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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 20:17
Words (don't come easy...to me)

Villagers - Courage

 

La bonne nouvelle de ce début 2015, c’est l’annonce d’un nouvel album des Villagers. Les lecteurs assidus d’Euphonies connaissent mon enthousiasme pour le raffinement et la grâce de Conor O Brien, ce troubadour élégant qui depuis cinq ans cisèle de sa diction parfaite et de ses fulgurances mélodiques un diamant musical.

 

En écoutant Courage, je me fais la réflexion que nous n’écoutons que trop peu les mots des auteurs. Soit parce que nous ne sommes pas polyglottes, soit parce que même en Français, les phrases deviennent le temps d’une chanson un canevas sonore, où l’on reconnaît un accent, des expressions, mais rarement un sens. Le texte n’est pas sous nos yeux, l’attention est perturbée par un combiné de Fa dièse et de caisse claire. Ainsi L’aigle noir nous a échappé. Ainsi nous découvrons la vérité des années plus tard quand nous écoutons. Que dit le chant des esclaves de Verdi ? Que conteste Gil Scott Heron ? Que réclame Mercedes Sosa ?

 

Avec ce premier morceau, Conor O Brien, tout barbu et revenu des turpitudes, travaille l’introspection. S’inquiète de l’égo. Et du courage. Et derrière la faconde lyrique pointe une angoisse, une interrogation qui traverse toute son œuvre. Qui nous pousse à écouter deux fois : l’orfèvre et l’auteur. Et puis de faire sien son message, humble et modestement pop. Courage.

Villagers au Grand Mix (Tourcoing) le 5 Mai. Heureux les nordistes !

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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 20:08
  Retour des solitudes

 

Jeremy Enigk - Return of the Frog Queen

 

Chronique par Alex Dises.

 

Avant d’écouter un album, encore fallait-il le prendre en main, y repérer des indices visuels qui vous font dire : celui-là , il est pour moi.

 

C’était le cas lorsque que je découvrais « Return Of The Frog Queen » au titre obscur et hermétique. Du label (SubPop) au photographe, il annonçait la fin d’une époque. En 1996, Charles Peterson y fige un Jeremy Enigk penseur et énigmatique loin de l’image du leader du groupe Sunny Day Real Estate auquel il mit fin l’année précédente. La nébuleuse rock de Seattle finissait sa course folle en imprimant sur notre rétine la lumière encore persistante d’étoiles pourtant bien mortes.

 

A l’écoute, les morceaux s’enchaînent, courts, possédés et toujours empreints d’une mélancolie agitée. Très vite une certitude : on est entré quelque part. Ce mec nous livre sa tête et le plateau est finement ciselé.

 

De la délicatesse nerveuse (Lewis Hollow ou Call me steam) à la fébrilité trouble d’un imaginaire captivant (Return of The Frog Queen, Carnival) l’écoute vous caresse les blessures, vous secoue patiemment. Enigk alterne morceaux fragiles, petites bulles d’oxygène, et les mélodies épineuses et hérissées qui les éclatent aussitôt vous laissant à bout de souffle en un superbe final. The Shade & The Black Hat aurait pu venir conclure une odyssée finement orchestrée, complexe mais discrète.

 

C’est pourtant The Fallen Heart qui parachève le récit carrollien d’une contrée en ruines où subsistent encore les vestiges d’anciennes merveilles. Etrange et évidente certitude d’avoir été conduit trop loin quand la musique devient miroir et, logiquement, s’inverse.

 

La première fois je me souviens avoir replongé aussitôt dans toute cette matière grise par la réécoute fébrile du morceau d’ouverture, Abegail Anne, avec la certitude qu’un tel premier opus ne se répétera pas.

 

Tant pis, il n’en suffit que d’un.

 

Return Of The Frog Queen est une oeuvre qu’on aime écouter parce qu’on aurait adoré pouvoir la créer...


Quand l’album s’arrête de tourner vous y reviendrez, tôt au tard.

 


Quand l’album s’arrête de tourner, ces quatre chiffres d’ordinaire anecdotiques inscrits sur votre platine, immobiles et définitifs : 29’ 29’’.

 

 

Enfoiré.

 

 

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 19:44
Nothing Else Matters

Whiplash - Damien chazelle

 

Le film s’ouvre sur un écran noir et un premier coup de caisse claire, suivi d’un autre, puis d’un troisième, crescendo, de plus en plus rapide, en rythme, devenant roulement, bientôt martelé, toujours plus fort et plus vite, jusqu’au climax où surgit la première image et le dernier son comme un coup de fouet. Whiplash. En vingt secondes le ton est donné : comme la sécheresse d’une frappe sur la peau d’un fût, le récit s’annonce tendu, cinglant, percutant. Derrière un kit de batterie, on distingue au loin celui que la caméra va venir chercher par un lent travelling : Andrew Neyman, 19 ans, jeune prodige ambitieux du conservatoire Shaffer de Manhattan et qui souhaite sortir du lot.  

 

Enième film sur la musique et son univers impitoyable ?  Il y a bien dans Whiplash (titre phare de Hank Levy) un hommage à la rigueur musicale des répétitions, à l’application et au travail nécessaire et sans relâche pour toucher du bout de la baguette la perfection. Un hommage également à certains grands noms du jazz, Buddy Rich, Charlie Parker, qui ne sont pas arrivés là par hasard. Mais réduire le film au docu-fiction sur la dure vie d’un musicien serait une erreur.  Andrew doit aussi composer avec famille, envies, histoire d’amour.

 

Il s’agirait donc d’un récit d’apprentissage ? Le film effectivement présente le parcours typique d’un jeune homme souhaitant gravir les échelons d’un monde plein de bruit et de fureur. Celle en particulier du prédateur Fletcher, enseignant et chef d’orchestre tyrannique de l’école, capable de réduire à zéro une carrière en un claquement de doigts.

 

Issu d’un milieu aisé mais aux prétentions modestes (la scène piquante du repas de famille, très réussie) Andrew refuse la demi-mesure : il sera au sommet, tel un Rastignac de la cymbale, et pour cela il devra trouver les clés, la justesse, décrypter le solfège exigeant et capricieux du guide (impressionnant J.K Simmons, animal et crispant). Et pour cela justement, il pense devoir nier tout ce qui équilibre un être : relation sentimentale, amicale, collégiale. Il y a un peu du syndrome de Stockholm chez Andrew : progressivement aimer et tout quitter pour son bourreau, qu’il devienne son père, son censeur, son seul repère de réussite. Autorité, filiation, masochisme. En ce sens, Whiplash est beaucoup plus qu’un film sur la difficulté d’apprendre à devenir le meilleur batteur dans le petit monde du jazz.

 

C’est d’abord un film qui interroge sur notre capacité à s’investir dans un domaine, quelqu’il soit. Si tu veux être le meilleur, tout le reste doit être secondaire. Et chaque pas consacré à autre chose est un compromis. Relisons le narrateur de Camus dans La Chute :

 

« L’essentiel, en somme, est de pouvoir se fâcher sans que l’autre ait le droit de répondre. « On ne répond pas à son père», vous connaissez la formule ? Dans un sens, elle est singulière. A qui répondrait-on en ce monde sinon à ce qu’on aime ? Dans un autre sens, elle est convaincante. Il faut bien que quelqu’un ait le dernier mot. Sinon, à toute raison peut s’opposer une autre : on n’en finirait plus. La puissance, au contraire, tranche tout »

 

Et la puissance ici, c’est Fletcher : Whiplash devient un film sur le duel, la confrontation, la volonté de tuer le père (symbolique : le vrai père dans le récit est aimant) ou du moins l’injuste mais troublant dictateur, versant dans un mélange xénophobe, raciste et homophobe d’humiliations semblables au Hartman de Full Metal Jacket. A la seule différence que Fletcher, moins caricatural, brouille les lignes insidieusement tout au long du film : un temps exigeant, un temps séducteur (et manipulateur ?)  un temps écoeurant (ad libitum…) Pour mieux éprouver le spectateur.

