Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 19:25
Cap Waller - Bertrand Belin

Cap Waller - Bertrand Belin

Bertrand Belin m’agace. Oui je sais, cette accroche me ferait redoubler ma première année d’IUT de journalisme, mais bon vu que je ne fais pas d’études de journalisme, je m’en tamponne le coquillard. Donc voilà, Bertrand Belin m’agace. Et encore plus sur son dernier album, sorti récemment, Cap Waller.

 

J’ai découvert Bertrand Belin avec l’album Hypernuit, sublime démonstration de sensualité sèche, aux textes poétiquement désossés, proche dans sa démarche d’un Philippe Jaccottet. Voyez la définition du style de ce dernier selon le Dieu Wikipédia, l’encyclopédie pour les nuls ou les flemmards :

 

« Jaccottet écrit des vers et de courtes proses par lesquelles il s'attache à retrouver un rapport à la nature et au monde. À la recherche de la parole la plus juste possible, il tente de préserver l'émotion face aux choses vues, en travaillant à la fois sur le perçu et le ressenti ; c'est ce qui explique que sa poésie soit empreinte à la fois de simplicité et de mystère. »

Et bien je ne sais pas si Bertrand Belin connaît Jaccottet, mais la définition est complètement transposable.  Le chanteur compositeur breton est un économe du verbe, un troubadour taiseux, un peintre du sensible avec Le mot juste, septième titre de Cap Waller. Depuis trois albums, il décline un phrasé et une prosodie retenue, à la limite de la monotonie. Mais justement à la limite. Parce que selon les arrangements ou les orientations, pop ici, blues là, il en ressort toujours quelque chose d’autre, lumineux ou lugubre. L’homme semble être exigeant, à la mesure près, et chercher à faire émerger par fines touches le baroque dans un classicisme trompeur. Parfois faire du rock progressif dans un petit moule lustré à l’ancienne. Parfois feindre la ballade anodine sur un texte ciselé.  La voix reste toujours implacable, grave articulation décomposant la syntaxe à coups de redites obsessionnelles ou de démembrement du sens. Comme un poète faisant apparaître la beauté sur un enjambement ou un contre-rejet. Tout ça sur fond de ligne claire, reposée, voire lascive à certains moments, qui cache les moments de jouissance, comme sur Un déluge du précédent album, Parcs.

Alors pourquoi Bertrand Belin m’agace ?  Parce que j’ai parfois l’impression qu’il exploite une formule. Qui fonctionne absolument, il suffit d’écouter Folle, folle, folle ou l’excellent Entre les ifs. Et puis quand j’y réfléchis après coup, je me dis que c’est la marque des grands. L’intransigeance stylistique. Brel et son sens du lyrisme dramatique. Brassens et ses déclinaisons sur trois accords. Gainsbourg et son talk over tardif. Et qui finit par définir l’artiste. C’est tout le mal que je souhaite à Bertrand Belin.

Et pour finir, l'excellent reportage de Pauline Jardel, à voir absolument...

Bertrand Belin sera au Carré Magique le 19 avril. On y sera ! A suivre...

Repost 0
Published by Johann - dans Albums
commenter cet article
4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 17:45
Photo - Jacqueline Ledoux

Photo - Jacqueline Ledoux

Hier soir au carré magique, il régnait un je ne sais quoi d’ambiance Chicago années 50. On n’aurait pas été étonné de voir surgir le Rat Pack dans une atmosphère enfumée, ou de s’asseoir pas loin de Lauren Bacall sirotant un Old Fashioned. Finalement, c’est le tout aussi charismatique Hugh Coltman qui se présente à nous, frêle félin droit dans son complet veston so british. Pas encore une note mais le decorum est déjà posé : la soirée sera placée sous le signe de la distinction et de l’élégance. Accompagné de son quartet, il vient défendre son dernier album : Shadows, compilation de reprises de Nat King Cole.

 

Est-il utile de rappeler la légende de cette figure du jazz crooner des années 50 ? L’homme à la voix de velours est aussi un symbole de lutte contre la ségrégation raciale, comment le furent Nina Simone ou Harry Belafonte. Mort trop tôt à 45 ans, il laisse derrière lui une somme de standards incontournables sans doute responsables d’un pic de natalité dans tous les foyers de Boston ou de Macao. Et c’est dans cet immense répertoire que vient puiser Hugh Coltman.

