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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 13:20
You ain't the first

Appetite for destruction vient de fêter son 30ème anniversaire. Inutile de préciser que l’événement est relayé par une bonne partie des médias, et réveille de nouveaux les pro et anti GN’R tant c’est un album qui a divisé et divise encore aujourd’hui l’opinion, et cela va au delà de la musique : c’est aussi une division esthétique, morale, voire politique.

L’album est sorti en 1987 et tous les quadragénaires de ma génération un tantinet portés sur le (hard) rock ont eu l’occasion d’écouter cet album. Si aujourd’hui la sincérité n’est pas la chose la mieux partagée sur « les internets », on peut admettre qu’Appetite for Destruction est un premier essai impressionnant d’équilibre, de cohérence, sans longueur ni fioritures.  Cela n’en fait pas un chef d’oeuvre pour autant me diraient certains. Et ils auraient raison : PNL pourrait sortir un album équilibré bourré de « tubes » cohérents que ce ne serait pas une raison de crier au génie. Non vraiment pas. Ainsi, il y a les allergiques aux Guns, qui ne supportent pas la voix d’Axl Rose, les soli de Slash ou la basse ronflante de Duff mc Kagan. C’est épidermique, voilà tout. Tous les goûts sont dans la nature etc… On pourrait s’arrêter là.

Mais là ou de nombreuses oeuvres laissent au mieux indifférent, Appetite fait partie de ces albums qui provoquent la détestation ou l’admiration pour des raisons autres que simplement musicales. Même chez les métalleux. Rapide retour en arrière : en 1987, si on est amateur de rock, on a le choix entre les monstres sacrés (des Stones à Pink Floyd en passant par Led Zeppelin ou Hendrix pour la faire très courte), une nouvelle génération plus polissée (le rock fm des Dire Straits, U2, ou Queen de ces années là) ou encore des franges plus spécialisées, plus radicales (Stooges, Sex pistols, Toy Dolls, Trust etc…) Le choix n’est évidemment pas clivant et on peut se balader entre toutes ces catégories. Et en rajouter une nouvelle, celle des « hardos », terme employé péjorativement au collège pour désigner ces énergumènes aux cheveux longs, aux pantalons moulants et aux t-shirt noirs floqués. A la fin des 80’s, c’est sur le dos d’une veste en jeans sans manche qu’on peut lire les noms de Deep Purple, Judas Priest, ou Aerosmith. On se peint les ongles en noir (oui noir, toujours noir) et on s’échange des cassettes repiquées d’Iron Maiden ou de Kiss. De loin, on imagine une communauté fédérée, une religion vénérée sur l’autel de la Kronembourg. Il n’en est rien : au même titre qu’un brestois peut considérer qu’un rennais n’est pas breton, il y a comme partout des guerres de chapelles entre ceux qui ne jurent que par l’abrupt Motorhead, le bluesy AC/DC ou le cinglant Slayer. Le patch sur la manche devient un étendard où ne mélange pas toujours les torchons trash et les serviettes hard-rock. A l’image de cette opposition, les Guns’n Roses et Metallica. Si on peut bien sûr aimer les deux, l’être humain a souvent cette manie du duel : On est Beatles ou Stones, Blur ou Oasis, souvent pour des dichotomies caricaturales : mélodie vs rythmique, mainstream vs indie, compromission vs radicalité. Et si l’on compare Master of Puppets de Metallica à Appetite for Destruction, sortis à une année d’intervalle, il semble y avoir cette même différence inconciliable.

 

Appetite for Destruction est en cela un album charnière, dernier représentant phare d’un hard rock  qui sera bientôt jugé ringard, ultime secousse dans un courant en ligne droite des Stones, de Led Zep et d’Aerosmith et qui repose encore sur un son, une attitude sexuellement « rock’n roll ». Si bien plus tard Metallica cédera aux sirènes de la ballade, Master of Puppets est à l’époque un condensé de brutalité implacable, chirurgicalement entrainé par une sèche double pédale et où les confessions libidineuses ont peu voix au chapitre. On est loin des Rocket Queen ou My Michelle d’Appetite. Même les attitudes, les parti-pris sur scène sont aux antipodes :  les Guns’n Roses jouent la carte du travestissement, des poses lascives, de l’ambiguïté, là où Metallica amorce de plus en plus une esthétique épurée, martiale, qui ne cabotine pas. Il y a une sorte de paradoxe dans la proposition des Guns’n Roses qui tiendrait moins la route aujourd’hui, entre posture misogyne et des emprunts à l’esthétique Queer, entre sauvagerie et douceur, romantisme et cynisme crasse. Source de moquerie donc pour les puristes de la saturation martelée.

Cette tension, on la retrouve à tous les niveaux d’Appetite for Destruction. D’abord la voix d’Axl Rose, geignarde pour certains, mais capable de passer de l’aigu à la voix caverneuse. Les registres aussi, du belliqueux Welcome to the Jungle à l’épique Paradise City ou l’angélique Sweet Child of Mine. Les envolées enfin de Slash, capables de lyrisme comme de rugosité.  L’album est une formidable synthèse d’une génération qui voulait vivre vite et mourir jeune.