 

Donc Whiplash est aussi un film sur l’obsession, la névrose, l’égo, la question du dépassement de soi par une voie unique. radicale, brutale, sans concession. Avec une progression dramatique finalement assez classique du point de vue d'Andrew : découverte / volonté / échec / abandon / temporisation / retour / suspens / réussite. Damien Chazelle, le réalisateur, ne parvient pas toujours à cacher les grosses ficelles de son récit, mais ce qui est sûr, c’est que Whiplash, par son sens de l’esthétisme et de la dramaturgie, de la narration, embarquera le spectateur, et le titillera par une virtuosité du plan quasi fétichiste de la main qui saigne, d’un montage synchrone et d’une extase artistique trop rarement éprouvée au cinéma. Whiplash est à voir par ce qu'il interroge sur le geste artistique, sa nécessité et sa valeur d'être un objet cinématographique. 

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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 12:23
ô Temps suspends ton vol

Simian Ghost - The Veil

 

On utilise souvent dans le milieu de la critique musicale une armada d'adjectifs censée coller au plus proche d'une matière sonore qui nous échappe toujours un peu ("lysergique", "arachnéen" et "venimeux" restent mes préférés...). La qualité et la cohérence du dernier Simian Ghost, The Veil, vont sans doute encourager plusieurs thuriféraires de l'esgourde à ressortir leur dictionnaire des synonymes. Je les invite à y ajouter l'excellent dictionnaire de la mauvaise foi musicale pour compléter leur panoplie.

Et c'est vrai que l'exercice est tentant. Trouver le terme propre, c'est un peu parvenir à encapsuler l'émotion suscitée à l'écoute. Concernant Simian Ghost, je commencerais par évoquer un précédent album, The Youth, déjà prometteur mais encore un peu jeune, qui contient une pépite entêtante : The Capitol, rengaine solaire et irrésistible. Et c'est comme si aujourd'hui avec The Veil, Simian Ghost avait trouvé une belle façon de décliner ce même talent mélodique sur 13 titres mirifiques.

L'album est conceptuel, s'ouvrant sur une douce invitation aérienne jamais démentie ensuite. C'est Float, l'impératif volatile, léger, l'infinitif en apesanteur. Des choeurs wilsoniens qui rappellent l'harmonie et l'innocence Beach Boys (mais Beach House est tout près).  Puis quelques colonnes d'oxygène plus loin, on navigue sur des eaux claires et jazzy, élégantes, précieuses où le sens du contrepoint du glissement mélodique de Never Really Knew transcende vers un paradis ouaté, édénique. On retrouve le sens de la fabrique précise mais toujours sensible aux modulations graciles, parfois fastueuses. Dès Fight Even, s'amorce une communion d'inspirations qui emprunte à Sigur Ros, à un Radiohead épuré. Le tapis volant de Simian Ghost tente quelques incursions vers des balades plus enlevées tout en gardant le cap (I Will Speak until I'm Down, le Beatlesque A Million Shining colours). Et puis le coup de grâce : Echoes of Songs, chant divin mais funéraire, dédié à Trish Keenan de Broadcast. La messe est dite.

 

L'album s'écoute à l'infini, et trouvera d'autres adjectifs au fur et à mesure. Les vôtres s'y ajouteront.

 

Merci à Xavier Chezleprêtre de ses propositions et de son enthousiasme !

L'origine de l'addiction.

Le premier single en vidéo.

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 20:48
Dans ma cabane une platine # 33

Dans ma cabane une platine # 33

 

Je crois que depuis la création de ce site, je ne suis jamais aussi impatient que quand ce rendez-vous mensuel arrive  : ma platine, ma sélection. Si je n’avais pas des prétentions de parler de / autour / sur / contre / pour la musique, je me contenterais de cette cabane où une platine propose une photographie sonore de ce qui me semble beau dans l’actualité, dans mon actualité.

 

Parce que l’écoute dépasse le texte en vitesse et réactivité. Si j’avais le temps, je consacrerais une excuse, une argumentation, une défense pour tous ces morceaux que je vous propose depuis 33 épisodes. Mais finalement c’est mieux comme ça. Il faut que cela reste comme ça : un espace de liberté pour dire qu’au delà d’une chronique, il y a toutes ces chansons qu’on souhaite exposer, ces morceaux frais ou adoubés, et qu’on cherche à marier le plus simplement dans un beau bouquet. Sans commentaire ni prescription. Juste le même geste que de faire play sur la chaine du salon quand on reçoit des gens aux oreilles sensibles. On aime ou on zappe. Une espèce de distributeur musical, travaillé sur l’ensemble, mais sécable au plaisir. Pour redire qu’Euphonies aime la pop, le jazz, l’expérience, le mainstream et le confidentiel.

 

 

Bonne écoute.

René Magritte

René Magritte

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 16:44
François & The Atlas Mountains - Carré Magique - Mardi 20 Janvier 2015


Francois & The Atlas Mountains - Carré Magique - 20 janvier 2015

 

 

 

Il fallait bien être deux pour se remettre de ce début janvier. Et c'est avec Anne Yven que cet article s'écrit : professionnelle de la communication, passionnée éclectique de musiques actuelles ou patrimoniales, rédactrice émérite pour plusieurs médias musicaux, elle est surtout une oreille attentive du parcours de François & The atlas Mountains depuis dix ans. Elle contribue généreusement aujourd'hui à cet article, première expérience à deux mains qui devrait avoir de beaux lendemains...

 

 

 

 

Quand on va voir François and the Atlas Mountains, on va voir un artiste qu’on aime déjà. Il y a du jeu, il y a de la triche, il y a du péché, de la gourmandise. On l’aime déjà sur disque, il nous a déjà convaincu sur scène. Autant l’avouer d’emblée : on s’y rend avec un plaisir un peu coupable. On attend nos chansons fétiches, nos doudous. On attend d’être agréablement bercé, emporté. On sait que François Marry, sous ce bel air de jeune premier, n’est pas un amateur, il saura faire.

Il s’est écoulé une décennie, depuis le point de départ. Le sillon qu’a creusé  François and the Atlas Mountains en 10 ans, et deux fois moins de disques, prouve le temps nécessaire pour faire gagner un propos artistique en cohérence. Nécessaire pour polir un répertoire, façonner une écriture, densifier l’armature de compositions, pour les faire passer de la chambre à la (grande) scène. On se souvient cette année de deux sets tenus face aux éléments et aux publics bretons d’Art Rock à St Brieuc, avant ceux des Vieilles Charrues de Carhaix. On y était. Nécessaire pour construire une œuvre, constituée d’albums denses, aux thématiques rondement menées (l’eau, le soleil, le bois, autant de matières organiques nécessaires à la vitalité musicale), le tout dans une langue soignée.