Photo - Jacqueline Ledoux

Photo - Jacqueline Ledoux

Dès Are you disenchanted ? les bases sont posées. Pas d’effets de manche ou de surjeu : le dandy anglais connaît et respecte son sujet, avec passion mais justesse. On sait combien cette mode de reprises de jazz à la sauce contemporaine va du meilleur au pire, de Brian Ferry à Robbie Williams en passant par Michael Bublé. Ici, Coltman rassure, en investissant avec tact et finesse l’œuvre de Nat King Cole. On assiste alors à l’une des plus belles expériences hybrides : le chanteur reprend moins qu’il ne prend à corps cet hommage, en y insufflant tout son savoir faire, ses influences blues et folk. Dans un français impeccable, Hugh aura à cœur de redire combien Nat King Cole a structuré sa vision de la musique, ses rapports à sa mère. Du coup il sublime des incontournables comme Smile, Nature Boy ou Sweet Lorraine, déterre des pépites comme Pretend ou Morning Star. L’ensemble du set est une berceuse érotique, une sérénade ponctuée de feulements et de vocalises toujours maitrisés, pour le grand plaisir d’une salle comble, et rapidement conquise.

 

Photo - Jacqueline Ledoux

Photo - Jacqueline Ledoux

A l’époque du Rat Pack, certains expliquaient le terme par l’analogie avec une bande de rats qui nécessitait un leader (Franck Sinatra). Hier soir, Hugh Coltman a au contraire réaffirmé que ce concert était le résultat d’une alchimie, en s’effaçant souvent en bord de scène pour mettre en avant ses musiciens. Et trois quatre fois, parmi les meilleurs moments, on est revenu à l’essence du plaisir de la prolongation instrumentale. Que ce soient Paul Lay au piano et ses doigts de fée, l’impeccable Thomas Naim et ses soli inspirés, ou encore Raphaël Chassin à la batterie, capable de réinventer le tempo dans le tempo,  le concert a aussi été une ode à l’intelligence musicale, pleine de complicité, saluée à chaque fois par le public charmé par cet équilibre sans démonstration et au service de l’ensemble. Mention spéciale pour Christophe Minck, le contrebassiste, qui nous a autant séduit par sa liberté capillaire que par la poésie de ses doigts posée sur des cordes.

Hugh Coltman - Le Carré Magique - 3 novembre
Photos - Jacqueline Ledoux

Photos - Jacqueline Ledoux

Au moment où notre crooner enfonce délicatement le clou avec Mona Lisa, la messe est dite. Nat King Cole est non seulement restitué, mais aussi dépoussiéré. Comme me l’a confié alors une photographe érudite, il semblerait qu’ Hugh Coltman a su réactualiser la beauté de ces chansons éternelles, en faisant fi de certains arrangements trop mielleux, symptome d’époque. Pari réussi, le public est debout pour un dernier rappel.  

 

On rentre alors sous les étoiles avec cette certitude qu’on a fait un retour vers le futur. Et qu'on a adoré ce king Cole (tman) et ce Carré, effectivement magique.

Photo - Jacqueline Ledoux

Photo - Jacqueline Ledoux

Set List

Set List

Un grand merci à Mariane pour son enthousiasme, et à Jacqueline Ledoux pour son regard et son sens de la formule ("là, je n'ai plus un poil de sec..." CQFD).

Repost 0
2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 18:02
Dans ma cabane une platine # 40

Et de quarante. Quarante cabanes. Des petites, des grandes, des modestes ou ambitieuses, inspirées ou paresseuses. Quarante fois où Euphonies a essayé de faire le point sur ses découvertes, ses marottes, parfois d'heureux hasards, parfois des bouteilles à la mer. 

 

Depuis le début, ce rendez-vous est envisagé comme une parenthèse de respiration. Des nouveautés, mais pas que. De la Pop et du Rock, mais pas que. Tout ce dont on a pas le temps de parler, tout ce qu'on aime depuis toujours, ou le temps d'un concert, d'une soirée, a droit de cité dans cette cabane.

 

Volonté de partage, certes, mais avouons-le, égoïsme tout autant. Parce qu'une cabane, c'est comme un registre, un journal intime, une photographie : se rappeler de ce que l'on écoutait il y a un an et trois mois, c'est précieux. Comme un album de famille, mais avec plein de grands-oncles et de brus, be belles-soeurs et de cousins germains. Et ce n'est pas toujours facile de satisfaire tout le monde...

 

En tous les cas, espérons que celle-ci vous plaise.  Et quand viendra la 80ème cabane, soyons fous, réunissons-nous le temps d'un week-end pour tout réécouter. Dans ce vieux canapé, là, près de la cheminée. J'apporte le rhum arrangé. 

