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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 15:52
Art Rock 2017 #3 Dimanche soir

Entendu vendredi pendant le concert des Kills, venant d’un festivalier grincheux : « de toute façon, les bretons n’aiment pas le rock ». Ne me demandez pas pourquoi ce quidam en arrivait à cette assertion aussi radicale que définitive, alors que les dix premiers rangs dodelinaient de la tête sur les riffs du duo anglo-américain. Alors comme ça, Art Rock ne serait plus assez rock ? Et la Bretagne serait juste une terre pour babos notredamedeslandais ou breizhous gavottés ? Je m’apprêtais à sortir mon power point verbal en trois parties et six sous parties, rappelant que la Bretagne, c’est aussi l’émergence de Nirvana et la reformation des Bérus aux Transmusicales de Rennes, le succès (inter)national de groupes comme The Craftmen Club ou Totorro, ou encore la terre du festival Pont du Rock, ancré en Bretagne depuis 28 ans. Et puis je me suis ravisé. Parce qu’il fallait s’entendre sur la définition du mot. Parce qu’il fallait ce dimanche que je regarde ce qui en terme de rock sortait du lot. Et puis parce que, sur le coup, je n’avais pas de stylo. Art rock usurpait-il la deuxième partie de son nom ?

Non.

Parce qu’à 15h00 à la Passerelle, c’est déjà deux définitions du rock qui se sont succédées : Radio Elvis et Bertrand Belin. Le premier, sorte de précipité miraculeux entre Bashung et Dominique A, béni par la fée mélodie, a galvanisé le public. Le second, dandy sec et lettré, bulle d’ironie dans une Santiag bien cirée, a mis tout le monde d’accord. Deux visions du rock, mais un même champ lexical : élégance, intelligence, incorruptible.

Parce qu’à 19h30, Thomas Azier a su mettre dans sa poche le public en convertissant ses mélodies d’argent en or scénique. Belle prouesse d’alchimie. L’exercice si périlleux de transposer son univers sur une grande scène passé de main de maître.

Parce qu’à 21h00, les tant attendus The Black Angels n’ont pas déçu en déployant leur rock azimuté, à la fois nerveux et aérien, psychédélique. Dommage à nouveau que le son ne soit pas au rendez-vous, trop d’aigus ou trop de graves, il fallait parfois trouver la bonne place dans la foule pour éviter la bouillie sonore. Dommage, mais résolument rock.

Parce qu’à 22h30 et 00h15, deux groupes emblématiques de la scène rock mondiale ont sorti leur fulguro-poings pour rappeler qu’il fallait compter avec eux. Metronomy et Archive, jamais racoleurs, mais puissants, chacun à leur manière. A ce stade d’un festival, on ne commente plus chaque morceau, mais l’impression d’ensemble : une belle machine à envouter, parfois un peu trop polissée, mais à nouveau, résolument rock.

Et enfin, parce que la relève est assurée. Deux groupes entendus tard dans la nuit au Forum, Nova Twins et Shame, n’ont pas fait la dentelle. Charges explosives, radicalité, efficacité. On ne vient pas pour l’originalité mais pour l’envie de se faire submerger par ce son travaillé jusqu’à l’os. Capable de faire hocher la tête malgré la fatigue, après trois jours de festival. Définitivement rock.

Alors si je reprends ce commentaire entendu, oui Art Rock est toujours une vitrine du rock en Bretagne. Et mérite bien son nom. Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas la meilleure édition à laquelle Euphonies a participé. Mais comme les albums d’AC/DC ou les films de Woody Allen, il y a toujours un moment de magie, quelque chose d’unique qui se passe.

Remercions donc tous ceux qui ont rendu possible ce mélange improbable de rock, mais aussi de funk, de rap, d’électro, de chanson française. Tous ceux qui ont bossé sur tous les projets (une pensée particulière pour les petites mains du projet Carabosse). Une bise aussi à tous ceux qui comptent lors de ce festival, présents ou absents : Anne, Juliette, Julien, Marc, Jean-Louis, Olga, Thomas, Hervé, Annabelle, Morgane. Et un grand merci à Jacqueline pour sa présence, son oeil et ses photos sur son tout nouvel appareil !

A l’année prochaine !

Ibibio Sound Machine (photo Jacqueline Ledoux)

Ibibio Sound Machine (photo Jacqueline Ledoux)

Sortilège au parc des promenades (photo Jacqueline Ledoux)

Sortilège au parc des promenades (photo Jacqueline Ledoux)

The Black Angels (photo Jacqueline Ledoux)

The Black Angels (photo Jacqueline Ledoux)

Bertrand Belin (photo Jacqueline Ledoux)

Bertrand Belin (photo Jacqueline Ledoux)

Last goodbye (photo JB)

Last goodbye (photo JB)

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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 11:05
Art Rock 2017 #2 Samedi 3 juillet

6 choses que vous ignoriez sans doute sur ce samedi soir à Art Rock (la 5ème va vous couper le souffle !)