 

Quant à ce Piano Ombre, chroniqué ici à sa sortie, voici déjà 10 mois qu’il est sorti du bois. Une centaine de dates qu’il vogue sur des flots tellement lointains qu’on en est fiers. Là encore, petit plaisir et vil sentiment. Lorsque la chanson frenchie s’exporte jusqu’en Australie, on acclame, on chérit, la main sur la poitrine. Comme quand on s’enorgueillit d’entendre Gainsbourg ou Aznavour à la radio, dans un pays étranger.

C’est donc sans doute fourbus, quelques heures seulement après leur retour d’une tournée marathon chez les wallabies, que parviennent Gerard Black (claviers), Pierre Loustaunau (guitares), Amaury Ranger (percussions et basse), Jean Thevenin (batterie) et François Marry, alias François and the Atlas Mountains, au Carré Magique, à Lannion, en ce 20 janvier 2015.

 

Et nous, qu’attendions-nous de ce concert à domicile en ce début d’année, déjà lourd, chargé, ayant déjà fait couler trop d’encre rouge ? Rien, si ce n’est justement un peu de légèreté, l’envie de se retrouver en terrain familier. Dans des eaux chaudes et des bras de mer. Dans ce contexte, convaincre était facile. Les conditions techniques d’un « bon concert » étaient réunies. Une victoire s’annonçait sans surprise… mais c’était déjà ça de pris.

Et c’eut été trop simple ! C’eut été faire injure à l’exigence sans cesse renouvelée et la force de frappe cachée de ce groupe capable de mille rebonds ! C’est de François and the Atlas Mountains, dont il est question ! Ceux à qui l’on doit de sylvestres percées poétiques (« Bois » immense ouverture du dernier album), des explorations amoureuses impressionnistes (« La Fille aux cheveux de soie ») ou en demie teintes (« Piano ombre »), de solaires rédemptions (tout l’album E Volo Love, appel à la luxure estivale). Ce groupe également capable de nous plonger dans d’humides turpitudes et des regrets insondables  (« Moitiée » sur Plaine inondable).

De plus, bien que choyés dès leur arrivée en terre bretonne par l’équipe du Carré Magique (Bravo et merci à Marianne pour la pluridisciplinarité), il incombe d’abord à F&AM de nous faire oublier le froid glacial qui sévit et, last but not least, ils ont à leur charge de faire bouger un public consentent mais assis !

 

 

« Bien sur » ouvre le set et permet au cinq voyageurs de prendre leurs marques, dans un décor feutré, où les arbres, dessinés sur les pendrillons dorés qui les encerclent, les protègent et les dévoilent par jeux d’ombres subtils. « Bois » voit François Marry camper le rôle de l’homme orchestre, passant de la guitare, au clavier, puis à la trompette. A deux reprises, il se fend d’une intervention,  souhaite voir les gens se lever. C’est le défi de la soirée.

Les perles irisées de Piano Ombre installent peu à peu la confiance, l’envie de se réchauffer, d’emplir l’espace de vibrations et d’énergie positive. Quand vient le tour de « The Way to The Forest », le jeu des musiciens se fait clairement frontal, ils ne battent plus la mesure, ils la martèlent, ils la scandent, en bondissant à l’unisson sur le devant de la scène. Ca y est, on a (re)trouvé la (bonne) fréquence cardiaque, le sens, la danse élémentaire et même une envie de transe.

Les rangs du petit groupe 100 % féminin qui s’est formé deux titres auparavant, collé à la scène et aux photographes, grossira sans discontinuer. La musique du combo prend une ampleur évidente. F&AM recolorise des titres qu’il aurait été idiot de laisser au placard « La Piscine » est réorchestrée, et rejoint sans transition le courant de « Je suis de l’eau » (de l’album Plaine inondable), la voix de François Marry secondée par celle de ses camarades (dont Gerard Black aux choeurs impeccables) entonnerait bien un chant zoulou...    

Le titre « Dessine » nous invite à perdre nos repères, pour retrouver une direction nouvelle. « Si le chemin se dessine à temps, je pourrai le suivre », nous assène le groupe avant de sorti de scène en nous remerciant. On a compris. C’est en Afrique, un continent déjà visité sur le disque précédent et exploré réellement par le groupe en 2013  lors d’une tournée, que nous sommes conviés ce soir. En revenant  sur scène, pour un long rappel, les F&AM sont accompagnés de deux musiciens burkinabés, Boubacar Djiga au N‘goni (guitare) et Dara Sanou au balafon, avec qui ils ont enregistré L’Homme tranquille.

Ce concert n’est pas un concert de fin de tournée c’est en fait celui du lancement d’une nouvelle aventure. L’ EP L’Homme tranquille, sort le lendemain . Un 4 titres enregistré lors d’un périple de 10 jours dans quatre capitales d'Afrique : Dakar, Ouagadougou, Cotonou et Addis Abeba. « Jeans », « Ayan Filé » sont des pépites qui invitent inévitablement à la danse collective, au déhanchement. Les soli s’enchainent.  Plus d’un an que les F&AM et les musiciens burkinabés n’avaient pas joué ensemble !  François Marry se retire de l’avant-scène et laisse Amaury Ranger lancer  une chorégraphie qu’il rejoint. Les sourires deviennent rires, et, sans nous en rendre compte, nous avons nous aussi rejoints les premiers rangs et lorsque l’on se retourne, c’est quasiment tout le parterre qui est debout !  

Les corps sont réveillés, les jambes cachées entre les sièges, les visages applaudissent, les yeux, dans la lumière, disent « tout va bien ». Le plaisir de donner, de recevoir, est palpable tout simplement. François, lui, se fait boussole. L’énergie vitale, il nous la montre, elle vient du sol, il le rappelle dans cette parabole qu’est le titre « Volcan ». Il clôt ce concert sur les paroles « Dansons sur un volcan, allons-y gaiement ». Message parfait pour cette petite bulle de douceur dans un monde, devenu trop brutal pour faire sens.

François marie le léger et le crucial, cherche l’intemporel en trouvant et en profitant de chaque instant. Il nous l’a prouvé en nous offrant, en outre, un entretien exclusif à l’issue de ce concert. Et c’est une belle leçon et une source d’optimisme que l’on serait idiot de bâillonner.

 

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Nous retrouvons François Mary devant la salle du Carré Magique alors qu’il remballe le stand de merchandising. Eh oui, loin des clichés des rock-stars assistées et capricieuses, le chanteur gère aussi l’après, sans doute parce qu’il souhaite garder le contact avec son public et la réalité, comme il l’a confessé dans plusieurs interviews. Moment surréaliste où je me retrouve à lui filer un coup de main pour ramener le tout dans l’arrière-scène. Une entrée en matière à l’image du garçon, simple et sans posture.

Il nous rejoint à l’étage, se commande une bière pour nous accompagner, et se prête au jeu de l’interview malgré la fatigue apparente. Le contact avec l’Atlas est établi et comme souvent, les questions prévues ne serviront que de pense-bête à une vraie conversation volée à la frénésie d’une tournée, à l’épuisement du jet-lag. Nous échangeons quelques impressions sur la soirée et sur le parcours effectué ces dernières années, avec pour appui leurs dernières prestations en Bretagne. L’œil s’anime, il nous parle de Dakhabraka, de Jupiter et des Meridian Brothers. L’interview peut commencer.

 

Euphonies : Avec ce concert, tu nous offres la primeur d’une nouvelle direction ?