Corto Maltese - Sous le soleil de Minuit

Corto Maltese - Sous le soleil de Minuit

Repost 0
31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 10:16
Jeanne Added par Jacqueline Ledoux

Jeanne Added par Jacqueline Ledoux

Depuis sa « révélation » au grand public des Transmusicales de l’hiver dernier, mais finalement depuis sa sortie du Conservatoire National Supérieur de Paris et de la Royal Academy de Londres, l’insatiable Jeanne Added que l’on a vue au violoncelle dans les sphères jazz, n’en finit plus d’engranger les victoires. Sans amertume, avec savoir-faire, l’artiste réduit consciemment sa toile, cible son propos et ses proies avec le don d’attendrir même les plus rétifs des mélomanes. Tous succombent. Comment fait-elle ?
 

D’abord, elle s’appelle Jeanne. Chez Euphonies, on aime. Gainsbourg et Brassens vous diront tout le bien qu’ils en pensent. Added, aussi. C’est peut être parce qu’elle a ce truc en plus. L’humilité, un attribut ailleurs pilonné par le poids des années. Ou bien, ce truc en moins. L’affèterie, qui n’a pas de place sur ces épaules trop frêles. La beauté ici, ne s’embarrasse pas de fard, maquillage ni costume. Quel intérêt ?
 

De ce visage lumineux, de ces cheveux courts et clairs, de cette mèche frondeuse, jaillit une présence scénique rugissante. La musicienne et auteure possède cette force intérieure qui irradie plus fort au contact des autres. Alors, Jeanne, elle adore le noir. Elle se présente sans retard au rendez-vous car ce soir, c’est en première partie qu’elle joue. Un set minuté qui lui permet de décocher, vite. Drôle de soirée en deux sets, où, dans les cœurs des premiers rangs touchés de plein fouet, les rôles se sont inversés. En cette Ladies’ night, rendons tout de même grâce à Olivia Merilahti, chanteuse de The Dø. Reine charismatique d’une pop intelligente et tonitruante, elle a absolument rempli le contrat et séduit le millier de personnes rassemblées dans l’espace du Roudour, avec un show d’une grande efficacité. Elle a même poussé jusqu'à un second rappel, un tandem avec Dan Levy sur « Song for Lovers » interprété à quatre mains au clavier (d'une main dans le dos, on eut aimé les pousser à s’embrasser). Pourtant, nos cœurs ne battaient déjà plus que pour Jeanne.  
 

De ce petit être qui conjugue espoir et rage, de ce regard que ne laisse transparaitre que le plus fort des cris intérieurs avec une infinie douceur, est sorti, en juin dernier, l’album « Be Sensational ». 40 minutes de pop sensas, de new wave sensée, interprétée à fleur de peau et le tour fut joué. Les titres cardiaques et dansants (« It », « Back To Summer », essayez de vous les enlever du crâne) les confessions déchirantes (« Look At Them, « Suddenly », essayez de ne pas y coller votre voix pour nommer, avec elle, l’innommable) tout y est. Les 10 titres sont joués sur scène par un power trio, 100% féminin. C’est avec le titre éponyme qu’elle entame ce concert spécial du 28 octobre. Jeanne remercie, « Heureuse de jouer chez Joran ». Morlaix est le fief de son tourneur WART, qui l'a repérée lorsqu’elle n’avait pour arme que sa basse en bandoulière. Il a raflé la mise. Depuis, avec une présence scénique amplifiée, la battante parcourt la France à un rythme effréné. On gage que les frontières hexagonales ne l’arrêteront pas. La Cigale passée et l’Olympia en ligne de mire nous le prédisent. Mais revenons à la musique.

 

Pas de fioriture, mais un amoncèlement minimal et captivant. Les nappes de claviers structurent, les échos de voix portent, les rythmes syncopés et les paroles filtrées ne laissent passer que l’essence. Le combustible ? Cette voix magnétique. Cette interprétation au plus près de l’os qui invite à l’écoute approfondie car l’indicible est là. Elle est mineure cette différence, elle joue avec les limites du basculement, de la saturation, mais retombe toujours sur ses pattes avec souplesse sur l’accord qui apaise. L’art des grands. C’est qu’elle a le don de savourer l’instant, le drame qui point, le contretemps qui laisse de la place à nos imaginaires. Jeanne ne compresse pas, elle ouvre les bras.

 

Jeanne Added (c) Jacqueline Ledoux

Jeanne Added (c) Jacqueline Ledoux

Avant d’entamer « War Is Coming », la meneuse de troupes demande le silence, coupe une intro lancée trop vite pour regrouper ses esprits et les nôtres. Jeanne avoue : « Parce que la joie c’est bien mais parfois aussi, il faut… il faut y aller ! ». Un va-t-en-guerre contre l'idiotie. On n’en attendait pas moins de la chanteuse de « Yes Is A Pleasant Country ».