 

Cette tension, on la retrouvera de moins en moins au fil des années. Puisqu’ils ne sont finalement pas morts jeunes, les Guns’n Roses s’embarqueront dans des tournées fastueuses, un double album mégalomane, signe de grande compromission pour beaucoup mais aussi façon de rentrer de plus en plus dans le moule d’un hard rock en sursis, parfois en s’auto caricaturant, en survivant sur les braises d’un premier brûlot. En l’espace de quatre ans, ils passeront du statut de jeunes rebelles prêt à en découdre à celui de millionnaires boursouflés par les excès et l’ego. Pas étonnant que la sortie d’Use your Illusion I & II soit concurrente de celle de Nevermind de Nirvana ou un an plus tard de Rage Against the Machine. Les attentes et mentalités changent vite et le sentiment d’urgence ressenti dans les propositions de Kurt Cobain ou Zack de la Rocha renvoient les Guns au panthéon poussiéreux du rock. Là, plus de soli interminables ou de postures fantasques : juste l’évocation à vif d’un mal être ou l’engagement pour des causes mondialisées. Deux visions différentes, mais un point commun :  le refus de la starification et des grands barnums. RATM et Nirvana font faire oublier qu’Appetite for Destruction était aussi une confession de détresse et d’inquiétude de son époque, à sa manière. En adoptant un son nouveau, plus garage, plus dépouillé, ils enterreront pour un temps l’extravagance assumée des Guns’n Roses par une sécheresse habitée et concernée, sans colifichets, tambours ou trompettes.

 Appetite for Destruction fête ses trente ans et entraine une reformation des Guns’n roses pour une tournée mondiale. Nevermind a fêté en 2011 ses vingt ans mais Kurt Cobain est mort. Is this It des Strokes et Elephant des Whites Stripes leurs dix ans en 2001 et 2003. Autant d’albums symboliques qui ont imprimé une certaine idée du rock. En 2017, c’est aussi Ok Computer de Radiohead qui célèbre ses vingt ans. Autant d’occasions de se laisser aller à la nostalgie et de circuler entre toutes ces pierres angulaires. Joyeux anniversaire.

 

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 15:52
Art Rock 2017 #3 Dimanche soir

Entendu vendredi pendant le concert des Kills, venant d’un festivalier grincheux : « de toute façon, les bretons n’aiment pas le rock ». Ne me demandez pas pourquoi ce quidam en arrivait à cette assertion aussi radicale que définitive, alors que les dix premiers rangs dodelinaient de la tête sur les riffs du duo anglo-américain. Alors comme ça, Art Rock ne serait plus assez rock ? Et la Bretagne serait juste une terre pour babos notredamedeslandais ou breizhous gavottés ? Je m’apprêtais à sortir mon power point verbal en trois parties et six sous parties, rappelant que la Bretagne, c’est aussi l’émergence de Nirvana et la reformation des Bérus aux Transmusicales de Rennes, le succès (inter)national de groupes comme The Craftmen Club ou Totorro, ou encore la terre du festival Pont du Rock, ancré en Bretagne depuis 28 ans. Et puis je me suis ravisé. Parce qu’il fallait s’entendre sur la définition du mot. Parce qu’il fallait ce dimanche que je regarde ce qui en terme de rock sortait du lot. Et puis parce que, sur le coup, je n’avais pas de stylo. Art rock usurpait-il la deuxième partie de son nom ?

Non.

Parce qu’à 15h00 à la Passerelle, c’est déjà deux définitions du rock qui se sont succédées : Radio Elvis et Bertrand Belin. Le premier, sorte de précipité miraculeux entre Bashung et Dominique A, béni par la fée mélodie, a galvanisé le public. Le second, dandy sec et lettré, bulle d’ironie dans une Santiag bien cirée, a mis tout le monde d’accord. Deux visions du rock, mais un même champ lexical : élégance, intelligence, incorruptible.

Parce qu’à 19h30, Thomas Azier a su mettre dans sa poche le public en convertissant ses mélodies d’argent en or scénique. Belle prouesse d’alchimie. L’exercice si périlleux de transposer son univers sur une grande scène passé de main de maître.

Parce qu’à 21h00, les tant attendus The Black Angels n’ont pas déçu en déployant leur rock azimuté, à la fois nerveux et aérien, psychédélique. Dommage à nouveau que le son ne soit pas au rendez-vous, trop d’aigus ou trop de graves, il fallait parfois trouver la bonne place dans la foule pour éviter la bouillie sonore. Dommage, mais résolument rock.

Parce qu’à 22h30 et 00h15, deux groupes emblématiques de la scène rock mondiale ont sorti leur fulguro-poings pour rappeler qu’il fallait compter avec eux. Metronomy et Archive, jamais racoleurs, mais puissants, chacun à leur manière. A ce stade d’un festival, on ne commente plus chaque morceau, mais l’impression d’ensemble : une belle machine à envouter, parfois un peu trop polissée, mais à nouveau, résolument rock.