1.La majorité des festivaliers qui achètent un billet ou un forfait va voir des concerts. Mais notre étude nous laisse entendre qu’une minorité ne voit rien, ne se déplace pas devant les scènes et n’a même pas de carte Cashless. Qui sont ces gens ? que veulent-ils ? Et pourquoi se regroupent-ils dans de mystérieuses alcôves dans l’enceinte du festival ? Quelle est la signification de cet étrange bracelet qu’ils portent tous au poignet ? Euphonies mène l’enquête.


2. Il y avait dans le public de Cléa Vincent beaucoup d’hommes. Mais aussi beaucoup de femmes. On a même pu apercevoir des enfants. Ils ont donc tous pu profiter des ritournelles synthé-pop de la chanteuse pianiste devant la scène B. Les morceaux sont frais, entrainants même si l’ensemble manque encore de densité et d’originalité. On pense à Pendentif ou The pirouettes, la même (fausse) légèreté qui va bien pour commencer cette soirée sous un ciel encore clément (voir précédent article).

3. Les initiales de Ibibio Sound Machine sont ISM. Si l’on remplace le S par un B, cela donne IBM. Un hasard ? A la rédaction d’Euphonies nous le croyons pas. A moins que le I soit pour Intensité, S pour Swing et M pour Musicalité. Le collectif londonien a hier soir fait monter l’exigence musicale d’un cran avec une proposition artistique implacable. La chanteuse Eno Williams a une présence scénique impressionnante, se dandinant généreusement sur une structure rythmique métronomique et des cuivres ronds et chaleureux. On a une pensée pour le concert de Sharon Jones (partie trop tôt) sur cette même scène il y a quatre ans. Même envie d’en découdre, même joie d’être là. Une belle découverte de cette édition 2017.

4. Un panda est monté sur scène pendant le concert de Julien Doré. C’est en tous les cas le témoignage d’une partie d’une public présent hier soir. Effets psychotropes ? Hallucination collective ? en tous les cas, le public ne faisait qu’un pour entonner les tubes du dandy populaire, qui leur a donné pour leur argent en faisant le job. Pas trop d’effets de manche, un set propre et efficace, de quoi ravir tous ceux qui étaient venus en priorité pour voir la nouvelle idole des jeunes (et des moins jeunes). On pourra reprocher à Julien Doré, comme sur album, de ne pas assez varier les arrangements ou les lignes de chant, mais la recette fonctionne et le bonhomme a le sens du spectacle : arrivée en moto, explosions de confettis, seul la pluie à deux reprises viendra un peu gâcher le concert. Entendu dans la foule à la sortie : « C’était plus Julien mouillé que Julien Doré ». CQFD.

5. Une secte mystérieuse s’est introduite dans le parc des promenades à la tombée de la nuit pour mettre en place un étrange rituel pyromane. Illuminati ? Klux Klux Klan ? Se balader hier soir dans les allées du parc était en tous les cas fascinant et visuellement à couper le souffle. Où que le regarde se porte, des flammèches, des flammes, des flambeaux, des structures en feu, perçant dans l’obscurité. Ici une balançoire, là des structures métalliques, l’ambiance était surréaliste, et se balader dans le parc donnait l’impression d’assister à une inquiétante messe noire à laquelle on participait dans un mélange d’émerveillement enfantin et de curieuse inquiétude. Après recherche, la secte s’appelle la Compagnie Carabosse et ce n’est pas leur premier fait d’arme. Ils remettent d’ailleurs ça ce soir. A ne pas manquer, expérience marquante.

6. Le début du set d’Acide Arab a été piraté par des sbires de Donald Trump. A moins que ce ne soit un coup de Deluxe, la formation qui précédait sur scène et qui voulait que le public reste sur la force festive de leur proposition ? Ou alors un simple retard dû à des problèmes techniques ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Quoi qu’il en soit, c’est avec une petite dizaine de minutes qu’Acid Arab investit la grande scène et lance leur machine à danser. Tous les ingrédients d’un set Dj sont présents, ruptures de rythme, montées, descentes, jeux de lumières. Avec la petite touche en plus, arabisante, lancinante, se mariant à merveille avec le martèlement de certains beats. Le contrat est rempli et les festivaliers fourbus peuvent quitter la grande scène pour se reposer un peu avant d’entamer cette dernière journée.

A ne pas rater : Radio Elvis et Bertrand Belin à la Passerelle, Abra, The Black Angels, Metronomy, Archive… Et Soon She Said au Y’a Skiff à 19h45.

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 12:07
Art Rock 2017 # 1 Vendredi soir

Hier soir a commencé la 37ème édition du festival Art Rock sous un soleil clément (je ne sais pas pourquoi c’est toujours le soleil qui est clément quand la foule est chaleureuse, jamais l’inverse. Pourtant des fois…) Après Yeah! la mode et United Pantings, la thématique de cette année est Fantastic Elements, thématique à nouveau exprimée en anglais. A croire que « Fantastiques éléments » doit trop sonner fête de la science à Pleumeur Bodou. Passons.