 

FM : C’est une facette. Une nourriture africaine. En 2013 nous sommes passés par quatre villes de ce continent, nous y avons rencontré des musiciens, et de là est né cet e.p L’homme tranquille, qui repose sur une vraie relation de confiance. De plus, ça nous apporte une vraie fraicheur après une centaine de dates en dix mois.

 

E : Du coup, tu te sens exportateur de la musique française à l’étranger ?

 

FM : Non pas tant que ça. Mais notre label Domino est anglais. Avec une certaine vision de la musique française. Ils auraient souhaité un titre avec un potentiel de single comme La Vérité mais en anglais. Mais non, on est libres, et ils nous laissent libres même si c’est chanté en français. Par ailleurs nous avons beaucoup tourné en Angleterre. J’ai des amis là-bas. (François Mary a vécu à Bristol cinq ans et c’est là que sont nés les Atlas Mountains (ndlr)).


E : Les idées, les chansons, naissent dans ta tête, viennent de toi et puis deviennent la propriété d'un groupe. Mais tout ça est différent d'un procéssus de creation "d'un leader à ses musiciens", car tu ne t'estimes PAS leader du groupe. Comment  s'appréhende ce passage du personnel au collectif ?

FM : Il faut forcément une bonne dose de confiance, de complicité et puis, ensuite, je n'apporte rien de défini, je propose quelque chose de modulable, afin qu'ils se l'approprient totalement. Si c'est le cas, alors ça devient une chanson de François and the Atlas Mountains, si ce n'est pas naturel pour mes camarades, alors on rejette. Parfois, il arrive que ces rejets aient une seconde vie…

 

(Par exemple, François Marry interprète "Quitter la Ville" avec Rone, la chanson apparaîtra sur l'album de Rone "CREATURE" à paraître début février 2015. Il nous avoue qu'il s'agit d'une chanson totalement réarangée, à partir d'une proposition faite initialement aux Atlas Mountains.)
 

E : L’univers de François & The Atlas Mountains est très riche, relayé par un artwork  cohérent (pochette, clip…) comment travaillez-vous cet aspect ?

 

FM : Le clip c’est encore autre chose. Mais pour la pochette (réalisée par Alexis Facca), j’en avais l’idée en cours de processus, pendant l’enregistrement des chansons. C’est une anamorphose, à la manière des travaux de George Rousse dont je trouve le travail très intéressant.

 

E : Le set de ce soir était nourri de sonorités et de rythmiques tribales, déjà présentes dans E Volo Love. Paradoxalement, l’album Piano Ombre sonne comme un retour aux fondamentaux pop, aux origines. Comment combinez-vous les deux ?

 

FM : On est plus enclins à jouer ce que l’on a assimilé : de la pop. Après les rencontres, les envies, le contexte, c’est autant de possibilités de sortir de ce que l’on sait faire.

 

E : Mais il y a toujours une envie sur scène d’aller vers la transe, quelque chose d’organique…

 

FM : Oui… Ce que tu appelles fondamentaux,  cela dépend du contexte. Après six heures de transport j’ai besoin d’évacuer, de libérer sur scène, d’aller vers la transe.

 

E : Comment appréhendes-tu alors l’équilibre entre textes et danse, chorégraphie, rapport au corps ?

 

FM : Ca dépend du contexte, de l’environnement dans lequel je suis. Je sais que sur album c’est plus intimiste, on va davantage faire attention aux textes. Sur scène, on a envie que les gens se lèvent, qu’ils dansent.

 

Et ils ont dansé. A faire vaciller l'amplitude thermique de Lannion, ce mardi au Carré Magique.

 

Merci à François et ses coéquipiers d'avoir ramené de la chaleur humaine à Lannion.

 

Merci à Mariane, à son efficacité hors pair.

 

Et enfin merci à Jacqueline Ledoux (maman Jake) pour ses magnifiques photos  :

 

François & The Atlas Mountains - Carré Magique - Mardi 20 Janvier 2015
François & The Atlas Mountains - Carré Magique - Mardi 20 Janvier 2015
François & The Atlas Mountains - Carré Magique - Mardi 20 Janvier 2015
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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 18:08
De battre mon coeur s'est arrêté

Benjamin Clementine - At Least For now

 

Cela ne vous aura peut-être pas échappé, Euphonies s’est montré bien silencieux ces dernières semaines. Pas par flemme ni procrastination, non. Par sidération plutôt, par désemparement, hébétude. Les mots ne sortaient plus, semblaient plus que jamais impuissants à décrire les images ou les sons. Comme bon nombre d’entre nous, ma plume était sèche, lourde, amorphe. Dans ces cas, il ne faut pas se forcer. Prendre le temps de digérer, de comprendre. « J’ai tout essayé, j’ai pas trouvé le sens » dirait un poète qui nous donnera bientôt de ses nouvelles.

 

Après, il faut bien sortir de la paralysie, réagir. Constater que la beauté sans posture est toujours là, concurrente de l’horreur absurde. Il faut juste la trouver pour se rassurer. Je l’ai trouvée sur scène mardi dernier lors du concert de François & The Atlas Mountains, qui donnera lieu à un article spécial ces prochains jours. Et je l’ai trouvée sur l’album de Benjamin Clementine, At Least For Now, sorti en début janvier.

 

Un jour pluvieux de juin 2014 à Art rock, l’artiste avait marqué de son passage le public briochin par un récital possédé et intimiste. Quelques petites réserves cependant. L’homme tellement doué, tellement habité, diluait parfois son talent dans une démonstration élégiaque pas toujours digeste. Réserves ou inquiétudes aujourd’hui dissipées par ce premier album, absolument magistral. Benjamin Clementine atteint avec At Least For Now des sommets de lyrisme et de pureté sans jamais les sacrifier à la mélodie, à l’intelligence de la structure (difficile d’extraire un morceau, mais London, The People and I, ou Condolence sont de beaux étendards). Le ton est souvent grave mais juste, l’ambiance pesante, mais l’impression est lumineuse, apanage des plus grands, n’ayons pas peur des références, Nina Simone, Donny Hatthaway, Gil Scott Heron, génies qui savaient si bien marier la confession et la foudre de l’emportement, l’exigence du verbe et l’intensité de la construction. Ce soin apporté à la prosodie, à la scansion, à la métrique, à la dramatisation est remarquable, sublimé par une production sobre, au service de l’ensemble.
 
At Least For Now est non seulement l’antidote à la vulgarité musicale, mais aussi le pansement inattendu de nos plaies récentes. Deux raisons de se réjouir. Au moins pour l’instant.
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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 19:04

 

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20.000 Days on Earth - Nick Cave - Iain Forsyth & Jane Pollard

 

Le 25 décembre 2014, 20000 Days on Earth de Iain Forsyth et Jane Pollard est enfin sorti sur nos écrans. Primé à Sundance dans la catégorie documentaire (meilleure mise en scène et meilleur montage), le film imagine une journée charnière dans la vie quotidienne de Nick Cave, mélangeant habilement éléments de fiction et démarche documentaire.

 

 

Il y a quelques mois, quand j’ai appris qu’un long-métrage prenait Nick Cave pour sujet, je suis passé par plusieurs sentiments contradictoires : fan de la deuxième heure sur un cadran pas encore borné, je me demandais bien comment l’étrange australien allait être présenté, cadré, digéré. Combien d’outils promotionnels pour quelques rares entreprises plus marginales, où émerge un vrai point de vue ? Il est si facile de verser dans l’hagiographie ou la propagande que je craignais le savoir-faire habituel : témoignages, extraits de concerts, dramatisation. Je n’ai rien contre : pourquoi bouder son plaisir quand pendant deux heures on vous conforte dans l’idée que vous avez raison d’aimer cet artiste extraordinaire, si différent, si incontournable. Bien souvent il s’agit de service après-vente parce qu’on est sûr du produit. De toute façon j’étais preneur, l’occasion de communier sur Nick Cave via grand écran étant unique.