Et enfin, parce que la relève est assurée. Deux groupes entendus tard dans la nuit au Forum, Nova Twins et Shame, n’ont pas fait la dentelle. Charges explosives, radicalité, efficacité. On ne vient pas pour l’originalité mais pour l’envie de se faire submerger par ce son travaillé jusqu’à l’os. Capable de faire hocher la tête malgré la fatigue, après trois jours de festival. Définitivement rock.

Alors si je reprends ce commentaire entendu, oui Art Rock est toujours une vitrine du rock en Bretagne. Et mérite bien son nom. Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas la meilleure édition à laquelle Euphonies a participé. Mais comme les albums d’AC/DC ou les films de Woody Allen, il y a toujours un moment de magie, quelque chose d’unique qui se passe.

Remercions donc tous ceux qui ont rendu possible ce mélange improbable de rock, mais aussi de funk, de rap, d’électro, de chanson française. Tous ceux qui ont bossé sur tous les projets (une pensée particulière pour les petites mains du projet Carabosse). Une bise aussi à tous ceux qui comptent lors de ce festival, présents ou absents : Anne, Juliette, Julien, Marc, Jean-Louis, Olga, Thomas, Hervé, Annabelle, Morgane. Et un grand merci à Jacqueline pour sa présence, son oeil et ses photos sur son tout nouvel appareil !

A l’année prochaine !

Ibibio Sound Machine (photo Jacqueline Ledoux)

Ibibio Sound Machine (photo Jacqueline Ledoux)

Sortilège au parc des promenades (photo Jacqueline Ledoux)

Sortilège au parc des promenades (photo Jacqueline Ledoux)

The Black Angels (photo Jacqueline Ledoux)

The Black Angels (photo Jacqueline Ledoux)

Bertrand Belin (photo Jacqueline Ledoux)

Bertrand Belin (photo Jacqueline Ledoux)

Last goodbye (photo JB)

Last goodbye (photo JB)

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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 11:05
Art Rock 2017 #2 Samedi 3 juillet

6 choses que vous ignoriez sans doute sur ce samedi soir à Art Rock (la 5ème va vous couper le souffle !)


1.La majorité des festivaliers qui achètent un billet ou un forfait va voir des concerts. Mais notre étude nous laisse entendre qu’une minorité ne voit rien, ne se déplace pas devant les scènes et n’a même pas de carte Cashless. Qui sont ces gens ? que veulent-ils ? Et pourquoi se regroupent-ils dans de mystérieuses alcôves dans l’enceinte du festival ? Quelle est la signification de cet étrange bracelet qu’ils portent tous au poignet ? Euphonies mène l’enquête.


2. Il y avait dans le public de Cléa Vincent beaucoup d’hommes. Mais aussi beaucoup de femmes. On a même pu apercevoir des enfants. Ils ont donc tous pu profiter des ritournelles synthé-pop de la chanteuse pianiste devant la scène B. Les morceaux sont frais, entrainants même si l’ensemble manque encore de densité et d’originalité. On pense à Pendentif ou The pirouettes, la même (fausse) légèreté qui va bien pour commencer cette soirée sous un ciel encore clément (voir précédent article).

3. Les initiales de Ibibio Sound Machine sont ISM. Si l’on remplace le S par un B, cela donne IBM. Un hasard ? A la rédaction d’Euphonies nous le croyons pas. A moins que le I soit pour Intensité, S pour Swing et M pour Musicalité. Le collectif londonien a hier soir fait monter l’exigence musicale d’un cran avec une proposition artistique implacable. La chanteuse Eno Williams a une présence scénique impressionnante, se dandinant généreusement sur une structure rythmique métronomique et des cuivres ronds et chaleureux. On a une pensée pour le concert de Sharon Jones (partie trop tôt) sur cette même scène il y a quatre ans. Même envie d’en découdre, même joie d’être là. Une belle découverte de cette édition 2017.

4. Un panda est monté sur scène pendant le concert de Julien Doré. C’est en tous les cas le témoignage d’une partie d’une public présent hier soir. Effets psychotropes ? Hallucination collective ? en tous les cas, le public ne faisait qu’un pour entonner les tubes du dandy populaire, qui leur a donné pour leur argent en faisant le job. Pas trop d’effets de manche, un set propre et efficace, de quoi ravir tous ceux qui étaient venus en priorité pour voir la nouvelle idole des jeunes (et des moins jeunes). On pourra reprocher à Julien Doré, comme sur album, de ne pas assez varier les arrangements ou les lignes de chant, mais la recette fonctionne et le bonhomme a le sens du spectacle : arrivée en moto, explosions de confettis, seul la pluie à deux reprises viendra un peu gâcher le concert. Entendu dans la foule à la sortie : « C’était plus Julien mouillé que Julien Doré ». CQFD.