Quatre éléments, l’air, l’eau, le feu, la terre que l’on allait retrouver tout au long de cette soirée. Presque autant que la bière et les perches à selfie.

Air : si étonnamment je n’ai croisé aucun Hand Spinner sur le festival hier soir, j’ai découvert un autre brasseur d’air en la personne de Roméo Elvis. Annoncé dans le communiqué de presse comme « véritable bête de scène » (…) qui « chauffe le public en deux punchlines bien senties » de mon côté j’ai plutôt vu une bête de foire capable de faire passer les textes d’Orelsan pour des parangons de raffinement. S’il suffit de se trémousser comme Benny B en ânonnant des insanités (écoutez le consternant et sexiste Drôle de question) pour être considéré comme une bête de scène, je pense que Joey Starr a du souci à se faire.


Plus mitigé, le concert de La Femme m’a laissé un peu sur ma faim. S’ils ont fait bien circuler de l’air, les foutraques Marlon déguisé en pompiste et Clémence déguisée en… euh, déguisée quoi, ont emprunté des couloirs parfois très, trop casse gueule. Au milieu du set, j’ai eu l’impression d’assister à un concert de Bernard Minet période Club Dorothée, tant dans le phrasé chanté que la déglingue rythmique digne de Teletubbies sous acide. Tout y passe, du saut dans la foule aux pitreries bon enfant. Reconnaissons cependant à La Femme de savoir souffler le chaud et le froid, capable également de proposer des hymnes régressifs mais hypnotiques et fédérateurs. Une majorité du public est conquise et en transe. Love is in the air.

Terre : festival urbain par excellence, Art Rock a encore prouvé cette année sa capacité à offrir des représentants de multiples continents, du local de l’étape Dominic Sonic aux norvégiens de Slotface en passant par les australiens de Jagwar Ma. Ces derniers justement ont proposé hier un set fidèle à leur signature musicale, inventive, décloisonnée, souvent accrocheuse par des trouvailles mélangeant samples, psychédélisme et pop 3.0. Dommage que le son sur la grande scène n’était pas (encore) au rendez-vous, manquant de rondeur et d’équilibre. Certains morceaux paraissaient donc brouillons ou en deçà de leur potentiel. Dans un autre registre, la tellurique Coely a convaincu le public de la scène B (diablement plus agréable cette année) avec son mélange de soul-funk et de rap dans une énergie plus que communicative.

Feu : Le mur du son imparable de The Kills a mis le feu en cette de fin soirée, proposant un concert remarquable d’élégance, de rock racé et de présence scénique. La flamboyante Alison Mosshart a pris d’assaut la Grande Scène à la nuit tombée pour une performance incandescente, pleine de rage canalisée, et sublimée par les riffs bruts ou ciselés de Jamie Hince. Le show est tendu, brûlant, et sauf quelques intermèdes de samples téléphoniques, sans temps mort. La chanteuse finira le concert allongée au sol, avant de s’allumer une cigarette pour le dernier morceau. Incandescent on vous dit.

Eau : de l’eau, on n’en a pas beaucoup vu hier soir. Ni du ciel (tant mieux) ni dans les verres (tant mieux. Ou tant pis. A vous de voir).

Rendez-vous ce soir pour d’autres éléments fantastiques. Et pour les pyromanes en herbe, ne ratez pas la création de feu de la compagnie Carabosse, dès 22h30 au parc des promenades.

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 18:24

 

Ceci n’était pas un concert. Une performance, un récital azimuté, une déclaration d’amour à Guy Debord, un one man show avec de la musique dedans, un dérèglement de tous les sens, une ode à la régression jouissive, au travestissement parodique des codes habituels d’une prestation scénique. Samedi soir au Carré Magique, Philippe Katerine a prouvé qu’on pouvait jouer avec les cadres parfois trop formels de la restitution d’une oeuvre en live. Pour notre plus grand plaisir, et une bonne dose de fou-rires.

Dès le premier morceau, La reine d’Angleterre, le décor est planté : minimalisme du texte et du dispositif. accompagné au piano par l’excellente Dana Ciocarlie, Katerine débarque dans un lycra bleu, une hermine et une couronne, entonnant : « je suis la reine d’Angleterre et je vous chie à la raie ». Pas de posture anarchique à la Sex Pistols ici, plutôt une facétie carnavalesque de garnement. On comprend immédiatement que si l’on vient pour un best-of du vendéen, il faudra passer son chemin. L’idée est tout autre : proposer un événement hybride qui mélange auto-citations, théâtre, et en somme, communion.

L’exercice peut être casse-gueule. Tenir deux heures sur ce registre peut lasser, voire irriter ou choquer, quand une chanson comme excuse-moi commence par « excuse-moi j’ai éjaculé dans tes cheveux à un moment inadéquat ». Sauf que Philippe Katerine ne marche pas sur les mêmes plates bandes qu’un Didier Super ou un comique troupier. Il a l’art de manier le chaud et le froid, l’outrance et l’intimisme. Et à force de ne pas se prendre au sérieux (il faut aller le voir pour comprendre) il emporte très vite l’adhésion.

