’on aime chez Euphonies. Le weekend est l'occasion de voir sur la grande scène un grand nom de la chanson française. Chedid et Higelin (pères), Le Forestier, Lavilliers, Bashung figurent parmi les grands paroliers passés ici. Cette année, c’est un Mister Swing capable d’écrire les plus grandes déclarations qu'il déclame avec cette voix trainante et ce phrasé unique : Jonasz. Accompagné d’un quartet qui comprend son complice Jean-Yves D’Angelo avec qui il a composé ses plus grands tubes. Souvenirs à venir ! (Michel, j'suis une super nana, si tu ne joues pas « Joueur de blues », j'aurais le blues jusqu’à la prochaine édition...).

Arthur H. On adore. Funambule des mots, sorcier solaire, poète pianiste aux harmonies romantiques et à la voix de conteur, sensuelle, reconnaissable entre mille, il regarde de plus en plus simplement vers la lumière. 20 ans de carrière lui ont donné la souplesse qui lui permet aujourd’hui d’opérer ce grand écart entre l’esprit cabaret rêveur de ces débuts aux plus grandes scènes actuelles qu’il foule aujourd’hui sans honte. Cette évolution a parfois emprunté quelques voies glissantes ou improbables, mais il nous tarde de le voir réaliser à Crozon ce qu’il sait faire de mieux : insuffler à tout un public sa folie douce, son humour et son amour du groove.

Ester rada. Vue et hautement approuvée par Euphonies lors de son passage à Art Rock en mai dernier ! Cette nouvelle égérie soul, ne se prend pas pour une diva. On aurait pu craindre un formatage à l’écoute de ses productions hyper polies, nenni ! L’israélo-éthiopienne aime la scène en grand, tout simplement, et lui donne toutes ses lettres de noblesse funk. Elle est, en plus, belle comme un cœur. Ne boudons pas notre plaisir, ce samedi 1er aout !    

Fakear
L’une des trois stars - allez, ne soyons pas trop chauvins, disons coqueluches - de la scène électro-trip-hop française de ces dernières années aux côtés de Thylacine (qui a tout récemment envouté les Vieilles charrues) et Gabriel Legeleux, alias Superpoze, son acolyte caennais (on vous en parlait en mai dernier) va prendre les commandes de la Grande Scène, samedi un peu avant 2hoo du matin. Nouvel ambassadeur d’une French Touch, qu’il veuille l’avouer ou non, Fakear, on vous le dit d’emblée, va créer l’événement à Crozon. D’autant qu’il ne va pas se contenter de jouer des platines et  sera accompagné de musiciens.

Orange Blossom L’un des groupes les plus emblématiques de l’esprit du Bout du monde. Il nous tarde de voir sur scène les auteurs du culte « Everything Must Change » sorti il y a 10 ans. Depuis, l'arrivée de la chanteuse égyptienne Hend Ahmed a donné naissance à un nouveau répertoire et album « Under The Shade Of Violets », mais n’a pas perturbé l’équilibre original et souvent troublant de leur musique qui allie violon et électro aux musiques traditionnelles et chants d'Afrique du Nord.


Rendez-vous à Crozon des le 31 juillet !

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 16:30
Nils Frahm - Trianon, Paris, mai 2015

Nils Frahm - Trianon, Paris, mai 2015

De battre notre cœur ne peut s’arrêter. Ce doit être l’une des raisons qui explique notre besoin de musique répétitive appelée aussi - et c’est paradoxal - musique minimaliste.

 
Il est question ici du courant représenté par les compositeurs américains du XXe siècle, Terry Riley, Philip Glass, Steve Reich, La Monte Young ou John Cage, influencés par les européens tels Stockhausen ou Satie. Une musique aux effets bienfaisants ? Oui, si l’on s’en tient à la théorie - qui ne regarde que nous, c’est notre droit sur cet espace d’expression libre…- qui voit cette musique comme capable de « redresser » notre rapport au son. Un rapport parfois déviant, non aligné, parce que trop sollicité, à droite, à gauche, au gré des tendances et des bruits de fonds (commerciaux).