5. Une secte mystérieuse s’est introduite dans le parc des promenades à la tombée de la nuit pour mettre en place un étrange rituel pyromane. Illuminati ? Klux Klux Klan ? Se balader hier soir dans les allées du parc était en tous les cas fascinant et visuellement à couper le souffle. Où que le regarde se porte, des flammèches, des flammes, des flambeaux, des structures en feu, perçant dans l’obscurité. Ici une balançoire, là des structures métalliques, l’ambiance était surréaliste, et se balader dans le parc donnait l’impression d’assister à une inquiétante messe noire à laquelle on participait dans un mélange d’émerveillement enfantin et de curieuse inquiétude. Après recherche, la secte s’appelle la Compagnie Carabosse et ce n’est pas leur premier fait d’arme. Ils remettent d’ailleurs ça ce soir. A ne pas manquer, expérience marquante.

6. Le début du set d’Acide Arab a été piraté par des sbires de Donald Trump. A moins que ce ne soit un coup de Deluxe, la formation qui précédait sur scène et qui voulait que le public reste sur la force festive de leur proposition ? Ou alors un simple retard dû à des problèmes techniques ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Quoi qu’il en soit, c’est avec une petite dizaine de minutes qu’Acid Arab investit la grande scène et lance leur machine à danser. Tous les ingrédients d’un set Dj sont présents, ruptures de rythme, montées, descentes, jeux de lumières. Avec la petite touche en plus, arabisante, lancinante, se mariant à merveille avec le martèlement de certains beats. Le contrat est rempli et les festivaliers fourbus peuvent quitter la grande scène pour se reposer un peu avant d’entamer cette dernière journée.

A ne pas rater : Radio Elvis et Bertrand Belin à la Passerelle, Abra, The Black Angels, Metronomy, Archive… Et Soon She Said au Y’a Skiff à 19h45.

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 12:07
Art Rock 2017 # 1 Vendredi soir

Hier soir a commencé la 37ème édition du festival Art Rock sous un soleil clément (je ne sais pas pourquoi c’est toujours le soleil qui est clément quand la foule est chaleureuse, jamais l’inverse. Pourtant des fois…) Après Yeah! la mode et United Pantings, la thématique de cette année est Fantastic Elements, thématique à nouveau exprimée en anglais. A croire que « Fantastiques éléments » doit trop sonner fête de la science à Pleumeur Bodou. Passons.

Quatre éléments, l’air, l’eau, le feu, la terre que l’on allait retrouver tout au long de cette soirée. Presque autant que la bière et les perches à selfie.

Air : si étonnamment je n’ai croisé aucun Hand Spinner sur le festival hier soir, j’ai découvert un autre brasseur d’air en la personne de Roméo Elvis. Annoncé dans le communiqué de presse comme « véritable bête de scène » (…) qui « chauffe le public en deux punchlines bien senties » de mon côté j’ai plutôt vu une bête de foire capable de faire passer les textes d’Orelsan pour des parangons de raffinement. S’il suffit de se trémousser comme Benny B en ânonnant des insanités (écoutez le consternant et sexiste Drôle de question) pour être considéré comme une bête de scène, je pense que Joey Starr a du souci à se faire.


Plus mitigé, le concert de La Femme m’a laissé un peu sur ma faim. S’ils ont fait bien circuler de l’air, les foutraques Marlon déguisé en pompiste et Clémence déguisée en… euh, déguisée quoi, ont emprunté des couloirs parfois très, trop casse gueule. Au milieu du set, j’ai eu l’impression d’assister à un concert de Bernard Minet période Club Dorothée, tant dans le phrasé chanté que la déglingue rythmique digne de Teletubbies sous acide. Tout y passe, du saut dans la foule aux pitreries bon enfant. Reconnaissons cependant à La Femme de savoir souffler le chaud et le froid, capable également de proposer des hymnes régressifs mais hypnotiques et fédérateurs. Une majorité du public est conquise et en transe. Love is in the air.

Terre : festival urbain par excellence, Art Rock a encore prouvé cette année sa capacité à offrir des représentants de multiples continents, du local de l’étape Dominic Sonic aux norvégiens de Slotface en passant par les australiens de Jagwar Ma. Ces derniers justement ont proposé hier un set fidèle à leur signature musicale, inventive, décloisonnée, souvent accrocheuse par des trouvailles mélangeant samples, psychédélisme et pop 3.0. Dommage que le son sur la grande scène n’était pas (encore) au rendez-vous, manquant de rondeur et d’équilibre. Certains morceaux paraissaient donc brouillons ou en deçà de leur potentiel. Dans un autre registre, la tellurique Coely a convaincu le public de la scène B (diablement plus agréable cette année) avec son mélange de soul-funk et de rap dans une énergie plus que communicative.

Feu : Le mur du son imparable de The Kills a mis le feu en cette de fin soirée, proposant un concert remarquable d’élégance, de rock racé et de présence scénique. La flamboyante Alison Mosshart a pris d’assaut la Grande Scène à la nuit tombée pour une performance incandescente, pleine de rage canalisée, et sublimée par les riffs bruts ou ciselés de Jamie Hince. Le show est tendu, brûlant, et sauf quelques intermèdes de samples téléphoniques, sans temps mort. La chanteuse finira le concert allongée au sol, avant de s’allumer une cigarette pour le dernier morceau. Incandescent on vous dit.