Quelques tubes sont passés à la moulinette de l’auto dérision : Louxor j’adore (devenu dans les mots du refrain « au bar du Trégor ») La banane, Marine Le Pen (texte cruellement visionnaire et faisant réagir joyeusement le public). Fort de son expérience, de son sens du spectacle et de l’humour pince sans rire, Philippe Katerine parvient à trouver un équilibre entre provocations crues et véritables instants de poésie, n’hésitant pas à prodiguer des  bisoux  (sic) en vrai à la salle. L’artiste semble mû par une sincère envie de foutre un joyeux bordel génialement immature, comme cette chanson 3 ans : « ils ne savent pas vraiment comment ils sont coiffés, on dirait toujours qu’ils sont un peu bourrés ». L’approche n’est jamais vulgaire ni méprisante : l’artiste parvient à maintenir une forme d’angélisme, de personnage au service de la performance, généreux dans la durée et très malin dans la mise en scène. Pour comprendre pourquoi Katerine rime avec un hérisson, des lampes torches, un saxophone dégueulasse, et des cornes de gazelle, il fallait en être ce soir-là. Et ceux qui y étaient en sont sortis ravis.

Merci encore au Carré Magique d’avoir fait ce choix plein d’inattendus. Et comme le disait un partenaire de plume, il fallait une bonne dose d’humour pour programmer Katerine un 1er avril… Mission réussie. Un immense merci à Philippe et Mariane de nous avoir permis de partager ce moment si Sexy cool !

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 13:58

Programmer Bachar Mar Khalife à Lannion un mardi soir de novembre était un pari audacieux. Si l’artiste est diffusé de temps en temps sur Inter ou Nova, on pouvait se poser la question de la quantité de personnes prête à braver le froid et la pluie de ce mardi soir pour aller l’écouter. Belle surprise alors en arrivant au Carré Magique de rencontrer un hall bondé, et de tous les âges : scolaires, curieux, habitués s’étaient donné rendez-vous pour (re)découvrir les mélodies labyrinthiques de ce touche à tout talentueux.

Chez Euphonies, on a découvert cet artiste libanais avec son deuxième album au titre à rallonge : Who’s gonna get the ball from behind the wall of the garden today ? véritable coup de coeur de l’année 2013. Subtil mélange de jazz, d’électro, de musique traditionnelle, l’ensemble convainquait par son caractère hypnotique et puissamment addictif. Cette année sort son troisième sortilège, Ya Balad, que l’on pourrait traduire par "ô pays", où l’on retrouve de façon plus feutrée les belles obsessions cathartiques d’un magnétiseur déraciné, réconciliateur pacifique des anciens et des modernes, des forces telluriques et d’un susurrement fragile. Comment alors transformer cet univers sur scène, loin des formats balisés du récital ?

Dès le premier morceau, le ton est donné : il s’agit moins d’un concert que d’une messe païenne, où Bachar, sur un dispositif scénique ascétique, plante le décor d’un appel à la méditation, à la contemplation, au recueillement. Longue introduction toute en retenue, presque solennelle, pour mieux nous désarçonner dès Leyla par une rupture de rythme martiale. Mention spéciale d’ailleurs à Dogan Poyraz, le batteur de la formation, pour sa capacité à passer de la caresse technique au martèlement atomique, clé efficace de la structure de nombreux morceaux de Bachar Mar Khalife. Recette d’ailleurs peut-être trop systématique, qui au bout de quatre ou cinq morceaux surprend moins qu’elle lasse un peu. Rare bémol de la soirée.

Après Ya Nas, l’un des morceaux les plus séduisants du second opus, Bachar prend la parole et nous dit :

« Oh Seigneur, accorde moi cette dernière prière. Epargne nous… et laisse nous tranquille ».

Tonnerre d’applaudissements dans la salle. Dans un contexte actuel lesté par le poids de l’intégrisme, l’artiste en appelle à la libération des esprits libres et tolérants. En ce sens, son spectacle est celui d’un religieux au premier sens du terme : chercher la communion possible, la puiser dans toutes les franges, toutes les propositions, mêler conscience et exaltation. A l’image de la deuxième partie du concert, davantage axée sur la transe, la jubilation, sur des rythmes pulsatiles étirés jusqu’à la liesse.

Dans ce grand tremblement viendra s’infiltrer Dors mon gâs, une chanson douce de Théodore Botrel, chansonnier breton et fierté régionale. Cette chanson ce soir là est dédiée aux victimes d’Aleph :

À côté de ta mère
Fais ton petit dodo
Sans savoir que ton père
S'en est allé sur l'eau
Que a vague est en colère
Et murmure là-bas
À côté de ta mère
Fais dodo, mon p'tit gâs

Pour te bercer, je chante
Fais bien vite dodo
Car dans ma voix tremblante
J'étouffe un long sanglot
Quand la mer est méchante
Mon cœur sonne le glas
Mais il faut que je chante
Fais dodo, mon p'tit gâs

Si la douleur m'agite
Lorsque tu fais dodo
C'est qu'un jour on se quitte
Tu seras matelot
Sur la vague maudite
Bien loin tu t'en iras
Ne grandis pas trop vite
Fais dodo, mon p'tit gâs

Pari réussi : les trois musiciens salueront un public debout.