- Anne. 

 

Merci et Bravo à Camille, Joran et Eddy de Wart, à Valérie et Mikael au Roudour, à Jacqueline Ledoux, pour sa présence et sa sagacité. Visitez son site !

 

Repost 0
10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 11:13
Terence Trent D'Arby - Introducing The Hardline (according to...)

Terence Trent D'Arby - Introducing The Hardline (according to...)

En l'an de grâce 1987, alors que sort l'excellentissime Bad De Michael Jackson, alors que Prince livre le culte Sign O' the times, un certain Terence Trent d'Arby tire son épingle du jeu et trouve une place non négligeable entre les deux monstres du funk/soul 80's.  Histoire d'une comète et d'un déclin.

Si vous branchiez votre radio cette année là, (oui on disait ça à l'époque), si vous vous promeniez dans les grandes surfaces, il y avait de grandes chances de tomber, entre Smooth Criminal ou If I Was Your Girlfriend, sur le premier single de celui qu'on finira par appeler TTDA : Wishing Well. Grosse batterie année 80, reverb ad-hoc, et puis une voix, un grain, une sensualité absolument maitrisée et séduisante. On reconvoque James Brown, Marvin Gaye. Très vite, le morceau se fraie un beau chemin dans les tops européens. Et puis, plus-value, l'artiste est beau, félin, photogénique. A l'image de sa voix, subtilement grasse, souple, rebondie, capable de faire passer celle de Stevie Wonder pour un premier communiant.

Le clip de Wishing Well (notez l'arrivée devant le micro...)

One-shot ? Ce serait sans compter sur le génie multi-instrumentiste du bonhomme en un seul et même album d'une cohérence exemplaire. Introducing the Hardline (according to...) offre quelques mois après, Sign Your Name, devenu un serpent de mer des radios mainstream, jusqu'à aujourd'hui. Certains y verront du Lionel Richie. Sans creuser davantage. Et sans voir le côté mystique, pénétré et surtout beaucoup plus sauvage, animal que la production de ces années là dessert par endroits. Certes le morceau, dans la veine d'une Sade, peut lasser, à cause du turn-over radiophonique, et de la production synthétique. Mais encore une fois, il y a cette voix angélique, esquintée, voire démoniaque, hantée.

Sign Your Name,  c'est le cas classique du tube qui empêche de voir plus loin. Comme si on résumait Christophe à Aline, ou Supertramp à The Logical Song. D'ailleurs, entre Wishing Well et Sign Your Name, sortira If You Let Me Stay, diffusion mineure pour effet majeur, envolée swing et powersoul imparable. Introducing The Hardline ne connait aucune baisse de régime : en à peine 50 mns, TTDA revisite le Gospel, la pop, soul & funk avec une fraicheur salutaire imprégnée de références mythiques.

Nombreux critiques, journalistes, ont vu en lui l'avenir de la musique soul/funk populaire à échelle planétaire. Capable de concurrencer  les plus grands, tant ce premier opus affichait des ambitions cuisinées par la Stax, la Motown, mais aussi la pop le gospel et le R'n'B 1.0. Rare album sans déchet, sanctifié par les fées de l'élégance et de la pureté.

Malheureusement, les multiples albums qui suivirent semblent courir après la perfection de ce premier jet. En 1993, le duo bankable avec Dee s'ree (Delicate) sera le dernier fait d'armes doucereux d'un artiste qui, crise égotique, stratégie marketing, reconversion, se renommera Sananda Maitreya. On pense à nouveau à Prince ou à Cat Stevens...

 

Reste ce coup de génie, inépuisable. A (re)découvrir absolument.

Excellente version de Dance Little Sister

Repost 0
5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 18:25
VKNG - Illumination

VKNG - Illumination

S'il y a un groupe dont on attendait des nouvelles cette année, c'est bien VKNG (prononcez VIKING, cf SBTRKT, MGMT, BRNS...) formation composée de Thomas de Pourquery et Maxime Delpierre. Deux amis. Deux pointures. Le premier, guitariste producteur, leader de Limousine, et qui a travaillé avec Rachid Taha, , Damon Albarn, Mick Jones (The Clash). Excusez du peu. Le deuxième,  chanteur, saxophoniste, compositeur et "figure majeure du jazz européen", (dixit le site officiel) est lauréat en 2014 d'une Victoire de la musique catégorie Album Jazz de l'année.  Il a aussi collaboré récemment avec des artistes d'horizons très différents, (Metronomy, Oxmo Puccino). Excusez du peu.