Eau : de l’eau, on n’en a pas beaucoup vu hier soir. Ni du ciel (tant mieux) ni dans les verres (tant mieux. Ou tant pis. A vous de voir).

Rendez-vous ce soir pour d’autres éléments fantastiques. Et pour les pyromanes en herbe, ne ratez pas la création de feu de la compagnie Carabosse, dès 22h30 au parc des promenades.

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 12:11

Perfume Genius - No Shape

In bloom

Le projet Perfume Genius fait partie des entreprises musicales qui ont balisé, encouragé, enthousiasmé ces cinq ans d’écriture critique chez Euphonies. Sur le grand spectre de nos écoutes, de la pop très formatée aux expérimentations audacieuses, le curseur a toujours été fixé sur la volonté d’ouvrir et d’offrir au plus grand nombre une alternative. Défendre certains représentants du mainstream malmenés et en même temps, accompagner les oreilles sur des propositions plus confidentielles, audacieuses, séduisantes. Dès l’album Learning en 2010, Perfume Genius, projet du bouleversant et bouleversé Mike Andreas, nous rappelle combien il est important de partager la musique de ces exclus des grandes ondes, de ces invisibles déclassés, faute de temps ou de clés pour y accéder.

No Shape, (informe, ou par extension inclassable, qui ne se range dans aucune case) est l’expression parfaite pour désigner le quatrième opus de Perfume Genius. L’auteur livre ici une confession dense, sinueuse, parfois exubérante, parfois intimiste, parfois expérimentale, toujours sincère, que ce soit dans l’extravagance ou la sécheresse bricolée. Treize morceaux, treize vérités sur sa fragilité, son homosexualité, mais aussi sa magie sonore. On pense à Sufjian Stevens, à Antony Hegarty, à tous ces artistes qui nous rappellent que si le son est méthodiquement théorisé, il nous échappe toujours la raison d’une émotion auditive, et que le tremblement n’est pas soluble dans la science des tourneurs de page.

Il suffira d’écouter le premier titre, Otherside, pour s’en assurer. Piano, voix toujours fébrile mais plus affirmée, coupures de rythme, voyages sur des territoires inconnus sans perdre sa carte d’identité, Mike Andreas signe sans doute l’un des plus grands albums de 2017.

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 20:06
The winner takes it all

Et si la politique était soluble dans la musique ? Et si la musique pansait un peu de nombreuses plaies d’incompréhension à quelques jours du premier tour ? Et si la pop, le rock, le rap etc… rappelaient de façon engagée ou dégagée qu’au delà de discours bien huilés, d’éléments de langage, la musique est un cri qui vient de l’intérieur ? Alors que nous sommes nombreux à avoir un avis, des goûts, des convictions, des attirances pour celui ou celle qui devrait y être en ce soir du 7 mai, nous multiplions les débats, nous révisons sans cesse notre jugement quand bien même on a toujours déjà choisi. Nous sommes également nombreux à nous dire en notre for intérieur que nous ne comprenons pas tout, des subtilités, des jeux de pouvoir, de la chose publique. Et c’est à cet endroit d’indécision que le Fa / Mi / Fa / Sol / Ré / Do peut servir. Voici une petite sélection de onze chansons, comme autant de professions de foi plus ou moins explicites en la matière, et qui vous rappelleront peut-être quelques problématiques actuelles, quelques programmes, dérives ou espoirs. A vous d’en faire bon usage. Et de retrouver, parfois, le candidat caché derrière. (Attention, parfois choix multiples...)

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 18:24

 

Ceci n’était pas un concert. Une performance, un récital azimuté, une déclaration d’amour à Guy Debord, un one man show avec de la musique dedans, un dérèglement de tous les sens, une ode à la régression jouissive, au travestissement parodique des codes habituels d’une prestation scénique. Samedi soir au Carré Magique, Philippe Katerine a prouvé qu’on pouvait jouer avec les cadres parfois trop formels de la restitution d’une oeuvre en live. Pour notre plus grand plaisir, et une bonne dose de fou-rires.

Dès le premier morceau, La reine d’Angleterre, le décor est planté : minimalisme du texte et du dispositif. accompagné au piano par l’excellente Dana Ciocarlie, Katerine débarque dans un lycra bleu, une hermine et une couronne, entonnant : « je suis la reine d’Angleterre et je vous chie à la raie ». Pas de posture anarchique à la Sex Pistols ici, plutôt une facétie carnavalesque de garnement. On comprend immédiatement que si l’on vient pour un best-of du vendéen, il faudra passer son chemin. L’idée est tout autre : proposer un événement hybride qui mélange auto-citations, théâtre, et en somme, communion.

