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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 13:20
You ain't the first

Appetite for destruction vient de fêter son 30ème anniversaire. Inutile de préciser que l’événement est relayé par une bonne partie des médias, et réveille de nouveaux les pro et anti GN’R tant c’est un album qui a divisé et divise encore aujourd’hui l’opinion, et cela va au delà de la musique : c’est aussi une division esthétique, morale, voire politique.

L’album est sorti en 1987 et tous les quadragénaires de ma génération un tantinet portés sur le (hard) rock ont eu l’occasion d’écouter cet album. Si aujourd’hui la sincérité n’est pas la chose la mieux partagée sur « les internets », on peut admettre qu’Appetite for Destruction est un premier essai impressionnant d’équilibre, de cohérence, sans longueur ni fioritures.  Cela n’en fait pas un chef d’oeuvre pour autant me diraient certains. Et ils auraient raison : PNL pourrait sortir un album équilibré bourré de « tubes » cohérents que ce ne serait pas une raison de crier au génie. Non vraiment pas. Ainsi, il y a les allergiques aux Guns, qui ne supportent pas la voix d’Axl Rose, les soli de Slash ou la basse ronflante de Duff mc Kagan. C’est épidermique, voilà tout. Tous les goûts sont dans la nature etc… On pourrait s’arrêter là.

Mais là ou de nombreuses oeuvres laissent au mieux indifférent, Appetite fait partie de ces albums qui provoquent la détestation ou l’admiration pour des raisons autres que simplement musicales. Même chez les métalleux. Rapide retour en arrière : en 1987, si on est amateur de rock, on a le choix entre les monstres sacrés (des Stones à Pink Floyd en passant par Led Zeppelin ou Hendrix pour la faire très courte), une nouvelle génération plus polissée (le rock fm des Dire Straits, U2, ou Queen de ces années là) ou encore des franges plus spécialisées, plus radicales (Stooges, Sex pistols, Toy Dolls, Trust etc…) Le choix n’est évidemment pas clivant et on peut se balader entre toutes ces catégories. Et en rajouter une nouvelle, celle des « hardos », terme employé péjorativement au collège pour désigner ces énergumènes aux cheveux longs, aux pantalons moulants et aux t-shirt noirs floqués. A la fin des 80’s, c’est sur le dos d’une veste en jeans sans manche qu’on peut lire les noms de Deep Purple, Judas Priest, ou Aerosmith. On se peint les ongles en noir (oui noir, toujours noir) et on s’échange des cassettes repiquées d’Iron Maiden ou de Kiss. De loin, on imagine une communauté fédérée, une religion vénérée sur l’autel de la Kronembourg. Il n’en est rien : au même titre qu’un brestois peut considérer qu’un rennais n’est pas breton, il y a comme partout des guerres de chapelles entre ceux qui ne jurent que par l’abrupt Motorhead, le bluesy AC/DC ou le cinglant Slayer. Le patch sur la manche devient un étendard où ne mélange pas toujours les torchons trash et les serviettes hard-rock. A l’image de cette opposition, les Guns’n Roses et Metallica. Si on peut bien sûr aimer les deux, l’être humain a souvent cette manie du duel : On est Beatles ou Stones, Blur ou Oasis, souvent pour des dichotomies caricaturales : mélodie vs rythmique, mainstream vs indie, compromission vs radicalité. Et si l’on compare Master of Puppets de Metallica à Appetite for Destruction, sortis à une année d’intervalle, il semble y avoir cette même différence inconciliable.

 

Appetite for Destruction est en cela un album charnière, dernier représentant phare d’un hard rock  qui sera bientôt jugé ringard, ultime secousse dans un courant en ligne droite des Stones, de Led Zep et d’Aerosmith et qui repose encore sur un son, une attitude sexuellement « rock’n roll ». Si bien plus tard Metallica cédera aux sirènes de la ballade, Master of Puppets est à l’époque un condensé de brutalité implacable, chirurgicalement entrainé par une sèche double pédale et où les confessions libidineuses ont peu voix au chapitre. On est loin des Rocket Queen ou My Michelle d’Appetite. Même les attitudes, les parti-pris sur scène sont aux antipodes :  les Guns’n Roses jouent la carte du travestissement, des poses lascives, de l’ambiguïté, là où Metallica amorce de plus en plus une esthétique épurée, martiale, qui ne cabotine pas. Il y a une sorte de paradoxe dans la proposition des Guns’n Roses qui tiendrait moins la route aujourd’hui, entre posture misogyne et des emprunts à l’esthétique Queer, entre sauvagerie et douceur, romantisme et cynisme crasse. Source de moquerie donc pour les puristes de la saturation martelée.

Cette tension, on la retrouve à tous les niveaux d’Appetite for Destruction. D’abord la voix d’Axl Rose, geignarde pour certains, mais capable de passer de l’aigu à la voix caverneuse. Les registres aussi, du belliqueux Welcome to the Jungle à l’épique Paradise City ou l’angélique Sweet Child of Mine. Les envolées enfin de Slash, capables de lyrisme comme de rugosité.  L’album est une formidable synthèse d’une génération qui voulait vivre vite et mourir jeune.

 

Cette tension, on la retrouvera de moins en moins au fil des années. Puisqu’ils ne sont finalement pas morts jeunes, les Guns’n Roses s’embarqueront dans des tournées fastueuses, un double album mégalomane, signe de grande compromission pour beaucoup mais aussi façon de rentrer de plus en plus dans le moule d’un hard rock en sursis, parfois en s’auto caricaturant, en survivant sur les braises d’un premier brûlot. En l’espace de quatre ans, ils passeront du statut de jeunes rebelles prêt à en découdre à celui de millionnaires boursouflés par les excès et l’ego. Pas étonnant que la sortie d’Use your Illusion I & II soit concurrente de celle de Nevermind de Nirvana ou un an plus tard de Rage Against the Machine. Les attentes et mentalités changent vite et le sentiment d’urgence ressenti dans les propositions de Kurt Cobain ou Zack de la Rocha renvoient les Guns au panthéon poussiéreux du rock. Là, plus de soli interminables ou de postures fantasques : juste l’évocation à vif d’un mal être ou l’engagement pour des causes mondialisées. Deux visions différentes, mais un point commun :  le refus de la starification et des grands barnums. RATM et Nirvana font faire oublier qu’Appetite for Destruction était aussi une confession de détresse et d’inquiétude de son époque, à sa manière. En adoptant un son nouveau, plus garage, plus dépouillé, ils enterreront pour un temps l’extravagance assumée des Guns’n Roses par une sécheresse habitée et concernée, sans colifichets, tambours ou trompettes.