Pourtant d'aussi belles cartes de visite n'ont jamais constitué la formule imparable pour un excellent album. Combien de crêpages de chignons, de guerres d'égo, de projets et supergroupes ratés sur l'autel de la démagogie, de la jalousie, du tirage de couettes...? N'est pas la dream team qui veut.

Sauf qu'ici, l'intelligence fait loi. Et associée simplement au plaisir de se faire plaisir, la formule est explosive. Déjà repérés à Art Rock cette année en remplacement salutaire de Blues Pills, les garçons avaient su au pied levé faire oublier la déprogrammation avec panache, énergie et humour.  Et aujourd'hui sort enfin l'expression de tout ce qu'on avait aimé de VKNG sur scène. L'album s'appelle illumination et est sorti avant hier chez Naïve. Le son dans l'ère du temps, convainc immédiatement, dès le morceau éponyme. Synthétique, très 80's, emmené de voix de maitre par un De Pourquery haut perché et des choeurs à l'unisson. Tout le reste est au diapason, sans jamais sentir le réchauffé. Le funky Girls Don't Cry où l'on retrouve avec plaisir la voix si particulière d'Olivia Merilahti (The DØ), le très réussi et obsédant Don't Stop... Sans parler de We are The Oceans... Les influences et les directions sont multiples, l'ensemble homogène et chaque morceau transpirent la volonté artisane de construire un tout puissant, immédiat, addictif.  On y entend du Twin Shadow deuxième album, du New Order, du Metronomy,  du Bowie dernière période... mâtiné de funk, de pop, d'effets sonores au service du groove, façon VKNG. L'album est épique,  lyrique, sensuel et déroule un paquet de tubes en 9 titres et 37mns. Le sens de l'urgence, maniant les ruptures de rythme, les surprises, les contre-pieds, comme si le jazz s'invitait masqué dans la pop des années 80.

On a hâte de revoir VKNG sur scène, hors festival. Et ce sera sûrement à Lannion, le vendredi 1er avril au Carré Magique, qui cette année, nous gâte (Dominique A, Bertrand Belin, Hugh Coltman... entres autres propositions allêchantes !!!) Euphonies sera au rendez-vous.

Repost 0
Published by Johann - dans Albums
commenter cet article
28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 12:24
Dans ma cabane une platine # 39

Cette fin de mois de septembre voit le retour de la cabane. En bientôt trois ans, le rendez-vous avait été régulier, sans faute. Mais le calendrier chargé en festivals de cet été nous a obligé à faire une pause. Et c'est plutôt bon signe. On a fermé les portes, couvert les meubles, éteint le compteur. (On dirait une chanson de Cabrel...)

Pour mieux revenir. Et retrouver le confort des pénates. Parce qu'avec l'automne, on a envie de se poser un peu, de faire le point sur les découvertes, ou les petites manies musicales.  Qu'est ce qui nous a plu ces dernières semaines ? Entre franches adhésions (Aline, Low, Beach House) et demi déception (Beirut) entre marotte (Dominique A) chanson d'un jour (Charlie Puth, Pirouettes) et chanson éternelle (l'eau vive...hommage) cette cabane est riche d'influences, d'échos, de contradictions.

Et c'est tant mieux. Parce que non, la musique ne "noircit pas le coeur". C'est au contraire un formidable vecteur d'échanges, de partages, de découvertes, entre catholiques, musulmans, athées, anciens, modernes, noirs, blancs, jazzeux et hip-hopeurs, lêve-tôt et couche-tard, noceurs et anachorètes. Quitte à être angélique ou grossièrement prosélyte, il semblait bon de le rappeler.

Bonne écoute et à bientôt pour plein de rencontres, surprises, chroniques...

Repost 0
15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 19:52
Lé Maodi

Lé Maodi

Attention, émotion locale. A l'époque où My Space n'existait pas, à l'heure où on achetait deux/trois cds par semaine, où on se disait que 129 frs pour un album c'est pas gratuit, a émergé dans le paysage briochin un groupe qui a marqué de nombreux spectateurs : Lé Maodi. Repérés dans un petit bar de la ville (le Cotton Jazz, paix à son âme) le groupe propose déjà une suite de morceaux mélangeant influences réalistes, exigences mélodiques, poésie débridée. Le coup de coeur est immédiat, tant leurs morceaux et leur mise en scène transpire l'intelligence. D'abord  pour le mélange heureux et enthousiaste qui convainc : Moitié chanson française, moitié funk-Groovy, moitié déconnade. Lé Maodi, c'est la musique sans posture, généreuse en concert, qui met l'accent sur des emprunts au folk, à la pop, à la parodie.