 

 


Bravo et merci donc à Mariane et Philippe pour l'audace de ce choix. Premier jalon de cette saison 2016-2017 au Carré Magique, riche en propositions. 

photo : Johann Bourgès

photo : Johann Bourgès

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 16:48
Art Rock 2016 # 3

Comme chaque année, Art Rock propose une sélection hétéroclite d’artistes allant de grosses têtes d’affiches à des paris sur l’avenir. Euphonies sera devant Louise Attaque pour sa reformation,  devant Feu Chatterton ou Jeanne Added pour leur consécration, devant Two Door Cinema Club ou Rover pour leur réélection. Mais il serait dommage de faire l’impasse sur de vrais coups de coeur moins connus, et qui feront le sel de Saint Brieuc ce week-end, en bleu, en rouge, en jaune, #United Paintings.

Vendredi 13

Balthazar (Grande scène - 19h45 - 20h45)

Depuis le début d’Euphonies, nous soutenons ce groupe belge, charmés par Rats et Thin Walls. Des emprunts à Gainsbourg, une nonchalance, des cordes à la Vannier, une voix de dandy. Balthazar, nous ne les avons jamais vu en concert. Mais nous les attendons de pied ferme. Pas sûrs que le créneau horaire leur permette de montrer l’étendu de leur talent hypnotique. On jugera sur place.

 

 

Thylacine (Scène B - 22h30 - 23h45)

Proposition de voyage. Improvisation. Dans la logique d’un parcours transsibérrien, Thylacine, c’est l’idée d’en être, de participer à ce pari fou d’un premier album nourri de mille expériences, de trajets, de refus, de carnets de voyage…
 

Samedi 14

Faada Freddy  (Grande scène - 20h-21h)

Notre chouchou. Nous l’avons vu au Bout du Monde en 2015. Nous en avons entendu parlé. Nous l’avons rencontré. Et à chaque fois c’est la même chose : un coeur gros comme ça, et un concert à l’unisson. Faada Freddy c’est la plus belle fusion entre Otis Redding, Marvin Gaye, Patrice et la soul/funk des années 70. A ne surtout pas manquer. Merveilleux. (Et en plus le mec sent bon).
 


J-C Satàn (Forum - 0h30- 1h30)

Découvert par le single I could have died, J.C. Satan peut faire grand bruit ce samedi soir au forum. Hydre à deux têtes ou quintet ne faisant qu’un, leur bric à brac mélangeant cuivres, cris, douces mélopées et guitares aiguisées fera mouche on l’espère. Du rock foutraque comme on l'aime.

Dimanche 15

The Pirouettes (scène B - 19h-20h)

Soyons honnêtes, pour l’instant on ne connait d’eux que le tube Je nous vois. Mais ce single est tellement entêtant, sorte de Cold Wave naïve à la française, relevée par deux voix qui fusionnent dans une scansion robotique et nostalgique, qu’on a bien envie de voir ce que ça donne sur scène. Le genre de concert quitte ou double. Soit c’est la révélation, soit c’est la consternation. A tenter… (même chose pour Hyphen Hyphen ce soir là sur la grande scène en clôture).

A lundi pour le compte rendu de ces trois jours... Bon festival !

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 16:25
Art Rock 2016 #2

Les vendredi 13, samedi 14 et dimanche 15 mai vont métamorphoser Saint Brieuc.  Habituellement ville paisible voire ronronnante, ces trois jours sont l’occasion pour elle de sortir ses plus beaux atours.

Vous avez pris / allez prendre une place pour le festival. Vous passez une soirée ou trois jours. Voici un guide pratique pour la cité briochine pendant Art Rock.

  1. L’endurance

 

Etre à fond les trois jours, c’est environ 24 heures d’endurance. 24 heures pendant lesquels vous allez faire souffrir vos jambes, votre dos, votre estomac et votre foie, parfois vos oreilles. C’est ainsi que pour m’y préparer, je ne m’assois plus depuis lundi dernier, je ne mange que des sandwichs accompagnés de bières en gobelets que je coupe soigneusement à l’eau. Et même si chez moi je dispose de tout le confort moderne, je me retiens d’uriner avant la fin d’un disque. J’ai la vessie honnête. Je ne me couche pas avant 3h00 du mat’ en ayant pris soin d’avoir marché 15 x 800 mètres, soit la distance qui sépare la grande scène de Poulain Corbion à la Passerelle de la place de la Poste. J’ai la foulée fair-play. Ah et puis, dernière chose : dès que je vois quelques gouttes de pluie à ma fenêtre, je sors immédiatement dans la rue sans me changer pour rappeler à mon corps l’épreuve d’une ondée, d’une averse, d’un crachin en polo bermuda, d’une mousson en pyjama. J’ai le climat breton.