 Appetite for Destruction fête ses trente ans et entraine une reformation des Guns’n roses pour une tournée mondiale. Nevermind a fêté en 2011 ses vingt ans mais Kurt Cobain est mort. Is this It des Strokes et Elephant des Whites Stripes leurs dix ans en 2001 et 2003. Autant d’albums symboliques qui ont imprimé une certaine idée du rock. En 2017, c’est aussi Ok Computer de Radiohead qui célèbre ses vingt ans. Autant d’occasions de se laisser aller à la nostalgie et de circuler entre toutes ces pierres angulaires. Joyeux anniversaire.

 

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 12:11

Perfume Genius - No Shape

In bloom

Le projet Perfume Genius fait partie des entreprises musicales qui ont balisé, encouragé, enthousiasmé ces cinq ans d’écriture critique chez Euphonies. Sur le grand spectre de nos écoutes, de la pop très formatée aux expérimentations audacieuses, le curseur a toujours été fixé sur la volonté d’ouvrir et d’offrir au plus grand nombre une alternative. Défendre certains représentants du mainstream malmenés et en même temps, accompagner les oreilles sur des propositions plus confidentielles, audacieuses, séduisantes. Dès l’album Learning en 2010, Perfume Genius, projet du bouleversant et bouleversé Mike Andreas, nous rappelle combien il est important de partager la musique de ces exclus des grandes ondes, de ces invisibles déclassés, faute de temps ou de clés pour y accéder.

No Shape, (informe, ou par extension inclassable, qui ne se range dans aucune case) est l’expression parfaite pour désigner le quatrième opus de Perfume Genius. L’auteur livre ici une confession dense, sinueuse, parfois exubérante, parfois intimiste, parfois expérimentale, toujours sincère, que ce soit dans l’extravagance ou la sécheresse bricolée. Treize morceaux, treize vérités sur sa fragilité, son homosexualité, mais aussi sa magie sonore. On pense à Sufjian Stevens, à Antony Hegarty, à tous ces artistes qui nous rappellent que si le son est méthodiquement théorisé, il nous échappe toujours la raison d’une émotion auditive, et que le tremblement n’est pas soluble dans la science des tourneurs de page.

Il suffira d’écouter le premier titre, Otherside, pour s’en assurer. Piano, voix toujours fébrile mais plus affirmée, coupures de rythme, voyages sur des territoires inconnus sans perdre sa carte d’identité, Mike Andreas signe sans doute l’un des plus grands albums de 2017.

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 12:49
Something Good

Good - Rodolphe Burger

 

 

Avez-vous envie de rédiger une chronique musicale ? Voici un modeste vade-mecum qui vous permettra vous aussi de réaliser la critique de vos rêves.

D’abord choisir un album. Oui ça parait une évidence mais c’est une étape délicate. Lequel choisir dans la pléthore de sorties quotidiennes ? Partons du principe que nous choisirons une oeuvre de qualité. Si c’est pour cracher son venin sur une ambulance, on ne voit pas trop bien l’intérêt. Donc pour la démonstration d’aujourd’hui, nous choisirons le dernier album de Rodolphe Burger : Good.

Ecouter jusqu’au bout. Plusieurs fois s’il le faut. Attention ce n’est pas une obligation. On peut très bien se contenter de lire les titres et d’improviser. Voire de refourguer une précédente chronique du même artiste en changeant le nom des morceaux. Ca marche très bien pour AC/DC ou Christophe Maé. C’est plus risqué pour Rodolphe Burger. Donc écoutons-le. Sur You Tube, Spotify ou Deezer. Conseil à ce titre : n’achetez pas l’album, sauf si vouez un culte immense à cet artiste. Bannissez la trop grande qualité sonore du vinyle, ne vous encombrez pas d’un nouveau cd qui finira par prendre la poussière. Pensez comme Gainsbourg qui recommandait d’écouter sa musique d’abord sur un vieux transistor. Si la magie opère c’est bon signe pour la suite.

Il peut être utile d’écouter les paroles. Selon vos capacités polyglottes, cela vous évitera des déconvenues, comme encenser une chanson qui s’intitulerait « let’s burn jews and fuck babies ». Même si le riff de guitare envoie du bois. Si l’artiste s’appelle Christophe Maé ou Kendji Girac, passez à l’étape 4. Si l’artiste s’appelle Rodolphe Burger, prenez le temps de décrypter les paroles : « c’est l’heure où tout le monde est vieux » (Happy Hour), « Je suis comme fané, squelette éparpillé, mon coeur est en cire, en fusion dans mon corps, je suis sec » (Poème en or) « Tu ne tueras pas, ni tes camarades ni tes profs ni tes voisins » (Rien ni personne). En conclure que l’album est d’un irrésistible optimisme. C’est important le registre.

Passez à l’écriture. Pour des chroniques à l’ancienne, il semble de bon ton de rappeler quelques éléments biographiques. Pour cela Wikipédia est ton ami. Mais Chut ! Laissez planer le doute sur l’origine de vos sources. Faites plutôt croire que vous êtes une encyclopédie vivante, et que vous savez que Rodolphe Burger est un guitariste, chanteur et compositeur français né à Colmar le 26 novembre 1957. Qu’il est le fondateur du groupe Kat Onoma (1986- 2002) et poursuit une carrière solo. Qu’à travers son label Dernière Bande et la Compagnie Rodolphe Burger, il multiplie les collaborations avec d’autres artistes. Qu’Il est le fondateur du festival « C’est dans la Vallée ». Qu’outre ses quatre disques solo, il fait paraître via son label Dernière Bande plus d’une vingtaine d’albums qui témoignent d’une générosité créatrice qui l’a vu collaborer avec de nombreux auteurs et artistes, parmi lesquels les écrivains Pierre Alferi et Olivier Cadiot, mais aussi Alain Bashung, Jeanne Balibar, Françoise Hardy, James Blood Ulmer, Erik Truffaz, Rachid Taha, Ben Sidran et bien d’autres.