Un premier essai : Chez Lé Maodi il est 4h12. Comme pour dire qu'il n'y a pas d'heure pour déguster neuf titres certes inégaux, mais présentant des pépites dont une en priorité : Féminine. Titre écrit par Sophie Boutrois, c'est le morceau qui met en place l'univers Maodi : sens de la mélodie, humour, poésie. Jusqu'au bout de la dérision : "Des cordes sur les filles pour jouer d'la guitare femme", entonné en choeur comme une boutade misogyne, le texte est cependant une merveille...féministe :

 

Mais qu'en est-il à l'origine ?

De cette sensation divine ?

Chacun à son tour imagine

Et pourtant nul ne devine, nul ne devine...

(...)

Je me ferai donc, féminine

Autant que pour toi câline,

Je t'inventerai des comptines,

Des menuets, sonatines...

 Lé Maodi : de l'or...

Le titre est imparable. Et Lé Maodi poursuivent leur chemin et enrichissent leur répertoire en multipliant les concerts en Bretagne ou ailleurs. Et semblent avoir un talent rare pour le tube, les constructions musicales qui rentrent directement dans le cerveau. Dans les années qui suivent ce premier E.P, on découvrira sur scène 3012, Les I.S.T, Je veux de l'or, ou encore Les copines de ma copine. Titres superbement restitués sur cd (collector !!!) lors d'un live à l'Artiste assoiffé à Rennes. On y parle d'amour, de problèmes de la vie quotidienne, mais aussi d'écologie, des médias, d'avenir incertain. Mais jamais de façon moralisatrice ou docte et c'est la première force du groupe : l'angle décalé et poétique, assaisonné d'un humour imparable. Les textes sont parfois surréalistes, très imagés, et les compositions jouent sur les ruptures de rythme et d'ambiance. Voir Lé Maodi en concert, c'est se faire embarquer dans un voyage jovial et plein d'auto-dérision où l'on ne sait jamais quelle direction prendra chaque morceau. Mais à chaque fois, la sauce prend : parce que les trois garçons ne sont pas des chansonniers du dimanche, c'est leur deuxième force. Harmonies vocales au top, basse impeccable sautillante ou groovy,  batterie déliée ultra efficace, il y a de plus un mariage réussi entre chanson réaliste et influences funk, disco, électro, émanation des différentes influences du groupe.

 Lé Maodi : de l'or...

Et depuis ?

 

Cédric et Antoine Guyomard, Vincent Perrigault sont partis vers de nouveaux horizons. Monsieur Ogh, Lugo... Et aujourd'hui, Ketchup Bomb, nouvelle formation pop / électronique de Cédric et Vincent (on pensera au Tube de l'été). Tandis qu'Antoine s'apprête bientôt à enregistrer un live avec son projet de fanfare funk, Tchikifonk. Et par ailleurs, Lé Maodi se retrouvent toujours pour des dates ponctuelles, et fêtent leur anniversaire...!  A suivre sur leur Facebook.  Voici les liens :

Lé Maodi officiel : https://www.facebook.com/LeMaodiofficiel?fref=ts

 

Le 3 octobre, concert anniversaire, à suivre !

 

Ketchup Bomb : https://www.facebook.com/ketchup.bomb?fref=ts

 

Tchiki Fonk : https://www.facebook.com/tchiki.fonk?fref=ts

Repost 0
9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 11:42
Mesparrow et le trio de l'Orchestre Symphonique de Bretagne

Au cœur du festival itinérant des arts de la rue du pays de Morlaix « Rues en scène », c’est la commune de Lanmeur qui accueillait les festivités dimanche 6 septembre. Les spectateurs étaient conviés à une série de rencontres circassiennes, à une déambulation puis à un concert inédit - rencontre entre la chanteuse Mesparrow et trois musiciens de l’Orchestre Symphonique de Bretagne. Sous un soleil généreux, c’est dans les allées de l’hôpital de Lanmeur que je prends conscience des subtilités qui forment le maillage de propositions s’inscrivant dans le cadre observé, souvent trop réduit des « actions culturelles et sociales ».
 

Trois structures, Morlaix Communauté (via la passion du chargé d’animation de l’hôpital de Lanmeur, Sébastien Portier et de sa directrice), l’Espace du Roudour à St-Martin des Champs et Wart (tourneur d’artistes et organisateurs de concerts), se sont associées pour proposer ce concert situé entre musique actuelle et classique, et surtout pour l’ouvrir au plus grand nombre. A la fois aux résidents du centre hospitalier gériatrique et aux familles venues assister au festival. Sur la scène et dans le public, deux mondes différents doivent « se connecter ». Pour favoriser la prise de contact, les équipes du centre hospitalier ont une l’intelligence de permettre aux musiciens de travailler et répéter deux journées dans une salle dédiée au sein de l’établissement. La musique pour rompre la monotonie, délier les langues. A leur manière, avec ferveur ou pudeur, les résidents ont soutenu la résidence artistique.