 

 

 

Mais la démarche d’Iain Forsyth et Jane Pollard  place 20000 Days on Earth bien loin de ce contraignant cahier des charges. Il ne s’agit pas ici de promouvoir l’artiste, que dis-je le génie qui a tout compris et inventé, non, non.  Il s’agit d’abord d’accéder à une dimension bien plus instructive et populaire qui consiste à réfléchir à la création artistique. « Qui êtes-vous ? » (un peu), mais « comment faites-vous ? » (Surtout). Avec l’axiome Nick Cave. C’est l’une des premières forces du film : une chronologie évacuée en cinq minutes dans un préambule punk et stylisé. Seuls les fans comprendront les vignettes.

 

Ensuite, passons au vrai sujet : de quoi se nourrit-on ? Comment marie-t-on quotidien et art ? Peut-on concilier humain et personnage ? Comment écrire ? Comment composer entre fiction et réalité ?


 


 

A ces titres, le dispositif est plutôt original. Pour y répondre le film zigzague entre plusieurs parti-pris : les phases oniriques (dialogues en voiture entre Nick Cave et des artistes-étapes de son œuvre, mention spéciale pour Kylie Minogue), les phases d’introspection (Nick Cave face au psy, Nick Cave face à ses archives personnelles, Nick Cave face à Warren Ellis, compagnon de longue date…). Jamais potache, jamais surjoué. Le brouillage des codes pour chercher une vérité. Et puis dans le premier tiers du film, cette clé d’explication : le contrepoint.

 

 

 

 

Contrepoint, comme oxymore, recherche universelle de sens artistique. La création serait donc, selon lui, de chercher les antithèses, les collusions qui parfois font jaillir la beauté, la poésie. Nick Cave en salle d’attente, dessinant sur son calepin les incarnations de ses expérimentations créatives, et voix-off : « d’abord un enfant. Puis introduisez dans ce cadre un malade mental. Que se passe t-il ? Observons. Ensuite un clown. Quel résultat ? Si ça ne marche pas, enlevons le clown. » Séquence comme clé de lecture du film, savamment construit autour de la figure polymorphe du chanteur de We No U R .

 

20000 Days on Earth obéit à ce programme qui joue constamment sur la dualité, le dépassement par entrechoquement de deux versions : répétition vs scène / personne vs personnage / documentaire vs fiction. Dichotomie parfois savoureuse quand le témoignage d’un concert de Nina Simone se voit d’abord raconté par Nick Cave et ensuite réactualisé par Warren Ellis dans une version moins sentencieuse… Tout le film est porté par cette hésitation fantastique entre réalité et reconstruction pour la beauté du geste. Il n’est pas question de filmer Nick Cave lors de son 20 000ème jour, il est question d’imaginer un parcours via le prisme d’un jour où un artiste déclare : « À la fin du vingtième siècle, j’ai cessé d’être un être humain. Maintenant, je me réveille, j’écris, je mange, j’écris, je regarde la TV. Je me considère comme un cannibale (…) ma femme vous le dira : nous avons un accord, comme quoi chaque secret commun, chaque instant sacré, sera cannibalisé" Confession qui sera, elle aussi, contredite par d’autres éléments dans le film.

 

 

 

 

 

Un contrepoint dramaturgique qui n’est que le reflet d’un contrepoint idéologique et musical, clé de lecture de l’oeuvre : faire dialoguer les contraires, expérimenter ce qu’il se passe quand on confronte improbable et zone de confort. Et à bien y regarder, Iain Forsyth et Jane Pollard ont bien cristallisé une structure profonde de l’œuvre de Nick Cave : le punk / le crooner, L’assonance / la dissonance, l’Underground / le Mainstream, le Religieux / le Trivial, l’anarchie / l’élégie. Abattoir Blues / The Lyre of Oprheus. Voilà d’ailleurs ce qui rend son œuvre passionnante depuis des années : la contradiction. Le Cave trimballe une mythologie bigote mais ne croit pas en Dieu. Nick a construit en trente ans un personnage de ténébreux dandy immuable, fait de bagues, de fables, de lunettes, de mythes, de moustache périodique et de costumes au tombé aussi impeccable que ses cheveux noirs de jais. Il chante gravement, avec Kylie mais aussi avec P.J. Il évoque, lyrique, l’espoir mais aussi l’impuissance. Il convoque, affecté,  l’Evangile et sa pornographie. Il s’érige seul sur une terre composite brassée de Cash, Cohen, Presley mais s’amuse sur Lionel Richie. Il geint comme si c’était la fin et hurle un renouveau. Il est joliment détestable dans sa façon iconique de fuir le temps mais il rappelle qu’il a été stupide, junkie, amateur, voyageur, amant. Hier à Rio, Berlin, aujourd’hui à Brighton. Mais par dessus tout, il libère un récit, il travaille sans cesse une narration faite d’incompatibles meurtriers, d’ironiques femmes samplées, sanglées, d’hommes fétichistes de la chair mais rattrapés par l’Homélie. Cette duplicité est en fait la nôtre, et si nous n’avons pas composé From Her to Eternity, nous sommes interrogés par les mêmes questions que l’avatar Nick Cave, faits de duplicités, d’humour contre la mort, de silences et d’inanité.

 

 

 

 

 

C’est tout l’intérêt de 20000 Days on Earth : travailler la question créative, personnelle, métaphysique sans jamais perdre de vue qu’il s’agit d’une conversation, d’un montage cinématographique (la photographie est superbe), d’une proposition démocratique. Proposition synthétisée dans le dernier quart d’heure du film, où tout semble se réunir : l’homme, le personnage, l’outrance, la communion, la poésie, la recherche de l’expérience impressionnante. Celle que j’ai vraiment ressentie à la Route du Rock en 2013.  Nick Cave, avec ou sans ses Bad Seeds, malgré l’âge et une carrière irréprochable, poursuit une quête exigeante, détonante, passionnante, mais jamais à l’abri d’un sarcasme, totalement chevillée au corps d’une esthétique affinée, relayée ici. Pour mieux comprendre, se dépêcher de voir le film. Parfait cadeau de Noël.

 


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25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 11:31

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TOP 50 Singles - 2014

 

J’avais écrit quelques mots pour cet ultime article de l’année. Quelques mots parfois ronds, mélodieux, parfois aiguisés et offensifs. Un ensemble ni trop long ni trop court, juste ce qu’il faut de développement et de synthèse. Je m’y montrais à la fois ironique, cinglant, mais aussi caressant et bienveillant. Intellectuel, je revenais studieux sur les phénomènes musicaux de l’année, avec quelques références bien senties, quelques blagues aussi, faut pas déconner. Sentimental, je suggérais entre les virgules un "océan de mélancolie" comme dans High-Fidelity. Mélomane, je coupais au plus près de l’accent tonique, sans trop tremper la plume. Citoyen, je rappelais que tout ça n’est que musique et que tout le reste est littérature. Je concédais des manques, révélais des lacunes, interrogeais des certitudes. Sanguin, je taclais ceux qui grimacent devant leur soupe sans l’avoir goûtée, ceux qui ont fait de la critique une profession de foie attaqué par la bile.