Soignez votre écriture. Si vous êtes dyslexique, dysorthographique ou fan de Christophe Maé, n’hésitez pas à soumettre votre pige à un correcteur disponible. Si vous avez une ambition journalistique chevillée au corps, et que vous souhaitez intégrer la rédaction des Inrocks, choisissez une panoplie de mots et formules imparables : « lysergique », « arachnéen » « Chtonien », « crépusculaire »… Exemple : Avec Good, Rodolphe Burger creuse le sillon d’une oeuvre crépusculaire, forte de morceaux troublants voire lysergiques. En ce sens un titre comme Cummings confirme la noirceur arachnéenne de ses précédents albums, confirmée par l’inquiétante étrangeté (placement de culture) chthonienne de FX of love. Evitez cependant les « album de la maturité » (surtout pour lui) ou le terme « chef d’oeuvre » (bon c’est pas contre Rodolphe Burger, mais il faut toujours garder un peu de réserve : pensez Fantaisie militaire.)

Vous pouvez d’ailleurs rajouter de ci de là des références ou des ressemblances avec d’autres artistes. Ici, vous pouvez puiser dans Léonard Cohen ou Alain Bashung version Samuel Hall, Ca mange pas de pain et ça donne une direction.


Voilà votre article est prêt. Avant de le mettre en ligne, évitez de lire des propositions concurrentes. Puisqu’il y a à peu près autant de contempteurs que d’auteurs. Défendez votre projet jusqu’à la prochaine découverte. Trouvez un titre original en rapport avec l’oeuvre. Attendez les likes et les partages. Aucune obligation cependant de devoir écouter l’album chroniqué en boucle. Vous pouvez continuer à épuiser ABBA, U2, Radiohead ou Georges Brassens. Personne ne le saura. Et si un jour, quelqu’un vous reparle de Good de Rodolphe Burger, voire de votre chronique (la classe !), prenez un air distant et pénétré et dites : « ouais c’est un chouette album, mais bon après… (liberté de placement : finalement je préfère / quelques morceaux bof… / Kat Onoma est quand même inégalable). En revanche, si l’album obtient un franc succès critique et public, mettre l’accent sur le fait que vous étiez l’un des premiers à vous y intéresser.

Enfin, pour ceux qui n’ont pas le temps de lire votre article, disons que Good est hautement recommandable. A vous de voir pourquoi.

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 18:23
I'm Feeling Good

Embarqué dans de multiples tâches, pas convaincu par les premières propositions du trimestre (enfin, celles qui m’ont gratté l’oreille), cela fait un moment que je n’ai pas chroniqué un album. Je préfère me taire plutôt que de participer à la frénésie de l’artiste de la semaine, si vite oublié.

Sauf que là, bien renseigné par mon acolyte ileftwithoutmyhat, j’ai découvert une petite pépite, un feel-good LP. Qui tourne en boucle à chaque occasion. Something About April II, d’Adrian Younge. Soit un beau résumé entre l’électro-soul de Dan the Automator sur Lovage, le Rome de Danger Mouse et Danièle Luppi et parfois les cordes de Jean Claude Vannier. Beau concentré de soul, de bidouillages sonores et de rengaines. La première écoute passe comme une lampée d’écume de bière un samedi soir. Mais on y revient, sans gueule de bois : le fond du verre est tout aussi bon. Emprunts au français (La Ballade), rappel de mélodies addictives, l’épure d’April Sonata, la beauté d’Hands of Gold, le rappel d’Hear my love.

Tant qu’on y est, écouter le premier opus.

Bonne écoute, à très vite….

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 19:25
Cap Waller - Bertrand Belin

Cap Waller - Bertrand Belin

Bertrand Belin m’agace. Oui je sais, cette accroche me ferait redoubler ma première année d’IUT de journalisme, mais bon vu que je ne fais pas d’études de journalisme, je m’en tamponne le coquillard. Donc voilà, Bertrand Belin m’agace. Et encore plus sur son dernier album, sorti récemment, Cap Waller.

 

J’ai découvert Bertrand Belin avec l’album Hypernuit, sublime démonstration de sensualité sèche, aux textes poétiquement désossés, proche dans sa démarche d’un Philippe Jaccottet. Voyez la définition du style de ce dernier selon le Dieu Wikipédia, l’encyclopédie pour les nuls ou les flemmards :

 

« Jaccottet écrit des vers et de courtes proses par lesquelles il s'attache à retrouver un rapport à la nature et au monde. À la recherche de la parole la plus juste possible, il tente de préserver l'émotion face aux choses vues, en travaillant à la fois sur le perçu et le ressenti ; c'est ce qui explique que sa poésie soit empreinte à la fois de simplicité et de mystère. »

Et bien je ne sais pas si Bertrand Belin connaît Jaccottet, mais la définition est complètement transposable.  Le chanteur compositeur breton est un économe du verbe, un troubadour taiseux, un peintre du sensible avec Le mot juste, septième titre de Cap Waller. Depuis trois albums, il décline un phrasé et une prosodie retenue, à la limite de la monotonie. Mais justement à la limite. Parce que selon les arrangements ou les orientations, pop ici, blues là, il en ressort toujours quelque chose d’autre, lumineux ou lugubre. L’homme semble être exigeant, à la mesure près, et chercher à faire émerger par fines touches le baroque dans un classicisme trompeur. Parfois faire du rock progressif dans un petit moule lustré à l’ancienne. Parfois feindre la ballade anodine sur un texte ciselé.  La voix reste toujours implacable, grave articulation décomposant la syntaxe à coups de redites obsessionnelles ou de démembrement du sens. Comme un poète faisant apparaître la beauté sur un enjambement ou un contre-rejet. Tout ça sur fond de ligne claire, reposée, voire lascive à certains moments, qui cache les moments de jouissance, comme sur Un déluge du précédent album, Parcs.