Art Rock 2016 #2

2. L'organisation

 

Bien sûr on peut aborder Art Rock de manière décontractée. C’est un festival urbain, qui offre plein de possibilités de rattrapage à ceux qui n’ont pas tout prévu. Mais quelques conseils s’imposent, en particulier à ceux qui n’ont jamais mis les pieds à St Brieuc.  Si vous ne voulez pas entamer votre P.E.L à cette occasion, vous trouverez en centre ville deux supermarchés (Monoprix aux Champs Libres, Super U rue St Guillaume) qui vous permettront de faire quelques emplettes de sustentation. Si jamais les dieux de la pluie vous tombent sur la tête, le festival propose des ponchos de fortune mais pour quelques euros. Pour les fumeurs, pas de panique, nous avons des tabacs. Simplement, je vous rappelle la logique d’un festival qui fait de votre paquet de cigarettes un objet ultra convoité à 2h du matin. Autant se prémunir quand vous avez encore les idées claires. Si vous venez en train, le Relay de la gare. Si vous êtes à sec passé 20H, le Saxo, à deux encablures de la Grande Scène. Si vous êtes en manque à 3h00 du mat’, allez vous coucher.

3. Le site

 

St-Brieuc est une ville moyenne de 48000 habitants. Si jamais vous souhaitez profiter de votre séjour festivalier pour découvrir le site, je ne saurai trop vous conseiller quelques endroits facilement fréquentables le temps d’une escapade : Binic, « le grain de beauté des Côtes d’Armor » à 15 mns en voiture. La mer, des bars, une promenade. Les Rosaires, une des plages les plus proches pour s’échapper. Et si jamais vous êtes à pied, la vallée de Gouedic peut faire office de parenthèse à l’écart de la ville. Verdure et sentiers détoxinants. Vous pouvez également pique-niquer au Tertre Aubé, en écoutant Faada Freddy. Vue imprenable sur le pont et l’horizon briochin. Sinon, pour les bars chouettes, il y a de quoi faire…

 

 

 

Les Rosaires

Les Rosaires

Binic

Binic

A très vite pour un prochain article qui s’attaque à la programmation !

 

Et en attendant, la playlist 2016...

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 18:14
Art Rock 2016 #1

Ah… Le joli mois de mai… Son muguet, la fête du travail, les premières chaleurs estivales… Le mois de mai, c’est le printemps qui s’exalte, les anémones, les gentianes ou les marguerites qui embaument, les journées sans fin et des semaines plus courtes, l’été qui s’annonce, les aubergines, les fraises des bois dans les assiettes… Le mois de mai c’est la libération, vestimentaire, sensuelle, poétique, c’est pieds nus dans l’herbe ou dans l’eau le retour à la nature, aux joies simples de la vie. C’est le festival de Cannes et la montée des marches, Jazz sous les pommiers, le début de Roland Garros…

Ok. Sauf que c’est aussi le début des révisions scolaires, les premières déclarations d’impôts, et le mois anniversaire de Maitre Gims. Et qu’à Saint-Brieuc, si on s’intéresse au tennis ou au cinéma, c’est encore sous le plaid, un vent frais et dix degrés dehors. Heureusement, c’est aussi le mois où la ville va connaître un énorme pic de croissance démographique, et où elle va devenir pour trois jours le centre des attentions musicales.

Le festival Art Rock, depuis 1983, c’est un bouton d’or sur le menton cabossé de St Brieuc. Si la ville regagne en pouvoir d’attraction depuis quelques années, Art Rock a toujours été de toute façon le moment où l’on pouvait se réjouir de voir la ville animée, sortie de sa torpeur et de son entre-gens. Depuis 83, Miles Davis, Patti Smith, Alain Bashung, Alice Cooper, Tricky, Jane Birkin, Moby, Roy Hargrove, Beth Gibbons, Ben Harper, Dominique A ou Sonic Youth (entre autres) ont contribué à l’affluence vers la cité briochine.

Et en ce mois de mai 2016, Art Rock revient secouer les puces de St Brieuc pour une nouvelle édition : United Paintings. Soit trois jours sous le signe de la couleur, (bleue comme le jazz, rouge comme le rock, jaune comme le funk et verte comme… euh ben comme le vert, ou autres, à voir) Et comme d’habitude, du multimédia, des passerelles entre arts de rue, conférences, concerts, musiciens du métro, du culinaire (Rock’n Toques), des spectacles gratuits…

Prochain article ou comment optimiser son passage par St Brieuc un week-end de mai. Ce joli mois de mai…

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 12:36
Bertrand Belin (+ARLT)- Le Carré Magique - 19/04/2016

Si le patron de la soirée était grand, blond et breton, nous saurons gré à au Carré magique et sa team de choc d’avoir concocté au public lannionais une soirée en deux parties incluant, en amuse-bouche, les chanson douces-amères de Arlt, duo unissant Eloïse Decazes et Sing Sing, au chant et à la guitare. Arlt fait partie de la sphère artistique de Bertrand Belin, et pour cause. Eux aussi sont des amoureux de la langue, sa métrique, son rythme, ce quelque chose d’obsessionnel ce mouvement qui sans cesse revient, fait articuler un texte en le chantant. Eux aussi exsudent cet amour pour la comptine en apparence badine, la folk-song qui s’incruste à coups d’accords, la poésie pastorale ornée d’un humour pince sans-rire.