 

J’écrivais comme si c’était le dernier jour, le dernier article, le dernier morceau. Je voulais sauver les riches et rassurer les pauvres, montrer de mon lobe la direction, composer une chronique aussi parfaite qu’une partition de Schubert, qu’un solo de Plant. Ecrire en 3/3, en sol, en picking. Trouver enfin les justes adjectifs, les verbes précis, les antithèses poétiques. Dire : non, non, tu te trompes, écoute-mieux. Lire la même chose chez les autres. Et puis me tromper. Surinvestir, être excessif ou méfiant. Se convaincre qu’on n'a rien fait de mieux avant, qu’on ne fera pas mieux après. Et se tromper encore et toujours. Ne plus en voir la fin et trouver ça chouette. Mais épuisant. Mais chouette. Se donner l’envie et le courage de remettre ça en 2015. En douter deux minutes, et re-signer pour douze mois.

 

Du coup, je n’ai rien publié. Mais on peut toujours s’écouter un peu de musique… ?

 


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Published by Johann - dans 45 tours
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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 19:35

 

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Top 20 - Euphonies

 

 

Mutual Benefit - eponyme

Sharon Von Etten - Are we There 

Josephine Foster-I'm a dreamer

Sylvan Esso - éponyme

 EELS - The Cautionary Tales of...


 15. Angel Olsen – Burn Your Fire For No Witness

 

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 Angel-.jpgClassifier, hiérarchiser, ça va deux minutes. Il est des albums inclassables, satellites sans âge qu’on rangerait n°1 dès lors qu’on l’écoute. Oubli, puis retrouvailles. Pensées pour Paula Frazer, Roy Orbison. Sentiment qu’on tient là une excellente promesse pour les années à venir. Angel Olsen a modestement défendu son excellent premier album à la Route du Rock cette année. Pas encore l’envergure, et conditions délicates. Mais Burn Your Fire For No Witness a tous les atouts pour devenir un album culte .

 

 

 

 

14. King Creosote – From Scotland With Love

 

17118-from-scotland-with-loveVous êtes seul, désoeuvré, et finissez seul dans un Pub enfumé à vous lamenter sur votre pinte.  Le mieux serait d’aller se coucher. Mais du fond du bar, une musique émerge. Un chant d’église ou fox-trot païen, les premières mesures dans le brou-ha-ha empêchent toute identification. Mais ce son si particulier vous happe, vous transporte, vous et votre verre inconfortable, jusqu’aux réverbérations magiques d’un xylophone, d’une voix aérienne. Vous vous glissez au milieu d’un parterre déjà hypnotisé. Et d’un coup la vie devient moins chienne. Vous écoutez King Creosote.

 


 

 

 

13 . Anna Calvi – Strange Weather

 

 

Anna Calvi Strange Weather EP

Ce n’est pas un album, plutôt une récréation en six titres. Une re-création aussi, d’une diva parfois agaçante, parfois irrésistible. Anna Calvi est une somme de contradictions, d’influences, de maniérisme, d’épure. Depuis son premier album éponyme, l’artiste ne fait pas l’unanimité. On l’a intronisée P.J Harvey baroque, on lui a reproché ses tics, ses ficelles, son autisme. Fan de la première heure, j’ai été déçu par le tournant du deuxième album. Fan de la première heure, je suis ravi de cette respiration dans son parcours : Strange Weather déploie à nouveau les arpèges hispanisants, les feulements et soupirs, mais livre surtout une expérimentation. On sait le potentiel d’Anna Calvi à s’approprier diverses références pour les moudre à sa sauce. Mais cette fois, elle y ajoute une retenue. Less is more.  Autrement dit un sublime paradoxe.

 


 

 

 

12. Kim Giani - Ballads

 

kimEncore un qui ne figurera sans doute pas dans les tops de fin d’année. Et c’est franchement inexplicable. Est-ce le côté musicien du sérail ? Est-ce cette discrétion artisanale, ce dévouement corps et âme quotidien à la musique, cette profusion, qui finit par l’amnésie des tops de fin d’année ? Kim n’est pas seulement méritant, il est aussi très inspiré. La preuve avec ce Ballads, loué dans ces pages pour sa richesse pop, rock, pop-rock. On a envie chez Euphonies de défendre bec et ongle ce remède au pessimisme franco-français, de crier sur tous les toits que l’œuvre de Giani n’est que le début d’une course d’orientation dans le passionnant paysage musical hexagonal, celui dont les gros médias n’osent pas ou ne veulent pas parler : trop humble, prolixe, modeste, sans tambours ni trompettes mais avec une sacré dose de génie. Giani reste à découvrir et Ballads est un passeport idéal.

 


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11. Mustang - Ecran Total

 

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Il y a quelques années, la presse culturelle française faisait émerger (artificiellement ?) une  nouvelle génération hexagonale, relève annoncée des Souchon, Cabrel ou Lavilliers, nouvelle passerelle entre le total mainstream et les monstres sacrés. Au programme : Bénabar, Delerm, Sanseverino, Anaïs, voire Dionysos…  Ce vent de fraicheur 2.0 aura fait son temps, et on mesure aujourd’hui pour certains l’étendue des dégâts, entre salles à moitié pleine (vide ?) et peine à se renouveler.  Finalement, le renouveau français n’a pas d’école, pas les modèles attendus, pas d’obédience honteuse ou contraignante. C’est la bonne nouvelle de 2014, et qui traverse tout ce top : la musique d’origine française est devenue polymorphe, excitante, se réclamant d’influences d’outre-Manche, puisant dans toutes les franges et périodes musicales. Depuis deux trois ans, Aline, François & The Atlas Mountains, Rover, Christine & the Queens, Yelle, ont montré leur potentiel à brouiller les pistes, à s’ériger au niveau des meilleures productions anglo-saxonnes. Plus de honte à chanter en anglais, (ni en francais d’ailleurs) plus de limites dans les emprunts et références. L’écart semble plus que réduit, sans avoir même besoin de se raccrocher aux Daft Punk ou Phoenix, déjà mondialement adoubés. Mustang, s’inscrit dans cette mouvance. Forts de deux albums impeccables, cette année ils ont entériné tout le bien que l’on pensait d’eux avec Ecran Total , singulière proposition faussement rétro, entre chroniques de la loose ordinaire et photographies acerbes et lucides de notre société toujours plus cynique, distanciée via multiples réseaux virtuels, petits drames provinciaux ou grands thèmes dégonflés à coups de reverb’. Mustang a trouvé une formule sublimée ici, entre ironie cinglante et convocation de sonorités datées mais modernisées, tranchantes mais toujours soucieuses d’ébranler les corps et les esprits. Touché, comme diraient justement nos amis anglais.