Alors pourquoi Bertrand Belin m’agace ?  Parce que j’ai parfois l’impression qu’il exploite une formule. Qui fonctionne absolument, il suffit d’écouter Folle, folle, folle ou l’excellent Entre les ifs. Et puis quand j’y réfléchis après coup, je me dis que c’est la marque des grands. L’intransigeance stylistique. Brel et son sens du lyrisme dramatique. Brassens et ses déclinaisons sur trois accords. Gainsbourg et son talk over tardif. Et qui finit par définir l’artiste. C’est tout le mal que je souhaite à Bertrand Belin.

Et pour finir, l'excellent reportage de Pauline Jardel, à voir absolument...

Bertrand Belin sera au Carré Magique le 19 avril. On y sera ! A suivre...

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 18:25
VKNG - Illumination

VKNG - Illumination

S'il y a un groupe dont on attendait des nouvelles cette année, c'est bien VKNG (prononcez VIKING, cf SBTRKT, MGMT, BRNS...) formation composée de Thomas de Pourquery et Maxime Delpierre. Deux amis. Deux pointures. Le premier, guitariste producteur, leader de Limousine, et qui a travaillé avec Rachid Taha, , Damon Albarn, Mick Jones (The Clash). Excusez du peu. Le deuxième,  chanteur, saxophoniste, compositeur et "figure majeure du jazz européen", (dixit le site officiel) est lauréat en 2014 d'une Victoire de la musique catégorie Album Jazz de l'année.  Il a aussi collaboré récemment avec des artistes d'horizons très différents, (Metronomy, Oxmo Puccino). Excusez du peu.

Pourtant d'aussi belles cartes de visite n'ont jamais constitué la formule imparable pour un excellent album. Combien de crêpages de chignons, de guerres d'égo, de projets et supergroupes ratés sur l'autel de la démagogie, de la jalousie, du tirage de couettes...? N'est pas la dream team qui veut.

Sauf qu'ici, l'intelligence fait loi. Et associée simplement au plaisir de se faire plaisir, la formule est explosive. Déjà repérés à Art Rock cette année en remplacement salutaire de Blues Pills, les garçons avaient su au pied levé faire oublier la déprogrammation avec panache, énergie et humour.  Et aujourd'hui sort enfin l'expression de tout ce qu'on avait aimé de VKNG sur scène. L'album s'appelle illumination et est sorti avant hier chez Naïve. Le son dans l'ère du temps, convainc immédiatement, dès le morceau éponyme. Synthétique, très 80's, emmené de voix de maitre par un De Pourquery haut perché et des choeurs à l'unisson. Tout le reste est au diapason, sans jamais sentir le réchauffé. Le funky Girls Don't Cry où l'on retrouve avec plaisir la voix si particulière d'Olivia Merilahti (The DØ), le très réussi et obsédant Don't Stop... Sans parler de We are The Oceans... Les influences et les directions sont multiples, l'ensemble homogène et chaque morceau transpirent la volonté artisane de construire un tout puissant, immédiat, addictif.  On y entend du Twin Shadow deuxième album, du New Order, du Metronomy,  du Bowie dernière période... mâtiné de funk, de pop, d'effets sonores au service du groove, façon VKNG. L'album est épique,  lyrique, sensuel et déroule un paquet de tubes en 9 titres et 37mns. Le sens de l'urgence, maniant les ruptures de rythme, les surprises, les contre-pieds, comme si le jazz s'invitait masqué dans la pop des années 80.

On a hâte de revoir VKNG sur scène, hors festival. Et ce sera sûrement à Lannion, le vendredi 1er avril au Carré Magique, qui cette année, nous gâte (Dominique A, Bertrand Belin, Hugh Coltman... entres autres propositions allêchantes !!!) Euphonies sera au rendez-vous.

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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 17:26
Aline-La vie électrique

Aline-La vie électrique

L'essentiel est de savoir se faire désirer. Parce qu'on connait bien le dicton : le désir s'accroit quand l'effet se recule. On peut dire qu'Aline, sur cette affaire, en connait un rayon. Depuis son Regarde le ciel salué de toute part, le groupe s'est lancé ces derniers mois dans un strip-tease musical alléchant, dévoilant au compte goutte quelques morceaux de leur nouvel album, La vie électrique.

 

Et c'est une Aline plus dévergondée qui nous fait de l'oeil : là où le premier album jouait la carte tendre de la nostalgie, des copains et des amours perdues, on découvre avec La vie électrique une facette plus aguicheuse, dandy excentré, comme si Aline quittait l'adolescence pour une déglingue de tous les sens, des transgressions adultes aux chansons classées x. A ce titre, le premier single est comme l'envers du tube Je bois et puis et je danse. Finies les désillusions romantiques du loser magnifique qui rentre la queue entre les jambes. Ici on célèbre l'hédonisme, les corps entremêlées, en filant la métaphore 220 volts. "Le courant continue, nos câbles se resserrent", c'est un peu le sentiment que l'on a aussi en écoutant le reste de l'album, parce qu'Aline n'est pas qu'un joli décolleté ou une chute de reins prometteuse.

Il y a derrière la parade nuptiale une mélancolie dont Romain Guerret a le secret : douce/amer, parfois ésotérique ou cryptée (Tristesse de la balance), des résonnances cachées toujours au service d'une géométrie sensuelle, sexuelle, mélodique. Le chanteur confirme son goût et son talent poétique pour l'évocation, montrer plutôt que dire. Et jouer sur l'ambigüité. Ainsi Avenue des armées a en fait pour toile de fond la première guerre mondiale, Chaque jour qui passe décrit en réalité la relation complexe que Romain entretient avec Roanne, sa ville natale. Et l'ironie désabusée n'est jamais bien loin, une sorte de distance polie palpable tout au long de l'album, comme des clins d'oeil adressés à ceux qui ne verraient que le côté plus clinquant mais diablement efficace de la production made in Stephen Street. (mythique producteur des Smiths).  