Sans rire, comment peut-on imaginer que ces deux-là soient sinistres ? Faut-il être dénué de second degré pour ne pas sentir, le sourcil relevé, le potentiel ironique de ces ritournelles, cours d’eau d’où émergent des paroles telles « Partout, tous les oiseaux sont tombés au sol, d’un coup, d’un seul » ou « Que le cancer te mange le cul, si tu persévères à gésir sur ce pieux avec moi » et enfin « Ah mon amour, apprendrons-nous à nous taire, enfin, un peu » : c’est tout le cynisme d’une époque qui s’égrène, là. L’ennui a pourtant saisi une partie de la salle (tout à fait au fond) qui, venue avec les crocs, a semblé ne pas vouloir jouer le jeu de la mise en bouche plus longtemps que la demie heure réglementaire. A eux, les malheureux, Sing sing s’est senti obligé d’expliquer que les chansons émanaient de personnes en réalité joyeuses ! Tant pis pour les oreilles impatientes, les autres, en majorité, auront gouté leurs chansons. Depuis la grâce malade de l’album La Langue, sorti en 2010, le duo fêlé s’est associé au touche-à-tout furax Thomas Bonvalet (AKA l'Ocelle mare), il y a deux ans. Enfin, leur tout récent « Diableries », possède lui aussi ce charme sournois et paradoxal, contenu dans le minois enfantin et la voix suave de la chanteuse. Eloïse ! La lumière dans ses yeux, nos yeux dans son chignon. Ebouriffée, la fée – ou la sorcière, on ne saurait dire, tant elle a l’art de tout dire et son contraire.


 

« Mais tout cela » déjà, comme le chante Bertrand Belin « se cabre, tout se plie, dans les souvenirs » et après la pause et quinze minutes d’entracte, la silhouette longiligne du chanteur attendu arrive sur scène, accompagnée de sa garde rapprochée. Tatiana Mladenovitch à la batterie et au chant, Thibault Frisoni à la guitare, Olivier Daviaud au clavier. Dès les premiers morceaux, le son est puissant, la batterie métronomique. Dandy à la mèche blonde, travaillée, le chanteur prend possession d’un espace central qu’il ne quittera pas. En quatre morceaux, dont le délicieux Folle folle folle issu du dernier album Cap Waller, Bertrand Belin installe une esthétique gestuelle surprenante, faite de main levée, de déhanchés improbables, et d’une incarnation scénique digne d’un Elvis ironiquement cartésien. Belin semble s’être construit un personnage plus extravagant taillé pour la scène, loin de ses psalmodies rigoristes si séduisantes sur albums.


Ainsi, tous les trois quatre morceaux, le chanteur devient conteur, comédien. On connaissait le goût de Bertrand Belin pour le mot et la lettre, pour la littérature (Il est aussi auteur de romans dont « Requin », paru en 2015 et « Sorties de route » en 2011) et il en fait plein usage lors de transitions devenues ici intermèdes : que ce soit sur un superbe « Hypernuit » protéiné ou « Altesse », il ménage des bulles poétiques, souvent en relation avec le thème de la chanson passée ou à venir. La méthode est joliment systématique, à coup de répétitions, de retours de propositions, tel un mantra visant à interroger ou divertir le public. On découvre alors un artiste protéiforme, capable de remanier l’essence de ses textes pour en faire une nouvelle source théâtrale. Certaines de ces parenthèses se révèlent d’ailleurs comiques voire caustiques : le passage sur la catastrophe dans la Manche qui aurait condamné les lannionnais à l’oreille absolue est irrésistible. Sachant qu’ensuite, après rapide tour de chant, il conclue que notre oreille ne mérite pas de se faire chier pour des compos à plusieurs accords.


Plus tard, il se montre professionnel et classe, lorsque des problèmes de son en façade parasitent le concert. Berlin ne perd pas de son flegme et de sa prestance, et improvise même « le méfait », petit conte drolatique, avec pour seul son le retour sur scène. Il se fend même d’une jolie parole pour les techniciens, seules victimes de cette perturbation.


Après la coupure de jus, le rythme reprend, plus soutenu, avec cette tension, cette intention de ne plus rien lâcher. Comme pour conjurer le sort, comme l’on se relance dans la course pour la dernière ligne droite. Le groupe, ressoudé sans doute par l’épreuve passagère, offre une sublime version longue, hypnotique et littéralement stroboscopique, d’« Au jour le jour», avant de laisser le leader conclure et remercier le public par une derrière pirouette « La terre est ronde et le carré magique ! ».