 

 

 

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10. Guillaume Perret - Open Me

 

GP.jpgC’est peu de le dire qu’on l’attendait avec impatience celui-là. Après un premier coup de maître il y a deux ans, sanctifié par John Zorn himself,  Guillaume Perret nous revient en 2014 avec Open Me,  nouvelle sorcellerie sonore qui devrait ravir ceux qui avaient déjà succombé à la puissance de titres comme Kakoum ou Circé. Perret développe la formule d’un jazz habité par de nombreuses influences rock, métal, fusion, world. Les amoureux de Magma, Weather Report ou bien Miles Davis période électrique devraient y trouver leur compte. Mais sans même connaître toutes ces références, si vous êtes sensibles aux chevauchées épiques, aux progressions martiales survolées magistralement par la dextérité d’un saxophone céleste, envoutant, toujours au service de l’ensemble, Open Me pourrait bien vous séduire. Un morceau comme Brutalum Volptuous pousse encore plus loin le soin accordé aux ambiances, entre Kabbale, ésotérisme, et messes chamaniques. Mais n’ayez pas peur, la beauté qui s’en dégage assure le plaisir du voyage, sur l’étroite frontière entre zone de confort et sentiment d’étrangeté. Espérons maintenant que ce deuxième essai invite également le public (comme le fait Ibrahim Maahlouf dans un autre registre) à se plonger dans un genre musical trop souvent caricaturé, ou réduit à ses images d’Epinal. Guillaume Perret, avec sa belle gueule et son succès, a vite été taxé de branleur, peut-être parce que sa réussite occulte, à regrets pour certains, d’autres acteurs de l’ombre tout aussi talentueux. Souhaitons donc que ce deuxième opus réconcilie les avis divergents et que Perret reste ce branleur magnifique, au premier sens du terme : celui par qui le tremblement survient.

 



"Opening" de Guillaume Perret, extrait de l... par francemusique

 

 

 

09. St Lô - Room 415 (E.P) 

 

 

On peut être un excellent groupe de scène, bouillonnant et percutant, et se montrer plat et fade st-lo-room-415lors du passage à l’album. St Lô ne connaît auditivement pas ce problème : Room 415 est une petite bombe d’énergie tellurique qui transpose intelligemment le charme animal de leurs prestations scéniques sur ce premier e.p. Ambiance pesante, sous tension permanente, l’album semble enregistré une veille de fin du monde, pour livrer avec noirceur et force un message de rébellion des corps, une invitation à libérer des énergies sur un beat au scalpel. Dit comme ça, ça peut faire peur : mais St Lô est aussi sensible aux mélodies de sous-sol, ne perdant jamais de vue la pulsation première, organique, qui s’aventure parfois vers d’autres contrées comme la magnifique reprise d’In The Pines. Room 415 est une belle promesse, premier album (chaudement) attendu.

 



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08. Isaac Delusion - Isaac Delusion

 

 

isaac-delusion album-cover 370Si vous n’aimez pas la pop, si vous n’aimez pas l’élégie, si vous n’aimez pas rêver, eh bien allez… écouter Isaac Delusion. Cette belle surprise 2014 est un formidable antidote à la morosité, sublime bidouillage de français touchés par la grâce et qui redéfinissent les contours d’une dream-pop trop souvent envisagée comme un pensum somnifère. Ici la basse vrombit, la rythmique claque plus souvent qu’à son tour, et le tout est emporté vers la lumière par la voix instrument de Loïc Fleury, proche d’un Antony Hegarty qui aurait creusé métaphysiquement son projet Hercules. Les douze titres sont autant de leçons d’équilibre entre grandiloquence, voix aériennes, souffle épique et intimisme, densité, profondeur. On passe de l’aérien au recueillement terrestre, du synthétique de club à des accalmies d’infinie beauté, on cherche d’abord à les ranger quelque part, puis on laisse l’album s’ouvrir, s’épanouir, prouver qu’il peut aller dans tous les recoins au nom de la mélodie. Au bout du compte, on reste bouche-bée devant tant d’adresse, de talent à emporter l’auditeur vers mille horizons. Impossible de choisir un titre plus qu’un autre : Isaac Delusion regorge de tubes qui ne trouvent leur pertinence que dans l’harmonie d’ensemble. Aussi convaincante en été sous canicule qu’en hiver sous couette et pull.  Pour un coup d’essai, messieurs, c’est un coup de maître.

 


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07. Ariel Pink - Pom Pom

 

 

Ce dixième album du prolifique Ariel Pink aurait pu donner lieu à une chronique sur Euphonieariels. Mais sorti   récemment, il se retrouve immédiatement présent dans ce top, et en plutôt bonne position. Pour ceux qui ne connaissent pas ce trublion de service, Ariel Pink a un talent certain pour diviser l’opinion et cristalliser a  utour de son nom tous les qualificatifs possibles : déjanté, dispensable, fantasque, passionnant, artificiel, génie lo-fi ou escroc 2.0 ? Le mieux est de vous faire une idée avec Haunted Graffiti’s ou ces temps-ci avec Pom Pom. Ne reculant devant  aucune provocation ni affiliation musicalement douteuse, Ariel Pink surfe sur tous les types de sonorités, des plus kitches et volontairement datées (Lipstick) aux arrangements hommage des plus classieux (Not Enough Violence, sorte de mix improbable entre un Joy Division sous acide, Bowie période berlinoise et un relent de Type O Negative baroque, pfiouuu…) Ecouter Pom Pom, c’est passer de l’incrédulité à l’assurance que tout cela a du sens, de la structure. L’album, comme toujours, est en quête d’ambiance, d’expérimentations, balance des fausses pistes, et on ne sait jamais quel est le degré d’ironie dans tout ça. Anarchie précieuse pour certains, comme si le Rocky Horror Picture Show était cornaqué par les Beatles, foutage de gueule post-moderne pour d’autres, comme si un Beach Boy bourré avait croisé Brian Eno le temps d’un morceau (One Summer Night). Pom Pom ne laissera de toute façon pas indifférent et ne cherchera pas à vous séduire par de faciles ficelles. L’album déborde d’idées, d’énergie et ce qui se joue là, c’est votre tolérance, votre assiduité, mais aussi votre envie que les lignes bougent et que votre concept du « genre » devienne obsolète.

 


 

 

 

06. François & The Atlas Mountains - Piano Ombre

 

francois pianoombreVoici un groupe qui suit son grand bonhomme de chemin, le long d’un fleuve inquiet ou vers la canopée tranquille. Voici un groupe qui n’est cependant pas toujours estimé à sa juste exigence musicale, s’ingéniant parfois à brouiller les pistes. Alors oui, François & The Atlas Mountains, c’est pour les moins curieux Soyons les plus beaux (sur E volo Love) ou La vérité (sur cet album). Mini-tubes efficaces, bien écrits, qui devraient pourtant mettre la puce à l’oreille de ceux qui aiment aller voir plus loin. Plus loin dans cette forêt qui illustre ce dernier opus. Piano Ombre chante en anglais, en français, voire les deux en même temps (le génial The Way to The Forest), dévergonde la sage pop française d’un savoir-faire à la fois organique et synthétique. Le mot d’ordre restant le verbe, la justesse humaine. L’équilibre est fragile mais maîtrisé. Sur Piano Ombre, couchent ensemble le jazz et la pop, le lyrisme et l’épique, la nudité bucolique et la névrose urbaine. Poésie tribale, amoureuse, affectation pour certains agaçante mais tellement constitutive de l’art de François & The Atlas Mountains. Ici la vulgarité et la virilité crasse sont toujours évacuées pour des instants d’onirisme, de méditations parfois lumineuses, ou aigres. C’est ainsi que Piano Ombre touche au divin, pas immaculé, mais légèrement entâché, juste ce qu’il faut. Une sorte d’Eden pragmatique qui vient souvent trouver un échappatoire dans la danse, suave ou frénétique, le corps subtilement ému par les ondes, les emballées sauvages, libéré enfin du carcan castrateur du qu’en écoutera-t-on ?