Il y a dans l’intention de la musique répétitive, dans son écriture - car nous parlons ici de musique écrite et composée pour être répétée, non de musique improvisée ni d’électro où les sons en boucles sont reproduits avec des procédés électroniques - la rencontre du terrien et du spirituel, en d’autres termes, deux forces qui gouvernent en permanence les cerveaux des animaux modernes et des mélomanes connectés que nous sommes.


La première est ancrée dans la transe primaire, présente dans nombre de musiques traditionnelles, même lorsqu’elles ne sont pas faites pour danser. La seconde est ascendante, une élévation créée par l’accumulation de sons répétés, qui lui donne une dimension méditative. Ces compositions basées sur de courtes phrases mélodiques et rythmiques ont sur le cerveau le même effet qu’un mantra. Le rythme place l’auditeur dans une écoute active et le rapproche du musicien qui la joue. Faites le test. Vos sens et votre imagination pourront vous surprendre.

 

A l’heure où le « formatage radio », ne touche plus seulement les antennes privées, déconnectez, sortez, cassez les habitudes. Accordez-vous une grande respiration, en cette période estivale. Ce ne sont pas les possibilités qui manquent. Pour preuve, en ce mois de juillet 2015, lors du festival Jazz à Luz l’Ensemble FM (une quinzaine de musiciens de la scène jazz française actuelle, réunis par la pianiste Christine Wodrascka) donnait une interprétation époustouflante de maîtrise de la pièce « In-C » de Terry Riley.

En laissant une part importante de notre cerveau libre de ne pas calculer l'arrivée du prochain battement, cette musique donne toute la place à l’imaginaire et à la création. Il n’est donc pas étonnant que les maîtres compositeurs minimalistes aient été sollicités au cinéma. On doit par exemple à Philip Glass deux chefs d’œuvre du genre : Koyaanisqatsi, musique du documentaire prophétique et écologique de Godfrey Reggio produit par Coppola en 1982 ; et The Hours, sublime B.O. du non moins exceptionnel film de Stephen Daldry, sorti 20 ans plus tard.

Millésimées mais hors d’âge, ces musiques relativisent notre rapport au temps. Elles se perpétuent et, heureusement, inspirent et font des émules. Récemment à Paris, dans un Trianon plein comme un œuf, nous avons vu l’éclosion de la relève. Un jeune berlinois, déjà présenté sur euphonies, haut représentant de ces musiques stimulantes. Un chercheur passionné, qui ne conçoit pas sa carrière comme une ascension vers des scènes prestigieuses ou vers une reconnaissance médiatique - aussi chancelante que la politique actuelle de notre vieux continent européen. Nils Frahm.

 

Le pianiste n’a d’autre prétention que de faire progresser des compositions « toujours ouvertes vers de nouvelles possibilités » qu’il nomme lui-même « accidents heureux et coïncidences » (notes de pochettes de l’album Felt). L’auteur du sublime album The Bells, enregistré en 2009 dans l’église de Grünewald en Allemagne, « trouve passionnant de jouer en réponse à un lieu : comprendre son acoustique et (s)’y adapter » et écume les scènes du monde, se produisant à la fois dans des festivals de musique contemporaine, de jazz ou de rock. Ses performances sont des promesses de beauté voire d’extase pour un public de plus en plus large. Et chez Euphonies, on adore celui qui allie, dans des compositions intemporelles, minimalisme et répétitions. Celui qui trouve ce "nous-ne-savons-quoi" de stimulant et fédérateur. Ce "nous-ne-savons-quoi" qui fait pousser des cris de joie, sortir d’eux mêmes certains spectateurs emportés par les vagues successives de mélodies, rythmes et harmonies, là où d’autres ferment les yeux, se laissent au contraire aspirés dans leurs mondes intérieurs. Ce sont de telles scènes auxquelles il est possible d’assister lors d'un concert de Nils Frahm.


Oui, de telles musiques rendent l’écoute active ; laissent les champs des possibles ouverts ; redressent sans créer de hiérarchie entre les sons, les genres ; entre musiciens et public, entre public et public. Portées par une insoutenable légèreté, elles nous mettent face à l’inéluctable, sans peur et sans prétention. Elles nous invitent à regarder en face la beauté d’être… en vie.

 

Anne.

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