 
Sur scène aussi, avant d’être artistique, le contact est humain. Le hautboïste et compositeur Laurent Dhoosche a proposé une relecture des chansons de Marion Gaume (Mesparrow) pour trio de cordes et hautbois. Il est rejoint dans cette opération par le violoniste soliste Nicolaï Tsygankov et la violoncelliste Claire Martin-Cocher. La transposition des compositions vers le classique a l’éclat d’une parure et l’habillage sonore sur la fêlure de la voix de Mesparrow, apaise comme un cadeau.

Ouvrir les yeux et les oreilles, éveiller sans perturber, en respectant l’identité de chacun, montrer autre chose en « faisant réfléchir ». Le vocabulaire est pléthorique pour décrire ce qui est en jeu ici. Et, lorsque se mêlent les centaines de spectateurs au public de l’hôpital, une émotion particulière jaillit.

Mesparrow, Nicolaï TsyganKov, Claire Martin-Cocher et Laurent Dhoosche (c) Photo Jacqueline Ledoux

Mesparrow, Nicolaï TsyganKov, Claire Martin-Cocher et Laurent Dhoosche (c) Photo Jacqueline Ledoux

D’abord Mesparrow joue seule au piano ses titres, tel l’opportun, actu oblige, « Street kid » (chanson sur un enfant errant “I haven’t slept for days but I sing this song to stay awake”), puis présente une nouvelle chanson, « Jungle » ("La jungle contemporaine / Joyau de la folie humaine / Tombeau de nos vies"). Impossible de ne pas frisonner, à l’écoute de ces mots, audacieux dans ce contexte. La chanson est sublime. Mesparrow, ou plutôt Marion, puisqu’elle se présente à moi par son nom lorsque je lui parle après le concert, me confie traverser une phase de décantation du travail déjà accumulé pour son second album. Le successeur de « Keep This Moment Alive » son premier album salué de toutes parts il y a deux ans, est en effet en chantier. Lorsqu’on fait subir ajouts sonores, effets, rythmiques et samples sur une écriture instinctive, l’envie est grande de retrouver ses morceaux, tel qu’à l’origine, pour voir s’ils tiennent toujours debout, une fois dénudés au plus près de l’os. C’est en version voix et piano, que je me souviendrai toujours de cette chanson, dont j’apprends en outre qu’elle a été coécrite avec l’immense Marcel Kanche. Ce grand poète et parolier, maître dans l’art de du dépouillement et de l’introspection. Enfants, parents, grands-parents et arrières retiendront ce qu’il faut comprendre.

 
Mesparrow laisse place au trio de concertistes chevronnés. Bien qu'habitués à l’acoustique d’opéras ou d’amphithéâtres clos, ils sont ici particulièrement bien mis en son dans un espace ouvert, préservé des vents contraires. Ils proposent une pièce de Mozart en quatre mouvements pour violon, violoncelle, hautbois (et lunettes de soleil). Puis, en duo violon-violoncelle, c’est le répertoire de Federigo Fiorillo, compositeur d'origine italienne qui a travaillé en Allemagne à l’aube du 19ème, qui prouve que la musique de chambre prend aussi tout son sens hors les murs. Le trio se reforme ensuite autour des compositions baroques et ensoleillées de Vivaldi. Enfin, Mesparrow les rejoints pour les titres « en tutti », réarrangés par Laurent Dhoosche. « The Story of a man », « The Symphony », qui dans de nouveaux atours fait scintiller les souvenirs, précèdent les fredonnements de « The Cliff ». (“But in my old man eyes and in my old man voice, I could finally understand that my whole life has just started”).

Un nom sacré, inscrit partout autour de moi, me fait soudain sourire. Et si cette poignée de main entre les générations et les genres, à laquelle nous avons assistée aujourd’hui, était la fameuse « main d’argent » de Saint Mélar, ce saint breton estropié à qui la légende attribue la commune de Lanmeur pour dernière demeure ? Au deuxième rang, un couple aussi silencieux qu’attachant se tient la main avec la tendresse symbolique de cette fin d’été. « Keep This moment Alive » et vivement la suite.

(c) Photo Jacqueline Ledoux

(c) Photo Jacqueline Ledoux

Un grand thank you à Jack pour ces moments précieux.

Anne.