 


 

 

5. Tahiti 80 - Ballroom

 

 

Tahiti-80-Ballroom

 Il y a des chances que cet album ne soit pas présent dans la plupart des tops de fin d’année. Si Ballroom a été encensé par la critique, apprécié pour son charme mélodique, remarqué pour mille qualités, au moment des dix, vingt ou cinquante places, quand vient le moment cérébral de s’illustrer par une belle sélection, fine, audacieuse, définitive, je mets mon vinyle à couper que Ballroom passera à la corbeille. Et quel dommage…Rarement ai-je entendu un aussi beau pied de nez aux conventions marketing, hivernales. La pochette est assez moche (ou dans l’ère du temps), la promotion digne mais impuissante face aux colosses du genre. L’album contient autant de hits et d’exigences que le Random… des Daft. Mais voilà, question d’échelle, Tahiti 80 devra encore se contenter d’un succès d’estime alors que Ballroom est une petite bombe, immédiatement adoptable, comme leur discographie passée. Alors ne boudez pas votre plaisir : pour dire les choses autrement, Ballroom est un putain d’excellent album.

 


 

 

4. The War on Drugs - Lost In The Dream

 

WOD.jpgThe War on Drugs parvient à se faufiler jusque cette quatrième place. Je n’aurais pas parié sur ce classement il y a encore quelques semaines. Mais voilà, à l’heure où j’écris ces lignes, je reconnais à Lost in the Dream cette qualité insidieuse d’être l’album de tous les instants : travail, soirée, contemplation. Celui qui sait se faire choisir comme le chiot dans la mêlée : le plus vif et attendrissant. Je ne sais pas grand chose de cette formation : vus à la Route du Rock cette année, ils ont livré un set sympathique, mélodique, planant mais parfois…chiant comme la pluie de cette édition 2014. Il aura fallu poser quelques mois plus tard mon oreille sur Lost in the Dream pour apprécier toute la densité lyrique de cet album, véritable nébuleuse onirique comme le suggère son titre.  Certes il y a du Dylan dans la voix et la construction de certains morceaux. Du Springsteen aussi, meilleure période. Mais il y a surtout un redoutable savoir-faire dans la construction exponentielle des morceaux. Ca joue avec la jouissance et la frustration, ça progresse sur le fil sans jamais oublier la puissance mélodique, sans jamais s’interdire l’accident numérique qui humanise l’ensemble. Lost in the Dream est une sorte de rêve éveillé savamment pensé, dont il est difficile d’extraire un tube. C’est un tout dans lequel il faut s’abandonner, à n’importe quel moment de plaisir volontaire, aux antipodes d’une offre racoleuse et périssable.

 

 

 

 

3. The DØ - Shake Sook Shaken

 

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Difficile de parler à nouveau d’un album fraîchement chroniqué dans ces pages. Sinon de confirmer tout le bien que je pense de l’évolution de The DO. Un premier album intéressant, avec quelques tubes, un deuxième moins conformiste, plus aventureux, et enfin ce bel équilibre pour le troisième. Rien ne semble pouvoir freiner ce couple mélomane aux influences intelligemment sublimées. Shake Shook Shaken est une brillante déclinaison d’ambiances, d’expérimentations, condensées dans une capsule pop ultra-maitrisée. C’est ce qui fait la force de ce troisième disque : l’harmonie et la pertinence de sa structure, loin des albums où tout ce qui est bon envahit les cinq premières pistes. Ici, on revient au concept qui peut nous tenir éveillé jusqu’au bout. La voix d’Olivia reste indéfinissable, entre acidité et caresse, et l’album est une invitation au voyage synthétique, lyrique, orgasmique. Si la formation poursuit sur cette voie, il se pourrait bien que le quatrième effort soit le chef-d’œuvre tant attendu.

 


 

 

2. Temples - Sun Structures


 

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Temples arrive deuxième sur une somme de malentendus audibles. D’abord, première esquive : l’album est sorti fin 2013, période maudite pour les artistes qui souhaitent en être, question tops de fin d’année. Ensuite, il aura fallu le hasard pour les croiser à la Route du Rock, dépité et les pieds dans la boue. Ce fut alors comme une apparition. D’aucuns jurereraient qu’il s’agit d’une parodie de Beatles version T-Rex. N’empêche que ce soir-là, ils ont donné un sens à la prestation scénique et à la promotion de cet album injustement passé inaperçu à mes oreilles pendant tous ces mois. L’un des meilleurs concerts de cette session 2014. Donc ok, Temples n’a rien inventé, ok il y a des tics musicaux qui peuvent en agacer certains, mais cela faisait bien longtemps que je n’avais pas entendu un tel vintage à l’ancienne, intelligemment enrobé de suppléments d’âme numérique. L’album est un bouquet de tubes, d’earworms impeccables pour les virées solaires à L.A en plein été ou pour juste se donner une raison de ressortir les pattes d’éph’. The golden Throne ou Move with the Season s’inscrivent dans la lignée des plus grands tubes des années 70, rayonnants, évidents, contemplatifs. Avec le risque que le groupe se fasse rattraper par le cynisme contemporain. En attendant, profitons de cette perfection intemporelle.

 


 

 

1. Christine & the Queens - Chaleur humaine

 

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Il est de ces phénomènes médiatiques, astronomiques, affichés partout, loués ou décriés, détestés très vite, qui finissent par décourager un chroniqueur avant même d’avoir posé une oreille sur la proposition. Chaleur Humaine, semblant arriver de nulle part, OMNI aux volutes polymorphes, fait partie de ceux-là. Pris dans d’autres sphères, je n’ai pas alors mesuré la brillance, le scintillement de cette incroyable comète.  Dès que j’ai sorti le télescope, ce fut une révolution tenace : qu’importent les trous noirs, haters éphémères, Christine devenait mon nouveau satellite. Pour neuf planètes autant de vies.

 

Chaleur humaine est n°1 parce qu’il incarne notre époque, interrogeant le (trans)genre, les frontières musicales et élitistes. Mais n°1 aussi parce que c’est un album qui marie les contraires, ose l’inenvisageable, façon French Touch 2014. Ca chante en anglais ou dans un français perlé de finesses, de raffinements, d’images métaphoriques. C’est une langue à part entière, mais aussi une ouverture vers l’inconnu, le mélange des influences toujours bien digérées. Christine, c’est l’artefact d’une artiste qui refuse le rangement sage des étalages spécialisés, Christine convoque Michael Jackson (chaussettes blanches sur noirs vernis en prime) mais aussi Farmer, Gainsbourg, l’électro down-tempo, le beat obsessionnel, les vertiges insondables d’une position campée sur l’essentiel pop, malgré les brouillages, les lignes de fuite : la mélodie, l’addiction de ces collusions grammaticales. Le charme de ne pas comprendre : j’ai dû chanter mille fois dans ma tête « je ne tiens pas debout le ciel coule sur mes mains » sans vraiment chercher plus loin, prosodie suffisante. C’est beau, « il y a un truc qui pleure dehors (…) J’fais tout mon make-up au mercurochrome ».  Prétention poétique relevée avec grâce et complicité : l’album est en effet un objet partenaire, addictif qui m’accompagne depuis quelques mois. Saint Claude / IT / Paradis Perdus sont des vêtements indémodables. Chaleur Humaine comme dressing galactique inépuisable. Un anticyclone de tous les instants, n’en déplaise aux hipsters en dépression.

 


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