L’exercice peut être casse-gueule. Tenir deux heures sur ce registre peut lasser, voire irriter ou choquer, quand une chanson comme excuse-moi commence par « excuse-moi j’ai éjaculé dans tes cheveux à un moment inadéquat ». Sauf que Philippe Katerine ne marche pas sur les mêmes plates bandes qu’un Didier Super ou un comique troupier. Il a l’art de manier le chaud et le froid, l’outrance et l’intimisme. Et à force de ne pas se prendre au sérieux (il faut aller le voir pour comprendre) il emporte très vite l’adhésion.

Quelques tubes sont passés à la moulinette de l’auto dérision : Louxor j’adore (devenu dans les mots du refrain « au bar du Trégor ») La banane, Marine Le Pen (texte cruellement visionnaire et faisant réagir joyeusement le public). Fort de son expérience, de son sens du spectacle et de l’humour pince sans rire, Philippe Katerine parvient à trouver un équilibre entre provocations crues et véritables instants de poésie, n’hésitant pas à prodiguer des  bisoux  (sic) en vrai à la salle. L’artiste semble mû par une sincère envie de foutre un joyeux bordel génialement immature, comme cette chanson 3 ans : « ils ne savent pas vraiment comment ils sont coiffés, on dirait toujours qu’ils sont un peu bourrés ». L’approche n’est jamais vulgaire ni méprisante : l’artiste parvient à maintenir une forme d’angélisme, de personnage au service de la performance, généreux dans la durée et très malin dans la mise en scène. Pour comprendre pourquoi Katerine rime avec un hérisson, des lampes torches, un saxophone dégueulasse, et des cornes de gazelle, il fallait en être ce soir-là. Et ceux qui y étaient en sont sortis ravis.

Merci encore au Carré Magique d’avoir fait ce choix plein d’inattendus. Et comme le disait un partenaire de plume, il fallait une bonne dose d’humour pour programmer Katerine un 1er avril… Mission réussie. Un immense merci à Philippe et Mariane de nous avoir permis de partager ce moment si Sexy cool !

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 12:49
Something Good

Good - Rodolphe Burger

 

 

Avez-vous envie de rédiger une chronique musicale ? Voici un modeste vade-mecum qui vous permettra vous aussi de réaliser la critique de vos rêves.

D’abord choisir un album. Oui ça parait une évidence mais c’est une étape délicate. Lequel choisir dans la pléthore de sorties quotidiennes ? Partons du principe que nous choisirons une oeuvre de qualité. Si c’est pour cracher son venin sur une ambulance, on ne voit pas trop bien l’intérêt. Donc pour la démonstration d’aujourd’hui, nous choisirons le dernier album de Rodolphe Burger : Good.

Ecouter jusqu’au bout. Plusieurs fois s’il le faut. Attention ce n’est pas une obligation. On peut très bien se contenter de lire les titres et d’improviser. Voire de refourguer une précédente chronique du même artiste en changeant le nom des morceaux. Ca marche très bien pour AC/DC ou Christophe Maé. C’est plus risqué pour Rodolphe Burger. Donc écoutons-le. Sur You Tube, Spotify ou Deezer. Conseil à ce titre : n’achetez pas l’album, sauf si vouez un culte immense à cet artiste. Bannissez la trop grande qualité sonore du vinyle, ne vous encombrez pas d’un nouveau cd qui finira par prendre la poussière. Pensez comme Gainsbourg qui recommandait d’écouter sa musique d’abord sur un vieux transistor. Si la magie opère c’est bon signe pour la suite.

Il peut être utile d’écouter les paroles. Selon vos capacités polyglottes, cela vous évitera des déconvenues, comme encenser une chanson qui s’intitulerait « let’s burn jews and fuck babies ». Même si le riff de guitare envoie du bois. Si l’artiste s’appelle Christophe Maé ou Kendji Girac, passez à l’étape 4. Si l’artiste s’appelle Rodolphe Burger, prenez le temps de décrypter les paroles : « c’est l’heure où tout le monde est vieux » (Happy Hour), « Je suis comme fané, squelette éparpillé, mon coeur est en cire, en fusion dans mon corps, je suis sec » (Poème en or) « Tu ne tueras pas, ni tes camarades ni tes profs ni tes voisins » (Rien ni personne). En conclure que l’album est d’un irrésistible optimisme. C’est important le registre.

Passez à l’écriture. Pour des chroniques à l’ancienne, il semble de bon ton de rappeler quelques éléments biographiques. Pour cela Wikipédia est ton ami. Mais Chut ! Laissez planer le doute sur l’origine de vos sources. Faites plutôt croire que vous êtes une encyclopédie vivante, et que vous savez que Rodolphe Burger est un guitariste, chanteur et compositeur français né à Colmar le 26 novembre 1957. Qu’il est le fondateur du groupe Kat Onoma (1986- 2002) et poursuit une carrière solo. Qu’à travers son label Dernière Bande et la Compagnie Rodolphe Burger, il multiplie les collaborations avec d’autres artistes. Qu’Il est le fondateur du festival « C’est dans la Vallée ». Qu’outre ses quatre disques solo, il fait paraître via son label Dernière Bande plus d’une vingtaine d’albums qui témoignent d’une générosité créatrice qui l’a vu collaborer avec de nombreux auteurs et artistes, parmi lesquels les écrivains Pierre Alferi et Olivier Cadiot, mais aussi Alain Bashung, Jeanne Balibar, Françoise Hardy, James Blood Ulmer, Erik Truffaz, Rachid Taha, Ben Sidran et bien d’autres.