Car oui Aline a grandi et ose des choses, s'ouvre sur le monde, varie sur le fil, tout ça sans tomber. Une chanson comme Les angles morts qui porte sur Paris un regard délicieusement désabusé, accouple effets électro et ligne claire. Plus noir encore, va plus loin, abandonnant le chant pop pour un inquiétant mantra qui se termine en reggae désaxé. Dub et overdub, qui l'eût cru ? On connait cependant le goût des garçons pour l'éclectisme musical qui va de l'italo-disco (coucou Alex Rossi) à la pop anglaise en passant par la variété. La vie électrique propose un éventail musical classieux, comme dirait un Gainsbourg qui semble hanter les veines de plusieurs morceaux.  Promis, juré, craché, tout en dérision, balance un rock parodique et moqueur sur trois accords. Ailleurs, c'est Une vie, hommage à Morrissey, qui emprunte au Sexy thing de Hot Chocolate, comme pour signifier qu'Aline n'a pas envie de choisir entre influence et exploration, mari et amants.

Métamorphose réussie, cap franchi, le strip-tease a fait effet. Mais qu'en est-il sur la longueur ? Chez Euphonies, cela fait trois mois que l'album tourne en boucle, et que l'on passe des nuits avec Aline, tant on sait que l'effet de manche ne fait pas tout. Résultat, on ne s'en lasse pas. On est presque jaloux de devoir, dès le 28 août, partager cette relation devenue intime, où l'album révélera tous ses atours. Le cd contiendra onze titres, le vinyle treize. Chansons qu'on viendra écouter en concert dès que possible, parce que le charme opère, le désir est toujours là. Juré, promis, craché.

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 14:16
Automatic mots bleus for the people

Cristal Automatique - Babx
 

Une envie de comprendre m’amène à écrire pour m’adresser à vous sans vous connaître. Esthètes mélomanes, amoureux de la langue, de la poésie malade ou illuminée, acceptez cette injonction. Accordez à vos tympans, convalescents ou pas, le clinquant du son de mots rédempteurs et d'une musique porteuse. En d’autres termes, faites-vous du bien.
 

Voici presque dix ans que Babx m'inspire. En 2006, l’amour me fait découvrir un premier album sans nom, qui a l’effet d’un coup de masse. Crac. Maniaque de l’allitération martelée, soutenue par un piano plus insidieux qu’un larsen, mon échine a du plier. Je rencontre un maître. En 2007, il me happe en concert aux Bouffes du nord à Paris, grandiose écrin, trou de plâtre et de vermoulures où il chantait comme une rivière. Puis, deux ans plus tard, nouvel électrochoc. Un album d’une classe inouïe, amalgamant déjà larmes et assauts émotionnels sur mon cerveau poreux. La musique, c'est la matière.

 

Babx peut écrire « J’suis pathétique à crever, Dis t’as pas vu ma gueule ? » sans nombrilisme crasse et vain, avec figures de style, en personnifiant un lieu dans lequel trouver refuge. Un navire abandonné, un ballroom où la poussière se dépose sur les lustres. Qu’elles se déposent, ces particules élémentaires, sur la source de lumière pour qu’elle aveugle moins. Ainsi, nous pourrons « le tranchant de l’œil en éveil », la regarder sans se brûler. Dans la chanson française, les illuminations sont rares, alors par soif de lecture, on laisse l’ampoule allumée.

Lorsqu’il perd de vue les lueurs, Dominique A part à vau-l’eau  « Aujourd'hui braderie, j'offre tout ce que j'ai, Je donne tous mes objets mes souvenirs aussi contre un sens à ma vie, Même un qui a fait son temps, Même un peu décevant » (Le Sens).
La musique c'est la lumière. 
 
Benjamin Biolay, lui, se met au verre et regarde la végétation tout recouvrir « Tant qu'on ne sait pas le coup de frein, qui vous brule à vif un jour de juin, Tant qu'on ne sait pas que tout s'éteint, on ne donne quasi jamais rien. Tant qu'on ne sait pas que tout éreinte, Tant qu'on ne sait pas ce qu'est la vraie crainte, Tant qu'on n'a jamais subi la feinte, Ou regardé pousser le lierre qui grimpe… » ( La chanson des vieux cons ).
Bashung, enfin, joue les laborantins « J'y suis tombé, quelle autre solution que de se dissoudre… Faites monter l'arsenic, faites monter le mercure, faites monter l'aventure, au-dessus de la ceinture. Et les pépites ? Jetez-les aux ordures. » (Faites monter).

Babx, de son coté, échafaude une œuvre sur un paradoxe, une contradiction poétique. Il explose dans l’expression, savoure l’énergie procurée, et semble reconnaître, avec une mélancolie immédiate, que c’est déjà passé. Ressentir pleinement mais perdre et devoir recommencer. Comme quand on tombe amoureux. Entre envie viscérale de partager avec le monde et reflexe instinctif de garder pour soi, pour sa « survie ». Ranger le précieux dans sa pharmacie personnelle. « Ô doc ! Emmène-moi danser de folles tarentelles, pour toi je serai belle » (Electrochoc Ladyland). Médicaments ou drogue, certains mots nous font croire qu’ils soignent alors qu’ils nous font glisser. « Quand tu m’embrasses, C'est ma piste de glisse, mon piment de réglisse, ma Norma de Callas ». La musique c'est la n
ature et la science.

 

Babx, en cas de vague à l’âme, fait couler son cœur fêlé en le remplissant d’eau salée, pour le noyer. Et remonte, allégé. Par politesse intellectuelle, il ne laisse rien s’échouer sur la grève. Il burine, sculpte, lisse, polit. « Il faut que ca passe », que ça inonde. L’écrivain Olivier Adam dit de lui : « Sa musique est définitivement organique, parfois tendue parfois languide, toujours sensuelle. Abandonnée mais tenue. Des fanfares déglinguées y arpentent des cabarets en ruines. Les musiciens semblent échappés d’un orchestre ivre, et rescapés des saloons du Titanic ». Mer et naufrage. La musique c'est l'eau !