Repost 0
23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 17:26
Aline-La vie électrique

Aline-La vie électrique

L'essentiel est de savoir se faire désirer. Parce qu'on connait bien le dicton : le désir s'accroit quand l'effet se recule. On peut dire qu'Aline, sur cette affaire, en connait un rayon. Depuis son Regarde le ciel salué de toute part, le groupe s'est lancé ces derniers mois dans un strip-tease musical alléchant, dévoilant au compte goutte quelques morceaux de leur nouvel album, La vie électrique.

 

Et c'est une Aline plus dévergondée qui nous fait de l'oeil : là où le premier album jouait la carte tendre de la nostalgie, des copains et des amours perdues, on découvre avec La vie électrique une facette plus aguicheuse, dandy excentré, comme si Aline quittait l'adolescence pour une déglingue de tous les sens, des transgressions adultes aux chansons classées x. A ce titre, le premier single est comme l'envers du tube Je bois et puis et je danse. Finies les désillusions romantiques du loser magnifique qui rentre la queue entre les jambes. Ici on célèbre l'hédonisme, les corps entremêlées, en filant la métaphore 220 volts. "Le courant continue, nos câbles se resserrent", c'est un peu le sentiment que l'on a aussi en écoutant le reste de l'album, parce qu'Aline n'est pas qu'un joli décolleté ou une chute de reins prometteuse.

Il y a derrière la parade nuptiale une mélancolie dont Romain Guerret a le secret : douce/amer, parfois ésotérique ou cryptée (Tristesse de la balance), des résonnances cachées toujours au service d'une géométrie sensuelle, sexuelle, mélodique. Le chanteur confirme son goût et son talent poétique pour l'évocation, montrer plutôt que dire. Et jouer sur l'ambigüité. Ainsi Avenue des armées a en fait pour toile de fond la première guerre mondiale, Chaque jour qui passe décrit en réalité la relation complexe que Romain entretient avec Roanne, sa ville natale. Et l'ironie désabusée n'est jamais bien loin, une sorte de distance polie palpable tout au long de l'album, comme des clins d'oeil adressés à ceux qui ne verraient que le côté plus clinquant mais diablement efficace de la production made in Stephen Street. (mythique producteur des Smiths).  

Car oui Aline a grandi et ose des choses, s'ouvre sur le monde, varie sur le fil, tout ça sans tomber. Une chanson comme Les angles morts qui porte sur Paris un regard délicieusement désabusé, accouple effets électro et ligne claire. Plus noir encore, va plus loin, abandonnant le chant pop pour un inquiétant mantra qui se termine en reggae désaxé. Dub et overdub, qui l'eût cru ? On connait cependant le goût des garçons pour l'éclectisme musical qui va de l'italo-disco (coucou Alex Rossi) à la pop anglaise en passant par la variété. La vie électrique propose un éventail musical classieux, comme dirait un Gainsbourg qui semble hanter les veines de plusieurs morceaux.  Promis, juré, craché, tout en dérision, balance un rock parodique et moqueur sur trois accords. Ailleurs, c'est Une vie, hommage à Morrissey, qui emprunte au Sexy thing de Hot Chocolate, comme pour signifier qu'Aline n'a pas envie de choisir entre influence et exploration, mari et amants.

Métamorphose réussie, cap franchi, le strip-tease a fait effet. Mais qu'en est-il sur la longueur ? Chez Euphonies, cela fait trois mois que l'album tourne en boucle, et que l'on passe des nuits avec Aline, tant on sait que l'effet de manche ne fait pas tout. Résultat, on ne s'en lasse pas. On est presque jaloux de devoir, dès le 28 août, partager cette relation devenue intime, où l'album révélera tous ses atours. Le cd contiendra onze titres, le vinyle treize. Chansons qu'on viendra écouter en concert dès que possible, parce que le charme opère, le désir est toujours là. Juré, promis, craché.

Repost 0
Published by Johann - dans Albums
commenter cet article

Présentation

  • : Euphonies
  • Euphonies
  • : Musiques surtout, d'hier et d'aujourd'hui. Au gré des envies et des découvertes.
  • Contact

Playlist Le Bout du Monde

Recherche

Dans ma cabane une platine

Ebuzzing

http://labs.ebuzzing.fr

En boucles d'oreilles

1. Scott Matthews - Unlearned

2. Har Mar Superstar - Bye, bye 17

3. Junip - Junip

4. Nick Cave & The Bad Seeds - Push the sky away

5. Aline - Regarde le ciel

6. Fauve - e.p

7. Bumpkin Island - ten thousand nights

8. Hot Chip - In Our Heads

9.Bertand Belin - Parcs

10.Stromae - Racine Carrée

Et pour quelques titres de plus...

Suivez-moi sur Spotify

Extension du domaine...

Paperblog