Soignez votre écriture. Si vous êtes dyslexique, dysorthographique ou fan de Christophe Maé, n’hésitez pas à soumettre votre pige à un correcteur disponible. Si vous avez une ambition journalistique chevillée au corps, et que vous souhaitez intégrer la rédaction des Inrocks, choisissez une panoplie de mots et formules imparables : « lysergique », « arachnéen » « Chtonien », « crépusculaire »… Exemple : Avec Good, Rodolphe Burger creuse le sillon d’une oeuvre crépusculaire, forte de morceaux troublants voire lysergiques. En ce sens un titre comme Cummings confirme la noirceur arachnéenne de ses précédents albums, confirmée par l’inquiétante étrangeté (placement de culture) chthonienne de FX of love. Evitez cependant les « album de la maturité » (surtout pour lui) ou le terme « chef d’oeuvre » (bon c’est pas contre Rodolphe Burger, mais il faut toujours garder un peu de réserve : pensez Fantaisie militaire.)

Vous pouvez d’ailleurs rajouter de ci de là des références ou des ressemblances avec d’autres artistes. Ici, vous pouvez puiser dans Léonard Cohen ou Alain Bashung version Samuel Hall, Ca mange pas de pain et ça donne une direction.


Voilà votre article est prêt. Avant de le mettre en ligne, évitez de lire des propositions concurrentes. Puisqu’il y a à peu près autant de contempteurs que d’auteurs. Défendez votre projet jusqu’à la prochaine découverte. Trouvez un titre original en rapport avec l’oeuvre. Attendez les likes et les partages. Aucune obligation cependant de devoir écouter l’album chroniqué en boucle. Vous pouvez continuer à épuiser ABBA, U2, Radiohead ou Georges Brassens. Personne ne le saura. Et si un jour, quelqu’un vous reparle de Good de Rodolphe Burger, voire de votre chronique (la classe !), prenez un air distant et pénétré et dites : « ouais c’est un chouette album, mais bon après… (liberté de placement : finalement je préfère / quelques morceaux bof… / Kat Onoma est quand même inégalable). En revanche, si l’album obtient un franc succès critique et public, mettre l’accent sur le fait que vous étiez l’un des premiers à vous y intéresser.

Enfin, pour ceux qui n’ont pas le temps de lire votre article, disons que Good est hautement recommandable. A vous de voir pourquoi.

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 17:54
Quand la montagne accouche d'une souris

C’est par un oxymore que nous revient François & The Atlas Mountains. Solide mirage. Au delà de la beauté du titre, c’est tout un programme qui s’ouvre là, entre assurance et perte de repères, forme de poésie pas sûre d’elle même, plus très sûre du dire mais le dire quand même.

On avait quitté le groupe il y a presque trois ans sur un troublant et abouti Piano Ombre. A l’époque, Francois nous avait confié ses envies, ses projets (Quitter la ville avec Rone). Et voilà que débarque ce Solide mirage. A vrai dire, j’ai accueilli l’album sans appréhension ni inquiétude. Plutôt une simple curiosité de voir dans quel sens allait évoluer cette formation qui a su planter dans le paysage musical français ce mélange raffiné de convocations tribales, de chant aérien, de tonalités mineures, d’expérimentations en marge tout en restant droit dans ses bottes de sept lieux POP.

En ce sens on ne sera pas déçu. Solide mirage creuse le sillon d’une pop qui drague le rock, emprunte à l’électro, tout en réinjectant ce qui fait la marque de fabrique de François &The Atlas Mountains : guitares sautillantes, voix diaphane, concentration sur les contre-points et les arpèges.
Bête morcelée est un bon exemple d’une volonté de durcir le propos et le son, et de montrer une autre facette du groupe. Pour le coup je n’y ai vu qu’un mirage justement, comme si le morceau ne devait servir qu’à chauffer une foule entre deux standards. Et après plusieurs écoutes, je reste sceptique : ce n’est certes pas un mauvais album, mais pour ceux qui suivent la carrière du groupe, cela ressemble à un patchwork bancal d’une recette efficace et d’explorations hasardeuses. Là où Piano Ombre imposait magistralement un univers cohérent, ce Solide mirage semble décousu, et parfois bâclé comme un dimanche soir de flemme. Pour exemple Tendre est l’âme ou jamais deux pareils, très poussifs.