Nouveau tourbillon bouillonnant de poésie, qui contourne les règles et les balises des maisons de disques frileuses, Cristal automatique, sort sur le nouveau et propre label de Babx, Bison Bison. Deux ans après Drones Personnels, il met en musique les mots des autres. Pas n’importe lesquels ! Babx s'y révèle dans toute sa substantifique. Deleuze y côtoie Artaud, qui introduisent les mots de Genet, Baudelaire, Césaire, Prévert et Barbara. D’Arthur Rimbaud, aussi, dans une interprétation sauvage et possédée du Bal des pendus. La langue anglaise, également fondatrice, fait tenir debut l'édifice. Ah ! Pull My Daisy et sa poésie beat, sortie des caveaux et cerveaux jazz de l’Amérique des outcasts vénérés Allen Ginsberg, Jack Kerouac et Neal Cassady. Sur la route, Tom Waits, l’attend au bar avec un bourbon. Ils entonnent de concert Watch Her Disappear et leur voix de poètes timides se confondent presque en excuse.

 

Il faut citer enfin un nouveau venu dans le panthéon, Gaston Miron (1928-1996), poète canadien auteur d’un morceau fleuve qui irrigue les veines de ce disque, et le porte aux nues. Babx confiait récemment dans Nouvelles vagues, sur France Culture, le « basculement » qui a suivi la découverte de ce texte, La Marche à l’amour, lui faisant adopter à jamais une nouvelle foulée. 10 minutes qui transpercent de part en part, transpercent les remparts. La musique se situe ici, entre prose et poésie.
 

Finalement la musique, comme l’amour, embrasse tout : matière, lumière, chimie, élément naturel. Et pour la resentir, heureusement, il reste les mots, que Babx voit bleus. Comme ceux qui, automatiquement, cristallisent les émotions et rendent les gens heureux...

« Cristal Automatique #1 » est sorti en édition classique digipack le 22 juin, distribué par l'Autre Distribution ainsi qu’en édition limitée, à 350 ex numérotés et signés, avec des illustrations du plasticien Laurent Allaire.

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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 18:30
Les Souvenirs Devant Nous

Mandarine - Les Innocents

 

L’arlésienne. Cela aurait pu être un titre des Innocents, c’était devenu le nom de code d’un nouvel album inespéré, avorté dans l’œuf et donc fantasmé. Depuis Jodie en 87 et en quatre albums, le groupe de JP-Nataf et Jean Christophe Urbain, avait prouvé qu’on pouvait inventer une pop lyrique, exigeante et jamais mièvre malgré des arrangements lumineux, de douces harmonies.  Dans une chanson française frugale partagée alors entre références pointues ou variétés populaires, Les Innos, (faits aussi à l'époque de  Rico ou Tramber) semblaient avoir trouver un point fragile d’équilibre qui pouvait mettre tout le monde d’accord.

 

Parce que le talent ou la beauté, ce n’est pas qu’une affaire d’accords, de technique, voire d’attitude. C’est aussi cette capacité de faire résonner son supplément d’âme, d’allier ligne claire et pattes cassées, traversée épique et sombres textes flottant sur la pellicule d’eau. Voilà la grande réussite des Innocents depuis le début : avoir su marier un texte ciselé, parfois surréaliste, parfois intimiste, avec des envolées mélodiques et solaires, hippies ou tendrement philosophes. L’autre FinistèreUne vie moins ordinaire… On sait le goût de Nataf pour les allitérations, les métaphores dévergondées, les allusions imagées, prolongées dans ses deux albums solos malheureusement restés confidentiels.   Et en 2015 on aimerait pouvoir rajouter quelques perles à ce collier de contradictions, d’expériences entre voix, texte et balades humanistes.

 

Mandarine ne déçoit pas. Porté par un single éclaireur et rassurant (Les Philarmonies Martiennes, sublime résumé du génie euphonique du groupe), l’album propose des tubes pour esthètes en goguette, pour sujets sensibles qui tapent quand même des doigts sur la cuisse. Love qui peut, est une rigole qui n’en finit pas de descendre vers la lumière, Harry Nilson une confession où plane l’ombre de Doisneau, J’ai couru une géniale cavale dont le pas mélodique semble pouvoir ne jamais s’arrêter, en retard sur la vie.

 

Il n’y a rien de pire que d’assister à la décrépitude d’un artiste. Au contraire Les Innos ont su attendre et proposer un album à la hauteur de leur réputation, sans révolution, mais déjà digne de leurs meilleures signatures. Et quand on parle de leur œuvre, cela veut tout dire.

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 16:44
François & The Atlas Mountains - Carré Magique - Mardi 20 Janvier 2015


Francois & The Atlas Mountains - Carré Magique - 20 janvier 2015

 

 

 

Il fallait bien être deux pour se remettre de ce début janvier. Et c'est avec Anne Yven que cet article s'écrit : professionnelle de la communication, passionnée éclectique de musiques actuelles ou patrimoniales, rédactrice émérite pour plusieurs médias musicaux, elle est surtout une oreille attentive du parcours de François & The atlas Mountains depuis dix ans. Elle contribue généreusement aujourd'hui à cet article, première expérience à deux mains qui devrait avoir de beaux lendemains...

 

 

 

 

Quand on va voir François and the Atlas Mountains, on va voir un artiste qu’on aime déjà. Il y a du jeu, il y a de la triche, il y a du péché, de la gourmandise. On l’aime déjà sur disque, il nous a déjà convaincu sur scène. Autant l’avouer d’emblée : on s’y rend avec un plaisir un peu coupable. On attend nos chansons fétiches, nos doudous. On attend d’être agréablement bercé, emporté. On sait que François Marry, sous ce bel air de jeune premier, n’est pas un amateur, il saura faire.