Avec une présence scénique devenue, en quelques années, habitée et un sens du phrasé que peu peuvent se targuer de posséder dans la chanson française de qualité, nous avons vu ce mardi se produire un maestro, dans le fond comme dans la forme. Il ne porte rien d’autre qu’un peu de classe et de superbe dans les cheveux, il a les Initials B.B., comme un autre grand, et l’on ne peut désormais plus l’écouter comme avant.  
 

A nouveau un grand merci à Mariane et Philippe ! A très vite au Carré Magique.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 23:45
Marcel Kanche (c) Photo : Richard Dumas

Marcel Kanche (c) Photo : Richard Dumas

Il est précieux, il se fait trop rare. Si cela n’était impoli nous commencerions cet article par une litanie envers et contre l’économie culturelle, « l’industrie » du disque et consorts dont évidemment Marcel Kanche ne fait pas partie. Trop sombre, trop épuré, trop strict, trop … risqué. Que n’avons-nous pas entendu pour justifier son absence des médias francophones (et philes ?). C’est dans l’indifférence des radars et des flashes –  hormis chez quelque courageux programmateurs qui doivent encore aimer donner du sens aux mots « service publique » – que l’auteur des bouleversants albums Henriette (1992), Lit de chaux (2001), Vertiges des lenteurs (2006) et Dog Songe (2008) a publié en novembre dernier Epaisseur du Vide, son onzième album. Alors, en contrepied, nous nous offrons un jeunisme pour l’introduire dans ces pages : trop beau. Oui. L’album est comme de coutume cousu de fil dorés donc fragiles, il témoigne avec recueillement des méandres de l’âme bercée en milieu naturel, minéral souvent, végétal aussi.
 

Pour la seule date en 6 mois d’une tournée en éternelle construction (chers programmateurs, à vos calepins !) Marcel Kanche était attendu dans la ville du Bouguenais, en périphérie de Nantes. Heureux habitants du far ouest que nous sommes ! « Merci à [nos] bouches » de pouvoir y être en ce début de weekend pour s’alimenter au plus près de la source, du poète, qui se trouve fort ému devant les centaines de personnes venues et, partant, pendues à ses lèvres. Irréductibles amateurs de poésie brute, sans calcul, nous nous sentons désormais moins seuls car unis et nombreux, au piano’cktail.
 

Il aime les mecs et les femmes à part, en marge, mais dans ses cordes, Marcel. Insaisissables bien que possédés, dans leur monde à eux, même quand ils brillent sous les projecteurs. Des feux folets. Dans ses compagnons de parcours et ses références se trouvent Pascal Comelade, Blurt, Alan Vega, Carla Bley, Père Ubu, Fred Frith, pèle-mêle. Légendes et voix. Instrumentistes, créateurs.

Carolyn Carlson (c) DR : ABCDance - www.abcdance.eu

Carolyn Carlson (c) DR : ABCDance - www.abcdance.eu

Ce soir dans ce lieu au volume inspiré peut-être par la démesure de Vian, et sur cette large, très large scène, heureusement tapissée par les ombres, Kanche a invité une poétesse totale, chorégraphiant de son corps tout en lianes, ses mots jetés, posés, improvisés. « Laissez-nous là » avec la grande danseuse Carolyn Carlson.
 

L’américaine, qui travaille en France depuis des décennies, a trouvé sa place, de choix, entre les rythmes battus ou soufflés de Bruno Tocanne et les nappes sonores des orgues de Nicolas Méheust. Elle glisse, depuis les coulisses, sporadiquement, par vagues, parfois à un moment qui semble déborder même le principal hôte des lieux. Mais il s’en amuse. Il aime tous les débordements de cette dame qui l’émeut. Elle qui choisit justement l’eau lorsqu’elle doit se définir comme l’un des cinq éléments, reprend quelques extraits de son solo Dialogue avec Rothko. Pour planter le décor - « Imagine a door, a house, painted… » -, le cadre dans lequel nous sommes conviés à tout projeter. Le but ? Oublier pour quelques instants notre « Existence » - titre du dernier poème qu’elle joue, entre improvisation et écriture, entre geste dansé et calligraphie projetée dans l’air.

M. Kanche (c) Photo : Isabelle Lemaître K.

M. Kanche (c) Photo : Isabelle Lemaître K.

Quant à lui, lorsqu’il ne projette pas ses visions de marcheur infatigable sur l’écran en fond de scène, Marcel Kanche rit, fait rire, fait preuve d’auto-dérision sur son âge avancé (qui lui vaut une "carte vermeille") imprime surtout son éternelle humilité dans nos rétines et remercie : « Vous êtes charmants. Non vous êtes plus que ça : vous êtres stables ! » Et clôt le set sur l’interprétation de « L’Indien », poignante déclamation d’amour fou ou de douce soumission, un titre que lui a écrit… sa fille « Les chiens ne font pas des belettes » sourit-il enfin ! Etrange animal que ce Marcel Kanche dont l'imprudence, exquise, n’égale que l’intégrité.

 

Anne. 

Merci à Rachel Guerin et l'équipe du Pianock'tail pour leur accueil et cette sublime programmation.

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