Heureusement, quelques titres tirent leur épingle du jeu. Et on aimerait voir le groupe aller dans ce sens. Grand dérèglement, qui aurait pu figurer sur l’album précédent, est un excellent exemple de la stylistique François & The Atlas Mountains. Tout comme Apocalypse à Ipsos qui, sans révolutionner le genre, rappelle les belles heures de Soyons les plus beaux.

Reste ce sens du texte, des formules séduisantes donnant l’impression de ne pas y toucher et qui, sous couleur de naïveté accueillent en réalité une multiplicité de sens. C’est aussi par ce biais que l’album n’est pas un échec. Mais pour le reste, Solide mirage pourra sembler être une transition maladroite.

Laissons donc peut-être le temps de voir comment certains morceaux évoluent sur scène. François &The Atlas Mountains reste l’un des plus beaux représentants d’une musique française qui choisit son format et son horizon. C’est suffisamment rare pour ne pas tomber dans le panneau, ni justement de croire au mirage d’une proposition toujours réinventée, toujours plus forte, toujours révolutionnaire. Prenons de la distance et… Soyons les plus beaux.

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 13:58

Programmer Bachar Mar Khalife à Lannion un mardi soir de novembre était un pari audacieux. Si l’artiste est diffusé de temps en temps sur Inter ou Nova, on pouvait se poser la question de la quantité de personnes prête à braver le froid et la pluie de ce mardi soir pour aller l’écouter. Belle surprise alors en arrivant au Carré Magique de rencontrer un hall bondé, et de tous les âges : scolaires, curieux, habitués s’étaient donné rendez-vous pour (re)découvrir les mélodies labyrinthiques de ce touche à tout talentueux.

Chez Euphonies, on a découvert cet artiste libanais avec son deuxième album au titre à rallonge : Who’s gonna get the ball from behind the wall of the garden today ? véritable coup de coeur de l’année 2013. Subtil mélange de jazz, d’électro, de musique traditionnelle, l’ensemble convainquait par son caractère hypnotique et puissamment addictif. Cette année sort son troisième sortilège, Ya Balad, que l’on pourrait traduire par "ô pays", où l’on retrouve de façon plus feutrée les belles obsessions cathartiques d’un magnétiseur déraciné, réconciliateur pacifique des anciens et des modernes, des forces telluriques et d’un susurrement fragile. Comment alors transformer cet univers sur scène, loin des formats balisés du récital ?

Dès le premier morceau, le ton est donné : il s’agit moins d’un concert que d’une messe païenne, où Bachar, sur un dispositif scénique ascétique, plante le décor d’un appel à la méditation, à la contemplation, au recueillement. Longue introduction toute en retenue, presque solennelle, pour mieux nous désarçonner dès Leyla par une rupture de rythme martiale. Mention spéciale d’ailleurs à Dogan Poyraz, le batteur de la formation, pour sa capacité à passer de la caresse technique au martèlement atomique, clé efficace de la structure de nombreux morceaux de Bachar Mar Khalife. Recette d’ailleurs peut-être trop systématique, qui au bout de quatre ou cinq morceaux surprend moins qu’elle lasse un peu. Rare bémol de la soirée.

Après Ya Nas, l’un des morceaux les plus séduisants du second opus, Bachar prend la parole et nous dit :

« Oh Seigneur, accorde moi cette dernière prière. Epargne nous… et laisse nous tranquille ».

Tonnerre d’applaudissements dans la salle. Dans un contexte actuel lesté par le poids de l’intégrisme, l’artiste en appelle à la libération des esprits libres et tolérants. En ce sens, son spectacle est celui d’un religieux au premier sens du terme : chercher la communion possible, la puiser dans toutes les franges, toutes les propositions, mêler conscience et exaltation. A l’image de la deuxième partie du concert, davantage axée sur la transe, la jubilation, sur des rythmes pulsatiles étirés jusqu’à la liesse.

Dans ce grand tremblement viendra s’infiltrer Dors mon gâs, une chanson douce de Théodore Botrel, chansonnier breton et fierté régionale. Cette chanson ce soir là est dédiée aux victimes d’Aleph :

À côté de ta mère
Fais ton petit dodo
Sans savoir que ton père
S'en est allé sur l'eau
Que a vague est en colère
Et murmure là-bas
À côté de ta mère
Fais dodo, mon p'tit gâs

Pour te bercer, je chante
Fais bien vite dodo
Car dans ma voix tremblante
J'étouffe un long sanglot
Quand la mer est méchante
Mon cœur sonne le glas
Mais il faut que je chante
Fais dodo, mon p'tit gâs

Si la douleur m'agite
Lorsque tu fais dodo
C'est qu'un jour on se quitte
Tu seras matelot
Sur la vague maudite
Bien loin tu t'en iras
Ne grandis pas trop vite
Fais dodo, mon p'tit gâs

Pari réussi : les trois musiciens salueront un public debout.

 

 


Bravo et merci donc à Mariane et Philippe pour l'audace de ce choix. Premier jalon de cette saison 2016-2017 au Carré Magique, riche en propositions. 

photo : Johann Bourgès

photo : Johann Bourgès

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