Il s’est écoulé une décennie, depuis le point de départ. Le sillon qu’a creusé  François and the Atlas Mountains en 10 ans, et deux fois moins de disques, prouve le temps nécessaire pour faire gagner un propos artistique en cohérence. Nécessaire pour polir un répertoire, façonner une écriture, densifier l’armature de compositions, pour les faire passer de la chambre à la (grande) scène. On se souvient cette année de deux sets tenus face aux éléments et aux publics bretons d’Art Rock à St Brieuc, avant ceux des Vieilles Charrues de Carhaix. On y était. Nécessaire pour construire une œuvre, constituée d’albums denses, aux thématiques rondement menées (l’eau, le soleil, le bois, autant de matières organiques nécessaires à la vitalité musicale), le tout dans une langue soignée.

 

Quant à ce Piano Ombre, chroniqué ici à sa sortie, voici déjà 10 mois qu’il est sorti du bois. Une centaine de dates qu’il vogue sur des flots tellement lointains qu’on en est fiers. Là encore, petit plaisir et vil sentiment. Lorsque la chanson frenchie s’exporte jusqu’en Australie, on acclame, on chérit, la main sur la poitrine. Comme quand on s’enorgueillit d’entendre Gainsbourg ou Aznavour à la radio, dans un pays étranger.

C’est donc sans doute fourbus, quelques heures seulement après leur retour d’une tournée marathon chez les wallabies, que parviennent Gerard Black (claviers), Pierre Loustaunau (guitares), Amaury Ranger (percussions et basse), Jean Thevenin (batterie) et François Marry, alias François and the Atlas Mountains, au Carré Magique, à Lannion, en ce 20 janvier 2015.

 

Et nous, qu’attendions-nous de ce concert à domicile en ce début d’année, déjà lourd, chargé, ayant déjà fait couler trop d’encre rouge ? Rien, si ce n’est justement un peu de légèreté, l’envie de se retrouver en terrain familier. Dans des eaux chaudes et des bras de mer. Dans ce contexte, convaincre était facile. Les conditions techniques d’un « bon concert » étaient réunies. Une victoire s’annonçait sans surprise… mais c’était déjà ça de pris.

Et c’eut été trop simple ! C’eut été faire injure à l’exigence sans cesse renouvelée et la force de frappe cachée de ce groupe capable de mille rebonds ! C’est de François and the Atlas Mountains, dont il est question ! Ceux à qui l’on doit de sylvestres percées poétiques (« Bois » immense ouverture du dernier album), des explorations amoureuses impressionnistes (« La Fille aux cheveux de soie ») ou en demie teintes (« Piano ombre »), de solaires rédemptions (tout l’album E Volo Love, appel à la luxure estivale). Ce groupe également capable de nous plonger dans d’humides turpitudes et des regrets insondables  (« Moitiée » sur Plaine inondable).

De plus, bien que choyés dès leur arrivée en terre bretonne par l’équipe du Carré Magique (Bravo et merci à Marianne pour la pluridisciplinarité), il incombe d’abord à F&AM de nous faire oublier le froid glacial qui sévit et, last but not least, ils ont à leur charge de faire bouger un public consentent mais assis !

 

 

« Bien sur » ouvre le set et permet au cinq voyageurs de prendre leurs marques, dans un décor feutré, où les arbres, dessinés sur les pendrillons dorés qui les encerclent, les protègent et les dévoilent par jeux d’ombres subtils. « Bois » voit François Marry camper le rôle de l’homme orchestre, passant de la guitare, au clavier, puis à la trompette. A deux reprises, il se fend d’une intervention,  souhaite voir les gens se lever. C’est le défi de la soirée.

Les perles irisées de Piano Ombre installent peu à peu la confiance, l’envie de se réchauffer, d’emplir l’espace de vibrations et d’énergie positive. Quand vient le tour de « The Way to The Forest », le jeu des musiciens se fait clairement frontal, ils ne battent plus la mesure, ils la martèlent, ils la scandent, en bondissant à l’unisson sur le devant de la scène. Ca y est, on a (re)trouvé la (bonne) fréquence cardiaque, le sens, la danse élémentaire et même une envie de transe.

Les rangs du petit groupe 100 % féminin qui s’est formé deux titres auparavant, collé à la scène et aux photographes, grossira sans discontinuer. La musique du combo prend une ampleur évidente. F&AM recolorise des titres qu’il aurait été idiot de laisser au placard « La Piscine » est réorchestrée, et rejoint sans transition le courant de « Je suis de l’eau » (de l’album Plaine inondable), la voix de François Marry secondée par celle de ses camarades (dont Gerard Black aux choeurs impeccables) entonnerait bien un chant zoulou...    

Le titre « Dessine » nous invite à perdre nos repères, pour retrouver une direction nouvelle. « Si le chemin se dessine à temps, je pourrai le suivre », nous assène le groupe avant de sorti de scène en nous remerciant. On a compris. C’est en Afrique, un continent déjà visité sur le disque précédent et exploré réellement par le groupe en 2013  lors d’une tournée, que nous sommes conviés ce soir. En revenant  sur scène, pour un long rappel, les F&AM sont accompagnés de deux musiciens burkinabés, Boubacar Djiga au N‘goni (guitare) et Dara Sanou au balafon, avec qui ils ont enregistré L’Homme tranquille.

Ce concert n’est pas un concert de fin de tournée c’est en fait celui du lancement d’une nouvelle aventure. L’ EP L’Homme tranquille, sort le lendemain . Un 4 titres enregistré lors d’un périple de 10 jours dans quatre capitales d'Afrique : Dakar, Ouagadougou, Cotonou et Addis Abeba. « Jeans », « Ayan Filé » sont des pépites qui invitent inévitablement à la danse collective, au déhanchement. Les soli s’enchainent.  Plus d’un an que les F&AM et les musiciens burkinabés n’avaient pas joué ensemble !  François Marry se retire de l’avant-scène et laisse Amaury Ranger lancer  une chorégraphie qu’il rejoint. Les sourires deviennent rires, et, sans nous en rendre compte, nous avons nous aussi rejoints les premiers rangs et lorsque l’on se retourne, c’est quasiment tout le parterre qui est debout !  

Les corps sont réveillés, les jambes cachées entre les sièges, les visages applaudissent, les yeux, dans la lumière, disent « tout va bien ». Le plaisir de donner, de recevoir, est palpable tout simplement. François, lui, se fait boussole. L’énergie vitale, il nous la montre, elle vient du sol, il le rappelle dans cette parabole qu’est le titre « Volcan ». Il clôt ce concert sur les paroles « Dansons sur un volcan, allons-y gaiement ». Message parfait pour cette petite bulle de douceur dans un monde, devenu trop brutal pour faire sens.

François marie le léger et le crucial, cherche l’intemporel en trouvant et en profitant de chaque instant. Il nous l’a prouvé en nous offrant, en outre, un entretien exclusif à l’issue de ce concert. Et c’est une belle leçon et une source d’optimisme que l’on serait idiot de bâillonner.

 

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Nous retrouvons François Mary devant la salle du Carré Magique alors qu’il remballe le stand de merchandising. Eh oui, loin des clichés des rock-stars assistées et capricieuses, le chanteur gère aussi l’après, sans doute parce qu’il souhaite garder le contact avec son public et la réalité, comme il l’a confessé dans plusieurs interviews. Moment surréaliste où je me retrouve à lui filer un coup de main pour ramener le tout dans l’arrière-scène. Une entrée en matière à l’image du garçon, simple et sans posture.

Il nous rejoint à l’étage, se commande une bière pour nous accompagner, et se prête au jeu de l’interview malgré la fatigue apparente. Le contact avec l’Atlas est établi et comme souvent, les questions prévues ne serviront que de pense-bête à une vraie conversation volée à la frénésie d’une tournée, à l’épuisement du jet-lag. Nous échangeons quelques impressions sur la soirée et sur le parcours effectué ces dernières années, avec pour appui leurs dernières prestations en Bretagne. L’œil s’anime, il nous parle de Dakhabraka, de Jupiter et des Meridian Brothers. L’interview peut commencer.

 

Euphonies : Avec ce concert, tu nous offres la primeur d’une nouvelle direction ?

 

FM : C’est une facette. Une nourriture africaine. En 2013 nous sommes passés par quatre villes de ce continent, nous y avons rencontré des musiciens, et de là est né cet e.p L’homme tranquille, qui repose sur une vraie relation de confiance. De plus, ça nous apporte une vraie fraicheur après une centaine de dates en dix mois.

 

E : Du coup, tu te sens exportateur de la musique française à l’étranger ?

 

FM : Non pas tant que ça. Mais notre label Domino est anglais. Avec une certaine vision de la musique française. Ils auraient souhaité un titre avec un potentiel de single comme La Vérité mais en anglais. Mais non, on est libres, et ils nous laissent libres même si c’est chanté en français. Par ailleurs nous avons beaucoup tourné en Angleterre. J’ai des amis là-bas. (François Mary a vécu à Bristol cinq ans et c’est là que sont nés les Atlas Mountains (ndlr)).


E : Les idées, les chansons, naissent dans ta tête, viennent de toi et puis deviennent la propriété d'un groupe. Mais tout ça est différent d'un procéssus de creation "d'un leader à ses musiciens", car tu ne t'estimes PAS leader du groupe. Comment  s'appréhende ce passage du personnel au collectif ?

FM : Il faut forcément une bonne dose de confiance, de complicité et puis, ensuite, je n'apporte rien de défini, je propose quelque chose de modulable, afin qu'ils se l'approprient totalement. Si c'est le cas, alors ça devient une chanson de François and the Atlas Mountains, si ce n'est pas naturel pour mes camarades, alors on rejette. Parfois, il arrive que ces rejets aient une seconde vie…

 

(Par exemple, François Marry interprète "Quitter la Ville" avec Rone, la chanson apparaîtra sur l'album de Rone "CREATURE" à paraître début février 2015. Il nous avoue qu'il s'agit d'une chanson totalement réarangée, à partir d'une proposition faite initialement aux Atlas Mountains.)
 

E : L’univers de François & The Atlas Mountains est très riche, relayé par un artwork  cohérent (pochette, clip…) comment travaillez-vous cet aspect ?

 

FM : Le clip c’est encore autre chose. Mais pour la pochette (réalisée par Alexis Facca), j’en avais l’idée en cours de processus, pendant l’enregistrement des chansons. C’est une anamorphose, à la manière des travaux de George Rousse dont je trouve le travail très intéressant.

 

E : Le set de ce soir était nourri de sonorités et de rythmiques tribales, déjà présentes dans E Volo Love. Paradoxalement, l’album Piano Ombre sonne comme un retour aux fondamentaux pop, aux origines. Comment combinez-vous les deux ?

 

FM : On est plus enclins à jouer ce que l’on a assimilé : de la pop. Après les rencontres, les envies, le contexte, c’est autant de possibilités de sortir de ce que l’on sait faire.

 

E : Mais il y a toujours une envie sur scène d’aller vers la transe, quelque chose d’organique…

 

FM : Oui… Ce que tu appelles fondamentaux,  cela dépend du contexte. Après six heures de transport j’ai besoin d’évacuer, de libérer sur scène, d’aller vers la transe.

 

E : Comment appréhendes-tu alors l’équilibre entre textes et danse, chorégraphie, rapport au corps ?

 

FM : Ca dépend du contexte, de l’environnement dans lequel je suis. Je sais que sur album c’est plus intimiste, on va davantage faire attention aux textes. Sur scène, on a envie que les gens se lèvent, qu’ils dansent.

 

Et ils ont dansé. A faire vaciller l'amplitude thermique de Lannion, ce mardi au Carré Magique.

 

Merci à François et ses coéquipiers d'avoir ramené de la chaleur humaine à Lannion.

 

Merci à Mariane, à son efficacité hors pair.

 

Et enfin merci à Jacqueline Ledoux (maman Jake) pour ses magnifiques photos  :

 

François & The Atlas Mountains - Carré Magique - Mardi 20 Janvier 2015
François & The Atlas Mountains - Carré Magique - Mardi 20 Janvier 2015
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